Drôle d’endroit pour une rencontre


Comme la plupart des équipes professionnelles, 
la formation belge Soudal-Quick Step est monté au Coll de Rates 
(voir aussi ci-dessous) lors d'un de ses stages d’intersaison.

Situé sur la Costa Blanca, en Espagne, le Coll de Rates est devenu, ces dernières années, un des lieux les plus prisés des professionnels pour s’entraîner et des amateurs pour se montrer.

"Là, c’est encore un peu tôt, mais mi-janvier, 
vous pouvez voir quasiment toutes les équipes 
pros sur une seule journée"
   -  VALENTIN PARET-PEINTRE, 
      GRIMPEUR DE SOUDAL QUICKSTEP

23 Jan 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS

COLL DE RATES (ESP) – Et puis le silence, enfin. Une voiture de TotalÉnergies, gyrophare éteint, vient de quitter le parking, les derniers cyclotouristes ont entamé la descente vers Bolulla et Callosa d’en Sarria, laissant derrière eux le murmure des dérailleurs et le Coll de Rates à sa quiétude, après une matinée à être escaladé par des centaines de coureurs, amateurs ou professionnels, dans une cohabitation éphémère.

À l’approche du sommet, en plein exercice, un Astana non identifié (il a basculé en haut, sans s’arrêter) a gobé chacun des cyclos venus se mesurer à cette ascension devenue mythique depuis quelques années. Coralie Demay, dans les rangs de FDJ-Suez jusqu’à l’an passé, n’a même pas cherché, avec ses amis, à prendre la roue du coureur mystère: « Je ne reconnais pas toujours tout le monde, je ne suis pas au point (rires). Je ne suis pas trop sur Strava, mais quand on regarde le nombre de personnes qui ont monté Rates à la fin de la journée, on peut vite voir que ça monte à 400-500. C’est assez incroyable. Ce col n’a rien de particulier, il est régulier, joli et pas très long non plus. »

Au départ de Parcent, l’ascension mesure 6,5 kilomètres, elle serpente entre les orangers et les oliviers au début puis laisse la place à une nature plus sauvage et rocailleuse, quoique encore assez verte, sans porter la main de l’homme. Le cycliste – les cyclistes puisque le cortège ressemble à une grande cyclo – est roi et on accepte assez volontiers de se caler à son rythme en laissant défiler les paysages. Valentin Paret-Peintre le connaît aujourd’hui par coeur: « Ce qui est mythique et dingue, c’est de voir le nombre de cyclistes tous les jours. Là, c’est encore un peu tôt, mais mi-janvier, vous pouvez voir quasiment toutes les équipes professionnelles sur une seule journée, parfois c’est même difficile de faire ses exercices, de doubler et de passer! »

Le grimpeur de Soudal Quick-Step, qui réalise ses tests de quinze minutes avec ses équipiers sur cette portion, s’en accommode dans une région prisée pour sa douceur climatique et son coût assez bas pour les formations professionnelles au coeur d’une saison hivernale plutôt calme. Certaines viennent même tourner leur spot publicitaire sur cette route et il y a un mois, Lidl-Trek l’a privatisée, ce qui a entraîné un embouteillage de vélos (dont ceux d’UAE Emirates- XRG), un comble quand même.

Pour Mathys Rondel, habitué depuis quelques mois à l’isolement dans ses Pyrénées d’adoption, l’endroit est utile, pas plus. Le coureur de Tudor ne veut pas écorner le mythe local, il hésite sur les mots à utiliser: « Comment dire, c’est… » Disneyland? « Oui, c’est ça, c’est l’autoroute, tout ce que je n’aime pas, il y a du monde parce qu’il y a du monde. On veut faire comme tout le monde. »

Aussi parce qu’il est « accessible à tous et qu’avec la guerre des KOM (King of the Mountain, « roi de la montagne », pour le détenteur du meilleur temps de l’ascension), ça rend le truc public » , selon Coralie Demay. « Tout le monde a envie de monter Rates. » Car la raison principale de ce cyclisme de masse tient aux applications mesurant les performances, tout en se comparant à la crème du peloton professionnel, sur fond de fantasme: en mars 2018, Jonas Vingegaard, alors chez ColoQuick, aurait séduit Jumbo (ancien nom de Visma-Lease a bike) en prenant le KOM sur Strava en 13’02''. Toujours son temps de référence officiel puisqu’il n’a plus enregistré d’activité sur l’application depuis 2021.

Seixas dans le top 10 de l’ascension

En haut du top 10 des meilleures performances enregistrées, il y a le patron Tadej Pogacar, évidemment, d’autres stars (le Danois donc, Paul Seixas en 13’01'' en janvier 2025) mais aussi des anonymes qui, sur une seule ascension, se mettent dans le dur pour la jouer comme le Slovène.

À la sortie de son « test de cinq minutes », Thibault Rossier (24 ans), passé par le club de Charvieu-Chavagneux Isère Cyclisme en 2024, en sourit : « Même en gardant ce rythme sur toute l’ascension, je ne l’aurais pas battu! Je laisse la couronne au roi, mais ce serait intéressant de le faire une fois à fond pour voir à quel niveau on se situe, mais prendre le KOM ce serait trop optimiste. »

Le Danois Peter Öxenberg Hansen (2e du KOM, en 12’38'', en mars 2024) d’Ineos Grenadiers a bien essayé, le 19 décembre, sur un segment de deux kilomètres, mais dans la foulée, le quintuple vainqueur du Tour de Lombardie, emmené par le train de sa formation UAE, a repris son bien sur ce secteur et même battu son propre record datant de décembre 2024 sur la totalité de la montée, avalée en 11 minutes et 57 secondes, à une moyenne folle de 32 km/h.

Fin décembre, agitation dans la communauté Strava, Vingegaard venait de repasser devant le Slovène dans Rates. Rapidement, il s’avéra que la performance avait été réalisée par un motard sous un faux compte du double vainqueur du Tour, en vacances en famille au même moment au Danemark… « C’est de la branlette intellectuelle, grince Rondel, qui préfère le calme de la vallée des Nestes. OK, c’est un col où tu peux aller vite, à 32 de moyenne sur 6 kilomètres, mais est-ce que tu es capable de grimper un col à 22 de moyenne mais à 10 %? On vit dans une société où il faut créer des histoires, de belles choses à raconter. »

Reste que dans la Costa Blanca, ce Coll de Rates (prononcez Ratesse ou Ratsse, il y a deux écoles dans la communauté) reste un des lieux les plus pratiques, admet Rondel: « On ne travaille pas sur des intervalles longs en début de saison. C’est une bosse correcte dans le coin, facile pour travailler dedans, mais comme j’en ai quinze à la ronde à la maison… La descente n’est pas trop technique, assez courte avec une route large. » Pas assez visiblement puisqu’un cyclo, le regard calé sur son compteur et ses performances, a manqué de finir sous notre parechocs et assis non pas sur deux mais quatre roues.

Malgré les abus de certains, Coralie Demay apprécie ce terrain de jeu car « on peut le monter et le descendre plusieurs fois. La semaine dernière, mes séries faisaient 18-20 minutes, je l’ai fait trois fois et ma récup était de redescendre. On faisait les tests de lactate l’an passé avec mon équipe dans cette bosse, on peut bien caler ses watts. Tout type d’exercice passe bien ici, alors que dans le col de Vall d’Ebo ( 8 km à 5,7 %), on peut vite avoir du vent de face. » Engagé sur la départementale CV715 qui mène au sommet et à sa vue, superbe, vers Parcent et Alcalali, il faut juste se frayer un chemin.

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