Le manège est lancé
L’an dernier, Mathieu Van der Poel, à l’époque champion du monde, avait magistralement
dominé le GP E3, menant sur le « Petit Tour des Flandres », un raid solitaire de 40 kilomètres.
Dans la foulée, il avait remporté le Ronde et Paris-Roubaix.
Mathieu van der Poel ne retrouvera pas, comme prévu initialement, Tadej Pogacar, aujourd’hui à Harelbeke, mais pourrait être tenté de lui envoyer un message en vue des Flandres et de Roubaix.
"Sa victoire à Milan-San Remo lui a apporté de la sérénité
mais Pogacar reste le meilleur pour l’instant.
Mathieu l’a dit, il doit être à 110 % pour rester dans la roue de Tadej"
- ADRIE VAN DER POEL, LE PÈRE DE MATHIEU
"Il continue de m’impressionner,
même après toutes les courses qu’il a gagnées"
- XANDRO MEURISSE, SON COÉQUIPIER
28 Mar 2025 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
HARELBEKE (BEL) – Sous le soleil d’Harelbeke (oui, oui), le printemps a réveillé toute sorte de bestioles hier. Mais au pied du stade du club de football où sera jugée l’arrivée du Grand Prix E3 tout à l’heure, les abeilles s’agitaient autour des pins comme si quelqu’un avait mis un coup de pied dans la ruche. L’annonce que Tadej Pocagar allait se frotter aux pavés de Roubaix a secoué tout le bocal depuis vingt-quatre heures et redessiné le panorama des classiques flandriennes car le Slovène – qui aurait dû retrouver Mathieu van der Poel à Harelbeke, six jours après la baston de Milan San Remo –, a fait l’impasse sur l’E3 et Gand.Wevelgem (dimanche) pour (mieux?) revenir en Belgique, sur le Tour des Flandres le 6avril.
D’ici là, le Néerlandais va avoir la paix même si, dès aujourd’hui, la concurrence va tenter d’asticoter «le meilleur coureur de classiques du moment», selon son coéquipier Xandro Meurisse.
La question est de savoir si le leader d’Alpecin-Deceunick va avoir envie de répondre à la récente communication de «Pogi» – un contrefeu à sa propre défaite pour mieux atténuer le numéro italien de «VDP» ? – ou s’il va faire le coup de la panne et ne prendre aucun risque, en vue d’un quatrième succès au Ronde.
« Mathieu est notre plan A mais nous avons globalement une grosse équipe et il y a aussi ce que vont faire nos adversaires comme Wout (Van Aert), anticipe Meurisse.
Il va essayer de gagner cette course mais avec lui, on ne sait jamais de quelle façon, s’il ne va pas partir de loin (rires). Avec la forme qu’il a montrée à San Remo, il est capable de nous sortir un grand numéro.»
Pas forcément, selon son père Adrie, pour secouer la bouillotte du champion du monde: «Cela ne changepasgrand-chosesaufqu’ila un concurrent de moins sur l’E3. Il ne part pas avec cette idée de marquer les esprits mais pour gagner les courses. Il ne faut pas aller chercher plus loin.»
Meurisse assure que le duel à venir dans le nord de la France n’a même pas été un sujet au sein de l’équipe depuis mercredi : « Il ne regarde pas qui s’aligne sur les courses, il se concentre sur la sienne. Il n’a plus rien à prouver quand on voit son palmarès. » Pas de guéguerre psychologique, pas du côté des Alpecin en tout cas, estime le coureur belge, plus sceptique, en revanche, sur le coup en trois bandes réalisé par le Slovène lors de sa reconnaissance de la Trouée d’Arenberg en février: «Ce n’était pas que pour le fun ou tester le matériel sinon le staff aurait envoyé un coureur qui habite à côté, pas à Monaco (rires). Cela n’aurait pas eu de sens de ne pas aller ensuite sur la course. » Adrie van der Poel, vainqueur du Tour des Flandres en 1986, salive en tout cas déjà des retrouvailles sur des théâtres plus majestueux encore que les courses prévues cette semaine : « Sa victoire à Milan-San Remo lui a apporté de la sérénité mais Pogacar reste le meilleur pour l’instant. Mathieu l’a dit, il doit être à 110 % pour rester dans la roue de Tadej. Mais rouler sur les pavés d’une course d’une journée pour gagner ou d’un grand Tour pour ne pas perdre du temps (comme en 2022 sur la Grande Boucle), c’est différent.»
Xandro Meurisse espère, lui, le même spectacle que lors de la Primavera où, relégué au fond de la classe (140e) avec Nils Politt (134e), il a eu le temps de deviser: « On se disait : “Ces gars sont à un autre niveau, c’est fou la façon dont ils ont grimpé dans la Cipressa et le Poggio.” Mathieu, qui ne fait pas le même poids que Pogacar, a réussi à suivre l’un des meilleurs grimpeurs du monde. Il continue de m’impressionner même après toutes les courses qu’il a gagnées.»
Le Belge de 33ans est prêt à reprendre, aujourd’hui, un ticket au guichet du petit Tour des Flandres, même sans le rival slovène. Au pied de la ligne d’arrivée, les organisateurs de l’E3 ont d’ailleurs dressé une grande roue qui annonce les festivités des quinze jours à venir. Bienvenue dans le manège.
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Van Aert en reprise
La bataille de San Remo et l’annonce de la présence de Tadej Pogacar à Roubaix ont éclipsé le plateau du GP E3 qui, une nouvelle fois, présente du beau linge. Outre Mads Pedersen, Biniam Girmay, Matej Mohoric, Michael Matthews et Filippo Ganna, la course d’Harelbeke accueille Wout Van Aert (ici lors de Kuurne-Bruxelles-Kuurne, le 2 mars) plutôt discret depuis le début de saison et qui revient d’un stage en altitude en Espagne. Pourtant, l’an passé déjà, il était l’adversaire no 1 de van der Poel et, en prévision du Ronde et de Roubaix, ses deux grands objectifs alors, il avait été tenté de tourmenter le Néerlandais sur l’E3, «une de mes courses préférées que je suis très fier d’avoir déjà remportée deux fois (2022 et 2023)». Van der Poel avait répondu en le concassant, à 40 kilomètres de l’arrivée, dans le Paterberg où « Wouty » avait chuté, sa roue glissant sur le pavé humide après l’attaque de son adversaire. Sur la ligne, le double vainqueur de Roubaix s’était juché sur ses pédales, salut militaire, comme un avertissement en vue des futures batailles qui n’eurent pas lieu puisque le leader des Visma-Lease a bike sur les classiques chuta lourdement lors d’À Travers la Flandre, quelques jours plus tard. Même casting une nouvelle fois et même parcours le long des 208,8 km où le peloton avalera 16 monts dont le Kanarieberg, le Hotond, le Taaienberg, le Stationberg et le Vieux Quaremont.
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