LAVENU VERS LA FIN DE L’HISTOIRE


Vincent Lavenu au côté de Romain Bardet lors du Tour de France 2017, 
que l’Auvergnat finira sur la troisième marche du podium.

Le fondateur et patron historique de l’équipe aurait été notifié de son licenciement après le Tour de France par la nouvelle direction de Decathlon-AG2R La Mondiale. Une aventure qui s’achève dans la douleur au bout de trente-deux ans.

22 Aug 2024 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS et MANUEL MARTINEZ

"Les entreprises monomanagériales, 
avec tout le mérite qu’a eu Vincent, 
avec les années difficiles qu’il a 
dû passer à boucler des budgets, 
elles ne survivront pas dans 
l’hyper-professionnalisation du sport"
   - DOMINIQUE SERIEYS, DIRECTEUR GÉNÉRAL 
     DE L’ÉQUIPE DECATHLON-AG2R LA MONDIALE

Vincent Lavenu savait bien que son avenir était compté dans son équipe, la plus ancienne de l’élite française, celle qu’il avait créée en 1992 en s’associant à un charcutier du Jura, Alain Chazal. Qu’à 68ans, il serait bientôt temps de songer à la retraite. Les dernières évolutions de DecathlonAG2R La Mondiale pointaient dans ce sens mais, en attendant, il continuait d’incarner la vitrine de sa formation, celui à qui on tendait les micros ou les enregistreurs à l’arrivée des courses pour dresser un bilan, parler d’un coureur.

Lavenu n’avait, en revanche, pas anticipé que les choses se précipiteraient de la sorte. Selon nos informations, dans les jours qui ont suivi la fin du Tour de France à Nice, le 21juillet, le manager historique aurait été notifié par courrier de l’ouverture d’une procédure de licenciement à son encontre. Il lui aurait alors été demandé de rendre son téléphone et son ordinateur professionnels ainsi que sa voiture de fonction.

La semaine suivante, il aurait été convoqué par Dominique Serieys, le nouveau directeur général, et Philippe Chevallier, secrétaire général et responsable des ressources humaines, que Lavenu avait luimême recruté fin 2015 en tant qu’adjoint, pour lui signifier son licenciement. À l’issue de cet entretien, il aurait été pris d’un malaise qui a nécessité l’intervention des pompiers. Ces derniers se seraient déplacés au service course de l’équipe, à La Motte-Servolex, à côté de Chambéry (Savoie), mais ils n’auraient pas eu à transporter Lavenu. Depuis, le Haut-Alpin aurait pris les services d’un avocat de la région lyonnaise.

Des reproches à son encontre dans l’affaire Bonnamour

Selon nos informations, la direction actuelle reprocherait notamment à Lavenu de ne pas les avoir informés assez rapidement de la procédure antidopage qui avait été ouverte contre Franck Bonnamour, suspendu par l’Union cycliste internationale depuis le 5février en raison d’anomalies sanguines dans son passeport biologique, et qui a été licencié par son équipe le 26mars. Lavenu aurait ainsi tardé à prévenir ses nouveaux patrons de la situation du coureur. Hier, nous n’avons réussi à joindre ni Dominique Serieys ni Vincent Lavenu. Ces derniers jours, ce dernier avait disparu de l’organigramme de l’équipe publié sur le site Internet de Decathlon-AG2R La Mondiale alors que, jusque-là, il y était présenté comme le manager sportif.

Un premier déclassement intervenu il y a un peu plus d’un an, en juillet 2023, au moment de l’arrivée dans l’équipe de Dominique Serieys en tant que nouveau directeur général. Cette nomination par la direction d’AG2R La Mondiale avait entériné la perte de pouvoir de Lavenu dans sa propre maison, mais les remous avaient débuté pour lui plus de deux ans plus tôt. En 2020, pour continuer à faire évoluer sa structure, ne pas perdre pied dans la concurrence avec les formations les plus puissantes, il décide de faire construire de nouveaux locaux pour le service course. Il a alors l’appui de ses deux principaux partenaires de l’époque, AG2R La Mondiale et Citroën.

Lavenu lance son projet, s’endette personnellement, mais les ennuis vont débuter. Le constructeur automobile, qui avait pourtant signé pour cinq ans, active rapidement sa clause de désengagement. La compagnie d’assurances nomme un nouveau directeur général, Bruno Angles remplace André Renaudin, et ce changement aura un impact important sur la relation avec l’équipe cycliste. 

Fini la bienveillance d’un partenariat entamé en 1997, dans lequel les patrons voyaient un investissement, mais aussi un dada, leur "violon d’Ingres", place à la froideur du tout business. Devant la fragilité de la situation, AG2R La Mondiale pose ses cartes sur la table: ou ils rachètent France Cyclisme, la structure mère de Vincent Lavenu depuis 1992, ou ils s’en vont. Le prix avancé en CSE en juin 2022 estomaque certains participants à la réunion, notamment un des deux coureurs: 8000€ pour racheter le capital. En juillet dernier, Dominique Serieys justifiait ainsi ce changement de stratégie: «Les entreprises mono-managériales, avec tout le mérite qu’a eu Vincent, avec les années difficiles qu’il a dû passer à boucler des budgets, elles ne survivront pas dans l’hyper-professionnalisation du sport» , avait-il confié.

Lavenu est piégé. Coincé entre la volonté d’une entreprise puissante, dont le départ serait un désastre dans un contexte économique où il est compliqué de trouver des partenaires solides, et sa centaine de salariés dont il doit protéger les emplois. Le rachat est donc acté. Le fondateur est maintenu à son poste de directeur général mais, en réalité, il n’est déjà plus qu’un exécutant. Il paraphe un avenant à son contrat qui lui ôte tout pouvoir de signature, le centre de décision est transféré à Paris, d’où AG2R La Mondiale lance également un audit.

Il pensait partir en retraite en fin de saison, en douceur

Cette période de transition aboutira à la nomination de Serieys et à la rétrogradation formelle de Lavenu. Et à un choc des cultures entre la petite boutique familiale dirigée par un diplômé en comptabilité, où l’on est souvent autant collègues que copains, où nombreux sont ceux qui ont plus de trente ans de boîte, et le management moins sentimental d’une grande entreprise.

Si beaucoup, même parmi les anciens, jugeaient les bouleversements nécessaires, ne serait-ce que pour suivre les accélérations du World Tour, ils sont tout autant à regretter leur brutalité. Des membres du staff parmi les assistants, chauffeurs, mécaniciens ont ainsi préféré partir l’hiver dernier, parfois encouragés à le faire. Au moins deux salariés ont saisi le conseil de prud’hommes contre l’équipe, dont un directeur sportif depuis 1994 et une employée des services administratifs avec plus de trente ans d’ancienneté.

C’est dans ce contexte général de renouvellement, de rupture avec le passé que s’inscrit le départ de Vincent Lavenu. Un départ que Dominique Serieys avait d’ailleurs esquissé quand nous l’avions rencontré sur le Tour de France: «Je pense que de toute façon, dans un délai qui sera décidé ensemble avec Vincent, ben voilà, c’est la vie, on doit tous penser à la suite pour l’équipe, personne n’est indispensable.»

Lavenu avait quant à lui confié à des proches qu’il pensait partir à la retraite en fin de saison, en douceur. Il avait des rêves pour ses filles. Il avait espéré un temps que Magalie puisse avoir des responsabilités dans l’avenir de la structure, mais elle a quitté cette année son poste au département stratégie et développement. Il imaginait désormais que Nina, la seule de ses quatre filles à courir, puisse faire partie de son équipe si une section féminine était fondée.

Un tournant majeur pour le cyclisme français

Restent les murs du service course, dont il est toujours propriétaire et qu’il loue à AG2R La Mondiale. Un bruit insistant prêterait à la compagnie d’assurances l’intention de mettre l’équipe sur de bons rails avant de la céder à Decathlon et de déplacer son centre névralgique vers le Nord. «Sincèrement, à date, ce n’est ni dans les tuyaux ni dans une projection à court ou moyen terme, nous disait Serieys en juillet. Ce qui a été fait, c’est de consolider, pérenniser France Cyclisme. Le partenariat avec Decathlon et Van Rysel est sur une durée de cinq ans, rien n’est exclu, mais il ne faut pas brusquer les choses. À ma connaissance, comme je le disais, ce n’est pas dans les tuyaux.»

En attendant, même si l’équipe a pris un nouveau virage depuis quelques mois et que d’autres départs de membres historiques ne sont pas à exclure, la fin de l’aventure pour Lavenu marquerait un tournant majeur, pour sa formation et au-delà. Avec son départ, c’est un peu de l’équipe Chazal Vanille et Mûre, des victoires de l’Estonien Jaan Kirsipuu, du podium hors du temps dans le Tour 2014 de Jean-Christophe Peraud, du panache de Romain Bardet qui partiraient. Beaucoup de l’âme de son équipe. Un gros morceau de l’histoire moderne du cyclisme français.

***

Vincent Lavenu al fianco di Romain Bardet durante il Tour de France 2017, 
che l'alverniate ha concluso sul terzo gradino del podio.

LAVENU VERSO LA FINE DELLA STORIA

Il fondatore e storico capo della squadra sarebbe stato informato del suo licenziamento dopo il Tour de France dalla nuova dirigenza di Decathlon-AG2R La Mondiale. 
L'avventura si conclude dolorosamente dopo trentadue anni.

22 agosto 2024 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS e MANUEL MARTINEZ

“Aziende mono-manageriali, 
con tutto il merito a Vincent per gli anni difficili che ha dovuto
affrontare per far quadrare i conti, 
non sopravvivranno nella iper-professionalizzazione dello sport”.
   - DOMINIQUE SERIEYS, DIRETTORE GENERALE 
     DELLA SQUADRA DECATHLON-AG2R LA MONDIALE

Vincent Lavenu sapeva bene che il suo futuro era contato nella sua squadra, la più antica dell'élite francese, quella che aveva creato nel 1992 in collaborazione con un macellaio del Giura, Alain Chazal. A 68 anni, sarebbe presto arrivato il momento di pensare al ritiro. Gli ultimi sviluppi alla Decathlon-AG2R La Mondiale puntavano in quella direzione, ma nel frattempo lui continuava a essere la vetrina della sua squadra, l'uomo a cui la gente consegnava i microfoni o i registratori all'arrivo delle corse per dare un giudizio o parlare di un corridore.

Tuttavia, Lavenu non aveva previsto che la situazione sarebbe precipitata così in fretta. Secondo le nostre informazioni, nei giorni successivi alla fine del Tour de France a Nizza, il 21 luglio, lo storico manager è stato informato per lettera che era stata aperta una procedura di licenziamento nei suoi confronti. Gli è stato quindi chiesto di consegnare il telefono e il computer di lavoro, nonché l'auto aziendale.

La settimana successiva è stato convocato da Dominique Serieys, nuovo direttore generale, e da Philippe Chevallier, segretario generale e responsabile delle risorse umane, che lo stesso Lavenu aveva assunto alla fine del 2015 come suo vice, per informarlo del suo licenziamento. Al termine di quella riunione, Lavenu pare abbia accusato un malore che avrebbe richiesto l'intervento dei vigili del fuoco. I vigili del fuoco si sono recati al reparto corse della squadra a La Motte-Servolex, vicino a Chambéry (Savoia), ma non hanno dovuto trasportare Lavenu. Da allora, l'Haut-Alpin si sarebbe affidato a un avvocato della regione di Lione.

Le critiche mosse nei suoi confronti per l'affare-Bonnamour

Secondo le informazioni in nostro possesso, l'attuale dirigenza critica Lavenu per non averli informati abbastanza rapidamente del procedimento antidoping aperto nei confronti di Franck Bonnamour, sospeso dall'Unione Ciclistica Internazionale dal 5 febbraio a causa di anomalie ematiche nel suo passaporto biologico, e licenziato dalla sua squadra il 26 marzo. Si dice che Lavenu abbia tardato a informare i suoi nuovi capi della situazione del corridore. Ieri non siamo riusciti a contattare né Dominique Serieys né Vincent Lavenu. Negli ultimi giorni, quest'ultimo era scomparso dall'organigramma della squadra pubblicato sul sito web di Decathlon-AG2R La Mondiale, anche se fino ad allora era stato indicato come direttore sportivo.

Il primo declassamento è avvenuto poco più di un anno fa, nel luglio 2023, quando Dominique Serieys è entrato a far parte della società come nuovo direttore generale. Questa nomina da parte della dirigenza dell'AG2R La Mondiale ha confermato la perdita di potere di Lavenu all'interno della sua azienda, ma le turbolenze erano iniziate per lui più di due anni prima. Nel 2020, per continuare a sviluppare la sua struttura e tenere il passo con la concorrenza delle squadre più potenti, decise di costruire nuovi locali per il reparto corse. Aveva il sostegno dei suoi due principali partner dell'epoca, AG2R La Mondiale e Citroën.

Lavenu lancia il suo progetto e si indebita personalmente, ma i problemi stanno per iniziare. La casa automobilistica, che aveva sottoscritto l'accordo per cinque anni, attivò rapidamente la clausola di recesso. La compagnia assicurativa ha nominato un nuovo amministratore delegato, Bruno Angles, in sostituzione di André Renaudin, e questo cambiamento ha avuto un forte impatto sul rapporto con la squadra di ciclismo. 

La benevolenza di una collaborazione iniziata nel 1997, in cui i capi vedevano un investimento, ma anche un hobby, il loro “violon d'Ingres”, è stata sostituita dalla freddezza del business, as usual. Data la fragilità della situazione, la AG2R La Mondiale sta mettendo le carte in tavola: o acquista France Cyclisme, la società madre di Vincent Lavenu dal 1992, o se ne va. Il prezzo proposto al CSE nel giugno 2022 ha stupito alcuni dei presenti alla riunione, tra cui uno dei due corridori: 8.000 euro per acquistare il capitale. Lo scorso luglio, Dominique Serieys aveva giustificato questo cambio di strategia: “Le società a gestione unica, con tutti i meriti che Vincent ha avuto, con gli anni difficili che ha dovuto passare per far funzionare i bilanci, non sopravvivranno nell'iper-professionalizzazione dello sport”, aveva detto.

Lavenu è in trappola. Intrappolato tra la volontà di una potente azienda, la cui partenza sarebbe un disastro in un clima economico in cui è complicato trovare partner solidi, e il suo centinaio di dipendenti, di cui deve proteggere il posto di lavoro. L'acquisizione è quindi un affare fatto. Il fondatore è stato mantenuto nella sua posizione di amministratore delegato, ma in realtà non era già più che un esecutore. Ha siglato una modifica al suo contratto che gli ha tolto ogni potere di firma e il centro decisionale è stato trasferito a Parigi, da dove l'AG2R La Mondiale ha anche avviato un audit.

Pensava di ritirarsi alla fine della stagione, 
ma in realtà non lo ha fatto.

Questo periodo di transizione ha portato alla nomina di Serieys e alla retrocessione formale di Lavenu. C'è stato anche uno scontro culturale tra la piccola azienda familiare gestita da un diplomato in ragioneria, nella quale le persone sono spesso amici oltre che colleghi, e molti sono in azienda da più di trent'anni, e la gestione meno sentimentalista di una grande azienda.

Se da un lato molti, anche tra i più anziani, ritenevano che i cambiamenti fossero necessari, se non altro per tenere il passo con l'accelerazione del World Tour, dall'altro ce n'erano altrettanti che ne rimpiangevano la rapidità. Alcuni membri dello staff, tra cui assistenti, piloti e meccanici, hanno preferito lasciare l'inverno scorso, o sono stati incoraggiati a farlo. Almeno due dipendenti hanno portato la squadra davanti al tribunale del lavoro, tra cui un team manager dal 1994 e un impiegato amministrativo con oltre trent'anni di servizio.

La partenza di Vincent Lavenu avviene in questo contesto di rinnovamento e di rottura con il passato. È una partenza che Dominique Serieys ci ha delineato quando lo abbiamo incontrato durante il Tour de France: “Penso che in ogni caso, in un arco di tempo che verrà deciso insieme con Vincent, beh, è la vita, tutti dobbiamo pensare al futuro della squadra, nessuno è indispensabile”.

Quanto a Lavenu, ha detto ad amici e parenti che pensava di ritirarsi a fine stagione, in silenzio. Aveva dei sogni per le sue figlie. Per un certo periodo aveva sperato che Magalie avesse delle responsabilità nel futuro della struttura, ma quest'anno ha lasciato la sua posizione nel dipartimento di strategia e sviluppo. Ora immaginava che Nina, l'unica delle sue quattro figlie a gareggiare, potesse far parte della sua squadra se fosse stata fondata una sezione femminile.

Una svolta importante per il ciclismo francese

Rimane il reparto corse, che è ancora di sua proprietà e che affitta all'AG2R La Mondiale. Voci insistenti sostengono che la compagnia assicurativa intenda rimettere la squadra sulla giusta strada prima di venderla alla Decathlon e spostarne il centro nevralgico a nord. A essere sinceri, ad oggi, questo non è né in programma né nei piani a breve o medio termine”, ci ha detto Serieys a luglio. Ciò che è stato fatto è consolidare e perpetuare France Cyclisme. La partnership con Decathlon e Van Rysel ha una durata di cinque anni, nulla è escluso, ma non dobbiamo avere fretta. Per quanto ne so, come ho detto, non è in programma.

Nel frattempo, anche se la squadra ha preso una nuova piega negli ultimi mesi e non si possono escludere ulteriori partenze di membri storici, la fine dell'avventura di Lavenu segnerebbe una svolta importante, per la sua squadra e non solo. Con la sua partenza se ne andrebbe un po' della squadra Chazal-Vanille et Mûre, le vittorie dell'estone Jaan Kirsipuu, l'intramontabile podio al Tour 2014 di Jean-Christophe Peraud e il brio di Romain Bardet. Un bel po' dell'anima della sua squadra. Un grande pezzo di storia del ciclismo francese moderno.

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