Vite, la suite


30 Jan 2025 - L'Équipe
BERNARD LIONS

Logiquement battu par un Real Madrid tout en contrôle hier soir, le petit poucet brestois n’a pas démérité, justifiant sa qualification pour les barrages acquise avant ce match. Au prochain tour, il devra à nouveau se frotter à du lourd : Benfica ou le PS

“Le PSG n’aura pas le pas le choix, il tombera sur une équipe française. Donc on verra bien, mais ça ferait beaucoup de matches contre le PSG en peu de temps (Brest reçoit samedi le PSG en L1). De toute façon, ce sera difficile, mais on aura à coeur de jouer ces matches à fond
   - ÉRIC ROY, ENTRAÎNEUR DE BREST

GUINGAMP (CÔTES-D’ARMOR) – Les Brestois méritaient bien de s’offrir un tour d’honneur en marchant au coup de sifflet final, hier soir. Il récompense l’ensemble de leur oeuvre dans cette Ligue des champions qu’ils découvraient et il ne s’apparente pas à un dernier tour de piste. Cette nouvelle formule de phase de ligue a délivré ses quatre vérités au football français. Et si le Stade Brestois 29 ne l’a pas emporté, terminant le moins bien classé des quatre équipes de l’Hexagone, le voir qualifié pour les 16es de finale – il l’était déjà au coup d’envoi de cette 8e et dernière journée – rappelle que le football demeure un formidable créateur de bonheurs éphémères, mais aussi et surtout, parfois improbables.

La dix-huitième place finale du SB29 l’est incontestablement et sa seconde défaite d’affilée dans cette compétition reine (après celle subie au Chakhtior Donetsk, 0-2, le 22 janvier) ne saurait la gommer. Hier, Brest s’est battu avec ses forces du moment, aucun latéral gauche de métier et seulement sept joueurs de champ sur le banc, et son coeur battant de débutant ; le Real, avec sa maîtrise technique du vieil habitué et avec des hommes pressés. Seizième au coup d’envoi, la Maison Blanche se devait de l’emporter, le plus largement possible, tout en espérant d’autres résultats favorables pour se glisser au buzzer dans les huit premiers. Ceci, afin de s’éviter de surcharger son calendrier avec deux matches de barrages en février.

Madridaouvert le score quelques instants après les «Olé» dupublic

C’est donc en partie raté et Brest n’y est pas étranger. L’idée d’affronter un jour le grand Real lui paraissait fou. Être capable de lui résister, encore plus. C’est pourtant ce que les Bretons ont réussi à faire, en début de partie. Bien décidés à ne pas se laisser dévorer tout cru par des Madrilènes revenus en forme – ils restaient sur neuf victoires sur leurs dix derniers matches (contre une seule défaite, 2-5, en finale de la Supercoupe d’Espagne face au Barça, le 12 janvier) –, les Ti-Zefs ont croqué dans ce premier bout de match avec gourmandise.

Seulement voilà : ils ont pris comme un boomerang deux moments clés de ce match. Le premier a surgi des tribunes. Passe encore que leurs supporters conspuent Kylian Mbappé à chacune de ses prises de balle (voir par ailleurs). Alors encore au Paris-SG, le Français les avait chambrés, après avoir transformé son penalty vainqueur (3-2, le 29 octobre 2023). Mais se croire soudain à une corrida, en accompagnant la moindre passe des Pirates par des «Olé » chambreurs, n’a pas été l’idée du siècle.
Kamory Doumbia est devancé par le tacle d’Aurélien Tchouaméni hier soir à Guingamp.

Rodrygo a revêtu ses habits de matador

Piqués, les Madrilènes se sont réveillés et ont décidé aussitôt de les faire taire, dans l’arène du Roudourou. Comme souvent en Ligue des champions, Rodrygo a revêtu ses habits de matador pour estoquer Marco Bizot d’un tir croisé du gauche, aidé par le poteau droit (27e).

Sans le Brésilien Vinicius, suspendu, mais avec trois de ses quatre français (Kylian Mbappé, Ferland Mendy et Aurélien Tchouaméni), le Real avait réussi le plus dur. D’autant qu’un fait de jeu a ensuite tourné en sa faveur, quand l’arbitrage vidéo a annulé l’égalisation d’un pointu du gauche de Ludovic Ajorque (52e). Les scientifiques avanceront, preuve de l’image à l’appui, qu’il se trouvait hors jeu de quelques centimètres. Les nostalgiques, que l’attaquant breton n’en a pas outrageusement profité. À ce degré de précision, le VAR est un tue-l’amour du football offensif et d’une certaine idée de la prime au jeu. Surtout, cette décision a éteint le maigre suspense de cette partie.


Une impression confirmée quatre minutes plus tard, quand Jude Bellingham a doublé la mise (56e). Un tir cadré de Kenny Lala en glissant (63e), un autre cadré d’Abdallah Sima en passant (77e) ont offert de derniers frissons. Si un troisième but de Rodrygo (78e) a sanctionné le baroud d’honneur du petit poucet breton, cela ne change rien à son épopée en terre européenne.

L’aventure, c’est l’aventure, et elle continuera à être belle à partir du 11 février, et le début des 16es de finale aller.

***


Ajorque, tête haute

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL FRANCK LE DORZE

Le grand attaquant brestois a livré une partie extrêmement solide face aux Merengues. 
Il a même marqué son premier but en C1 refusé pour hors-jeu.

GUINGAMP (CÔTES-D’ARMOR) – Il avait vraiment de quoi quitter la pelouse du stade de Roudourou la tête haute, lui qui aime si souvent la cacher sous une casquette, le regard tourné vers le sol, par pudeur. Ludovic Ajorque est grand (1,96 m) et il aurait pu être encore plus grand, hier, s’il avait égalisé. C’est ce qu’il a fait, d’ailleurs, avant que le VAR ne le prive de son premier but en Ligue des champions. On jouait la 51e minute, le Stade Brestois n’avait pas été breaké et avait décidé de saisir sa chance à fond, comme persuadé que l’exploit était toujours possible. C’est alors que Mahdi Camara l’a servi dans l’axe et, d’un pointu, il a vu sa frappe déviée par Aurélien Tchouaméni et tromper Thibaut Courtois, un peu court, sur sa gauche.Ici opposé à Antonio Rüdiger, l’attaquant de Brest Ludovic Ajorque a livré une partie pleine hier à Guingamp.

Sa joie, extatique, a été vite refroidie par Espen Eskas, l’arbitre norvégien n’ayant d’autre choix que de le sanctionner pour un léger hors-jeu, après avoir écouté le verdict de son assistance vidéo. En sept matches, puisqu’il était suspendu contre le PSV Eindhoven (1-0, le 10 décembre), Ajorque n’a donc toujours pas marqué.

Il a mené la vie dure à Rüdiger et Tchouaméni

Ce qui doit lui peser, évidemment, quand on constate qu’il en est déjà à 7 réalisations en Ligue 1. Mais on sait aussi que cet attaquant est d’un naturel altruiste, lui qui affirmait dans ces colonnes, samedi, qu’il n’échangerait pas ses trois passes décisives, en C1, contre des buts. C’est ce style tout en générosité et en don de soi qui a prévalu contre le Real. Il a remporté 6 de ses 7 duels, dont 4 sur 5 dans le domaine aérien, ce qui n’est pas rien quand vous croisez notamment la route d’un certain Antonio Rüdiger. L’international allemand ne s’est d’ailleurs pas privé de la plaquer, sous les yeux d’un arbitre bien conciliant (61e), alors qu’il avait provoqué le carton jaune de Tchouaméni, en première période (29e).

Le signe qu’il a souvent pris le dessus sur « ses » défenseurs centraux, lui qui ne recherche pas forcément le contact, mais plutôt l’évitement, par son jeu de corps et ses décrochages. Ainsi, ses remises ont profité à Mama Baldé (37e) et à Kenny Lala, qui a bien cru réduire l’écart, mais Courtois s’est une nouvelle fois montré impérial (63e).

Remplacé par Ibrahim Salah (79e), Ajorque a vécu une fin de match forcément tristounette, mais avec moins de frustration qu’une semaine plus tôt, face au Chakhtior Donetsk (0-2), où sa sortie avait été accompagnée d’une irritation bien plus visible.

Hier, malgré cette sévère défaite et ce compteur but toujours pas ouvert en Ligue des champions, le Réunionnais a quand même dû rendre fier son village de Saint-Joseph et son papa, avec lequel il échange après chaque rencontre.

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