Faut-il mettre hors jeu le Mondial made in USA ?
NATE KOPPELMAN/SUSA/ICON SPORT - Maple, Zayu et Clutch,
les mascottes des pays hôtes de cette édition, le 14 janvier, à Washington.
FOOTBALL - Dans un contexte international tendu, même si pour l’instant aucune sélection n’a annoncé son intention de boycotter la Coupe du monde 2026, des voix s’élèvent contre la politique de Donald Trump et appellent à ne pas participer à l’événement.
En décembre, Gianni Infantino décernait le prix de la Paix de la FIFA au président états-unien.
23 Jan 2026 - L'Humanité
ÉRIC SERRES
Alors que la Coupe du monde 2026 (du 11 juin au 19 juillet, aux ÉtatsUnis, Canada et Mexique) se rapproche à grands pas, où 48 nations se disputeront le plus prestigieux des trophées du football, certains montent au créneau pour appeler au boycott de la compétition, et tout particulièrement des matchs qui se dérouleront sur le territoire états-unien. Les motifs de mécontentement se multiplient face au diktat du président Donald Trump, qui veut tailler l’événement à sa main, tout comme il veut régir le monde. Son « hard power » n’a plus de limites.
Déjà ces dernières semaines, les prix exorbitants des billets avaient fait bondir de nombreux supporters, peu habitués à ces tarifs à l’américaine. Mais avec Trump, « business is business ». Était ensuite venue l’affaire de l’interdiction de visas pour 75 pays, dont 15 qui seront présents à la Coupe du monde. Certes ces interdictions ne concerneront pas les visas touristiques, mais aidé en cela par son ami Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football (Fifa), le locataire de la Maison-blanche a obtenu gain de cause dans sa lutte obsessionnelle contre toute forme d’immigration supposée illégale. Dans un communiqué, la Fifa a rappelé qu’« un billet de match ne garantit pas l’entrée dans le pays hôte concerné » .
De quoi s’interroger sur la prétendue indépendance de l’instance internationale. Enfin, pas tant que cela, lorsque l’on se souvient que le même Gianni Infantino, le 5 décembre dernier, lors du tirage au sort de la Coupe du monde, avait décerné l’improbable prix de la Paix de la Fifa au président états-unien. Un prix Nobel de la paix en chocolat scellant leur amitié. Par ailleurs, quelques mois plus tôt, ce même Infantino, prétextant que son instance se devait d’être présente partout dans le monde, avait ouvert un bureau dans la fameuse Trump Tower de New York. Tiens donc !
PAS DE FOOT, QUE DU FRIC
Mais, au-delà de la colère des supporters et de la servitude du patron de la Fifa, c’est la politique agressive – au niveau international, mais aussi national – de l’administration trumpienne qui se trouve au centre des débats. Des voix du monde entier s’élèvent contre la volonté d’annexion du Groenland et la chasse ultraviolente aux migrants menée par L’ICE (Immigration and Customs Enforcement). Dans un post sur X, Éric Coquerel, député LFI, a dénoncé l’attitude des États-unis, qui « ne respectent pas le droit international et instaurent une milice fasciste » . Le député insoumis souhaite que la Coupe du monde soit recentrée sur les deux autres coorganisateurs, le Mexique et le Canada.
Dans un entretien accordé au Figaro, Claude Le Roy, qui a été sélectionneur de nombreuses équipes africaines, accuse Donald Trump d’abîmer le continent africain en « tuant » les organisations non gouvernementales. « Je me demande s’il ne faudrait pas appeler au boycott de la Coupe du monde 2026, vu le comportement de Donald Trump à l’égard du continent africain, avec un président de la Fifa qui se targue d’être à ses côtés. Les dirigeants au plus haut niveau du foot ne parlent plus jamais de foot, mais que de fric. »
En Allemagne, face à la volonté états-unienne de s’emparer du Groenland et aux menaces de hausse des taxes douanières, près de la moitié de la population approuve l’idée d’un boycott si la situation dégénérait. Aux
Pays-bas, le présentateur de télévision Teun van de Keuken a lancé une pétition appelant au boycott, qui a déjà recueilli plus de 100 000 signatures. « Nous ne voulons pas que nos footballeurs apportent un soutien implicite à la stratégie de terreur violente mise en oeuvre par le président Donald Trump contre des migrants innocents en participant à ce tournoi », a-t-il écrit.
Enfin, selon le journal britannique The Guardian, alors que les dirigeants européens du football (UEFA) se sont réunis lundi 19 janvier à Budapest pour le 125e anniversaire de la fédération hongroise, certains patrons de fédérations n’excluaient pas l’idée d’un boycott en cas de passage en force de Donald Trump sur le Groenland.
Côté français, le gouvernement n’envisage rien à ce stade. Marina Ferrari exclut cette éventualité pour les Bleus de Didier Deschamps. La ministre des Sports se concentre sur l’aspect footballistique de la compétition : « La Coupe du monde de foot, c’est un moment extrêmement important pour tous les amoureux de sport. » Oui et alors ?
Quoi qu’il en soit, ce vent de colère est loin d’être une première. Argentine 1978, Russie 2018 et Qatar 2022, tous ces mondiaux ont suscité l’indignation. Pour l’édition au Qatar, la Mannschaft avait vu ses joueurs cacher leur bouche lors des matchs pour dénoncer l’absence de respect des droits de l’homme. Qu’en sera-t-il aux États-unis ?
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