ENFIN MAGIQUES
UNE TEMPÊTE
Menés 0-2 en début de seconde période, les Parisiens ont réussi une remontée prodigieuse contre City. Un match nul mercredi prochain à Stuttgart leur assurera une qualification pour les play-offs.
23 Jan 2025 - L'Équipe
VINCENT DULUC
Il y a peu de soirées au Parc des Princes qui font un vacarme pareil et sèment une telle joie, peu de matches aussi électriques et renversants, peu de rendez-vous européens qui semblent à ce point transformer le sens d’une saison et justifier la quête d’un entraîneur. Mené 0-2 après 53 minutes alors que tout était contre lui, mais qu’il avait déjà soumis les champions d’Angleterre à une intensité qui les aura souvent fait passer pour des petits garçons, le PSG a complètement éparpillé Manchester City dans une atmosphère de tempête, égalisant en sept minutes, et roulant sur l’équipe de Pep Guardiola dans des proportions que l’on aurait difficilement soupçonnées (4-2).
La vérité est que l’on n’avait pas vu Paris à ce point conquérant, emballant et irrésistible depuis une éternité : les Parisiens ont été fondamentalement une équipe, qui court ensemble, attaque ensemble, défend ensemble, capable de maintenir une agressivité étouffante pour City, souffrant en première période de l’incapacité de ses attaquants à faire la différence, mais c'était juste avant qu'ils ne ressuscitent, quand tout semblait perdu. C’est une remontada, admettons la référence, ou l’un des plus beaux come-backs que l’on ait vu d’une équipe française en C1, pour adapter encore ce vocabulaire à la nationalité de l’adversaire, mais c’est surtout un exploit, quelles que soient les largesses de la défense de City et de son mental en papier, ces derniers temps.
Dans ce match de très haut niveau, l’événement est venu tout à la fois de la victoire parisienne, qui replace le PSG en bien meilleure position dans la course aux playoffs, de la démonstration en majesté de l’essence de la méthode Luis Enrique, et de la révolte européenne des buteurs de Ligue 1, puisque Bradley Barcola et Ousmane Dembélé ont combattu avec panache et personnalité le reproche de leur inefficacité. Dans une ambiance formidable, déjà installée par la solennité particulière d’un avant-match de feu, Paris a éclairci son destin : le voilà 22e à une journée de la fin, avec son destin en mains car un match nul lui suffira à Stuttgart (qui a aussi besoin d’un point pour se qualifier), la semaine prochaine, pour atteindre les play-offs.
Une soirée européenne inoubliable
Évidemment, il faudra que l’histoire finisse bien pour que cette soirée magnifique ait du sens un peu plus longtemps que pendant six jours au creux de l’hiver, mais voilà le football français en passe de qualifier quatre équipes pour la suite de la Ligue des champions, et cela sentirait presque le printemps. Si cette victoire est celle de Luis Enrique, c’est parce que tout a ressemblé à ce qu’il cherche depuis si longtemps, en Ligue des champions, et qu’il n’avait pas encore trouvé. Mais aussi parce qu’il n’y a pas que la stratégie, il y a aussi la manière de construire une résistance à la fatigue et aux événements : c’est exactement pour ces raisons que la soirée sera aussi peu oubliable, alors que Paris ne méritait pas d’être mené 0-2 après 53 minutes, assommé par la seule étincelle de la saison de Jack Grealish (50e) puis par un but de Erling Haaland (53e), tous deux servis involontairement par un joueur parisien. L’énorme occasion de Fabian Ruiz (27e), sauvée sur la ligne par Josko Gvardiol, aurait mérité mieux, aussi, mais c’est lorsque Barcola a commencé son match, vraiment, après de si longues timidités, que la soirée a basculé et qu’elle est devenue folle. Dans cette séquence irrespirable et magnifique de quatre buts en dix minutes, Barcola a déboulé pour offrir un but àDembélé(56e ), entré à la mi-temps après une semaine de grippe, et puis il a marqué luimême en reprenant une frappe de Désiré Doué sur la barre (60e), après un effort de Joao Neves, dont on vous dit par ailleurs à quel point il a été le roi du terrain.
Il passait dans l’air, à cet instant, la certitude que tout allait basculer, que le mouvement était trop fort, le Parc trop brûlant, les remontée s de balle pari siennes trop tranchantes, et au coeur de cette seconde période fantastique, vraiment, Dembélé a tiré sur la barre (70 e ), Guard io la a multiplié le coach ing sans parvenir à reprendre le fil, le PSG a eu un troisième but refusé par le VAR pour hors-jeu (un pour Hakimi, deux pour Dembélé), et le souffle épique d’un mercredi soir comme peu d’autres, a même permis à Gonçalo Ramos de marquer (90e+3) et de boucler la soirée sur une sarabande.
Le Parc a fêté à la mesure de son bonheur ces hommes en bleu affublés d’une couleur étrange, mais dans une activité où les joueurs sont assez superstitieux pour porter le même caleçon toute la saison, le PSG n’a même pas payé le prix d’avoir voulu profiter de la soirée pour vendre son quatrième maillot. Si c’est une tenue de soirée et que les soirées européennes doivent se ressembler, il faudra peut-être le garder.
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78 e minute: d’une tête plongeante,
Joao Neves donne l'avantage aux Parisiens.
Le joyau Neves
HUGO DELOM
Buteur de la tête, le milieu parisien, essentiel dans le pressing, a livré une production étincelante, marquée par une force de caractère rare. Et si c’était lui, le symbole du nouveau Paris ?
C’est ce genre de geste qui fait entrer un joueur dans les coeurs. Joao Neves (20 ans) a vécu ce dont gamin, sur les plages de Tavira, il rêvait aux côtés de ses potes de toujours et de son père. Ces séquences folles où la raison se perd au milieu des émotions. Hier, Neves, et son mètre soixante-quatorze, s’est jeté au bout d’un coup franc de Vitinha au second poteau. Une seconde de silence: le temps de voir ce coup de tête d’une puissance inouïe battre Ederson. Et de constater l’explosion soudaine d’un Parc des Princes en transe (78e). Devant la tribune Boulogne, le petit Portugais a couru, comme s’il voulait encore et encore profiter de ce moment. Il y avait dans cette joie quelque chose de fou, de profondément pur. Et naturel.
Soit, ce qui était à peu près Joao Neves. Un homme normal mais un joueur loin d’être ordinaire. Il faudra forcément mesurer la trace de ce but libérateur en fonction du parcours du PSG dans les prochains mois en Ligue des champions. Mais cet épisode l’a déjà fait entrer dans l’histoire de cette saison parisienne. Car bien au-delà de ce but, ce qu’a produit le Portugais, hier, a ressemblé à un petit chef-d’oeuvre.
Des orientations justes qui ont donné de l’air au PSG
Quand il l’a recruté l’été dernier, Luis Enrique se félicitait de voir arriver un joueur qui collait en tout à ses principes de jeu. Le match d’hier l’illustre bien. Les capacités athlétiques immenses de l’ex-joueur de Benfica lui permettent d’être un « harceleur » exceptionnel et d’initier ce premier pressing haut.
Chargé de surveiller successivement Kevin De Bruyne et Bernardo Silva, Joao Neves a été un chien de garde d’une efficacité rare. Avec cette faculté, malgré un déficit athlétique, à jaillir sur le porteur (6 ballons récupérés). C’est au bout d’une énième course et d’une récupération haute qu’il a ainsi initié le but de Bradley Barcola (60e). Avant ça, et c’est aussi pour cela qu’il est si Luis Enrique compatible, le numéro87 avait été le garant de la maîtrise parisienne (88 ballons touchés). Avec des orientations justes et cette capacité à toujours, par ses passes dans l’espace, ses courses pour remonter le ballon, donner de l’air au jeu parisien.
Dans un trio très coordonné qu’il formait avec Vitinha et Fabian Ruiz, «Joao» était celui qui se projetait le plus. Moins flamboyant sans doute qu’un Marco Verratti à l’époque mais si efficace. Sa tête de près, déjà sur un coup franc de Vitinha (10e), avait montré qu’il pouvait être une menace dans ce domaine. Mais c’est dans sa faculté à ne pas sombrer après une erreur qu’il aura sans doute le plus surpris. Combien de joueurs de 20 ans n’auraient pas coulé après avoir, comme lui, involontairement dévié le ballon qui a abouti au but d’Erling Haaland? (53e). Des joueurs d’un PSG d’avant auraient sombré. Pas lui. Le Portugais et son éducation rigoureuse n’est pas du genre à se cacher ni à vaciller. Alors, Neves est retourné au combat, a continué à harceler. Encore et encore. Il s’est projeté pour s’offrir des situations de frappe (62e). Jusqu’à s’offrir un pur bonheur. Cette tête victorieuse. À l’académie de Benfica, pendant ses années de formation, Joao Neves, qui ne dépassait pas le 1,70m, surprenait les défenseurs par son sens du timing. Hier, l’Angleterre et l’Europe entière l’ont à leur tour un peu mieux découvert…
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L. T.
Luis Enrique : « Ce match va renforcer mes joueurs »
Comment qualifiez-vous ce match ?
Je ne peux pas imaginer cette conférence de presse à 0-2, ce que ç’aurait été. Je veux souligner le match de Manchester City et notre match. Nous avons eu un état d’esprit d’attaque et de pressing constant. Je n’aimerais pas oublier de reconnaître que nous avons les meilleurs supporters du monde. Ils n’arrêtent jamais de soutenir l’équipe. Qu’est-ce qui a permis à votre équipe de renverser ce match ?
Ce n’est pas la première fois, ça s’est passé à Lens et à Monaco. Mon équipe a la foi et elle ne se rend jamais. On l’a démontré à de nombreuses reprises. Ce match va renforcer mes joueurs. Ils n’ont pas beaucoup d’expérience dans ce genre de matches mais ils ont montré qu’ils sont capables d’être compétitifs. (…) Cela rajoute un peu de justice aussi dans cette Ligue des champions, où on méritait d’avoir cinq points de plus. Je ne suis pas le seul à le dire, mais des adversaires le disent aussi.
Estimez-vous que ce soit le meilleur match du PSG depuis que vous êtes là ?
Non, mais je ne dis pas ça juste pour dire le contraire de vous. Je pense qu’en terme d’intensité, celui qu’on a perdu à Munich (0-1) était aussi très intense. On avait un homme en moins et ce qui reste c’est la défaite. Nous sommes une équipe difficile à jouer car quand on n’a pas le ballon, on n’arrête pas de courir et avec le ballon, on sait quoi faire. Mais je suis fier ce soir (hier). Mais c’est vrai que le discours aurait été différent si on avait pas retourné ce match. »
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PIERRE-ÉTIENNE MINONZIO
L’ailier anglais, entré à la pause, a d’emblée brillé, étant impliqué dans les deux réalisations de son équipe, avant de s’effacer progressivement.
GREALISH L’éclaircie inutile
L’ailier anglais, entré à la pause, a d’emblée brillé, étant impliqué dans les deux réalisations de son équipe, avant de s’effacer progressivement.
Quand il est entré à la mi-temps, hier, en remplacement de Savinho, beaucoup de supporters de Manchester City ont dû se demander s’ils ne rêvaient pas. Peu d’observateurs s’attendaient en effet à ce que Jack Grealish ait du temps de jeu face au PSG, considérant qu’il est en échec sportif dans son club (il n’a plus marqué en Premier Leaguedepuisle16décembre2023)etqueSkySportslaissait entendre mardi qu’il pourrait partir en prêt cet hiver, alors que l’Anglais de 29 ans est en contrat jusqu’en 2027 (l’Inter Milan et le Borussia Dortmund seraient intéressés).
50e minute: Jack Grealish ouvre le score pour Manchester City.
Par ailleurs, ces dernières semaines, Pep Guardiola ne manquait jamais une occasion de piquer publiquement l’orgueil de l’ancien joueur d’Aston Villa et de l’inciter à retrouver l’impressionnant niveau de jeu qu’il affichait lors de la saison 2022-2023, conclue par des succès de Manchester City en Premier League, en Ligue des champions et en FA Cup. «Je veux retrouver le Jack qui nous aidés à remporter le triplé, je veux qu’il revienne», implorait ainsi le Catalan en conférence de presse le 7janvier. Et, contre toute attente, c’est effectivement le grand Grealish qui s’est présenté sur la pelouse du Parc en début de seconde période, affichant d’emblée les mêmes ambitions ballon au pied qu’il y a deux saisons, quand il tourmentait tous les latéraux droits de Premier League par sa vista et sa conservation de balle hors-norme.
Pas certain de rester après le mercato
C’est ainsi lui qui a ouvert le score, avec un brin de chance, en reprenant face au but, d’une demi-volée précise du droit, un ballon qui avait rebondi sur Marquinhos (0-1, 50e). Il s’agissait alors d’un petit événement, puisque cette réalisation mettait fin à une série de… 31 rencontres de Ligue des champions durant lesquelles Grealish n’avait pas marqué. Dans la foulée, ce dernier a délivré une passe en retrait déviée, qui a conduit au but d’Erling Haaland (0-2, 53e).
Il semblait s’écrire une belle histoire, celle de la renaissance des Sky Blues sur la scène européenne sous la direction d’un héros inattendu, si souvent décrié pour son manque de statistiques et son goût pour les fêtes arrosées. Mais le PSG a finalement imposé un autre scénario et Grealish, comme la plupart de ses coéquipiers, a décliné physiquement au cours de la seconde période, se distinguant seulement ensuite par une belle passe en profondeur pour Haaland (69e). Finalement, sescoups d’éclat, peu après la pause, n’ont pas trouvé de prolongement et il n’a réussi que… six passes en une mi-temps. Un bilan qui pourrait se révéler insuffisant pour convaincre Guardiola de le conserver cet hiver.
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Le jeune attaquant parisien a relancé son équipe avec une passe décisive et un but en cinq minutes, alors qu’elle était menée 2-0.
ARNAUD HERMANT
L’étincelle Barcola
"Pour défendre, il faut jouer et on ne l'a pas fait.
Je donne beaucoup de crédit au PSG,
parce qu'il nous a empêchés de le faire.
On n'a pas réussi à garder le ballon et pour défendre,
il faut avoir le ballon"
- PEP GUARDIOLA, ENTRAÎNEUR DE MAN CITY
Ses totaux de buts et passes décisives en C1 doublés en un match
Sa note 7/10
Comme par magie, Bradley Barcola (22 ans) a remis le son, rallumé son équipe et par la même un Parc des Princes douché par le second but de Manchester City (53e) et devenu soudainement aphone. Sur son côté gauche, l’attaquant parisien, servi par Fabian Ruiz, a effacé sur son contrôle orienté Matheus Nunes puis laissé derrière lui Manuel Akanji et Matteo Kovacic pour servir Ousmane Dembélé, qui réduisait l’écart (56e). Quatre minutes plus tard, l’ancien Lyonnais égalisait avec un peu de réussite en reprenant une frappe de Désiré Doué repoussée par la barre transversale d’Ederson.
2-2 à l’heure de jeu, Barcola venait de relancer son équipe et surtout, il lui avait évité de douter en tardant à revenir au score. Ce soudain feu d’artifice de l’international dans le premier quart d’heure de la seconde période contraste franchement avec sa première période. Pendant les 45 premières minutes du match, il n’a jamais provoqué son adversaire direct, même quand le jeu s’ouvrait devant lui dans son couloir. Barcola a déjoué, ne se signalant que par sa passe sur le but d’Achraf Hakimi, refusé pour un hors-jeu d’une rotule de Nuno Mendes à la 45e minute. Comment expliquer ce double visage ? Par respect des consignes ou par peur de mal faire dans une compétition où, jusqu’à hier soir, il avait montré des limites et trop rarement brillé ?
Avant le duel contre Manchester City, les statistiques du Lyonnais en Ligue des champions étaient faméliques, avec un seul but (contre la Real Sociedad, 2-0 en huitièmes de finale aller, le 14 février 2024) et une passe décisive (à Barcelone, 4-1 en quarts de finale retour, le 16 avril) en 16 rencontres. Hier il a doublé ses deux totaux. Surtout, il a eu le très grand mérite de relancer une équipe qui aurait pu/dû sombrer après un début de seconde période catastrophique et tellement injuste par rapport à ce qu’elle avait produit lors du premier acte. Barcola a affiché des valeurs de combattant qu’on ne lui connaissait pas, ou que son attitude nonchalante d’ordinaire ne laissait pas supposer.
Après cette prestation déterminante se pose la question de savoir si ce match peut faire office de déclic sur la scène européenne pour le jeune attaquant parisien, deuxième meilleur buteur de Ligue 1 avec onze réalisations. Pour valider sa qualification la semaine prochaine à Stuttgart et espérer aller le plus loin ensuite dans l’épreuve, Barcola devra de nouveau allumer l’étincelle.
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Le latéral portugais manquera l’ultime rencontre du PSG en phase de ligue de Ligue des champions, mercredi prochain à Stuttgart, pour une accumulation de cartons jaunes. Nuno Mendes a ainsi reçu le troisième avertissement de sa saison européenne, hier à la 23e minute. Le défenseur avait déjà été averti face au PSV Eindhoven (1-1, le 22 octobre) et le Bayern Munich (0-1, le 26 novembre).
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