Valentin Barco - «El pibe del barrio»


Porté par sa famille, le milieu de terrain argentin a consenti beaucoup de sacrifices pour parvenir à s’extraire de son quartier déshérité, dont il fait aujourd’hui la fierté. Le voilà même rappelé en sélection.

«Il apporte sa hargne et son côté âpre. 
Barco, c’est un joueur inspiré et inspirant, contagieux et énergisant»
   - OMAR DA FONSECA, CONSULTANT SUR BEIN SPORTS

9 Nov 2025 - L'Équipe
BERNARD LIONS

À chaque fois qu’il pose les mains sur le volant de son bolide pour se rendre à l’entraînement, Valentin Barco mesure tout le chemin parcouru. À 21 ans, il n’a plus besoin de s’entasser à l’arrière de la Renault 12 familiale avec sa soeur Mar. C’est avec cette vieille berline gris métallisée que Walter et Patricia, ses parents, l’ont conduit pendant trois ans à la Candela, le centre de formation de Boca Juniors, dès ses 8 ans. Sa famille avait alors tout juste de quoi payer l’essence et le péage pour effectuer quatre fois par semaine les 440 kilomètres aller-retour les séparant de Veinticinco de Mayo, sa ville natale, de Buenos Aires, capitale de l’Argentine, avec rarement, de quoi manger.

Son gagne-pain, Barco l’obtenait après l’entraînement, quand ses éducateurs lui offraient un jus de fruits et un sandwich. « Il préparait du maté et me donnait la moitié de son pain, a confié sa mère, au média argentin Convergencias. Il disait: “Je sais que tu as faim, aussi.” Mais je n’en prenais pas. Il allait même à l’entraînement avec de la fièvre et en vomissant dans un sac pendant le trajet. Nous nous arrêtions dans les stationsservice et parfois, quand il faisait chaud, il regardait les congélateurs parce qu’il voulait une glace. Mais je ne pouvais pas lui en acheter. Il me fixait, les mains derrière le dos, et me disait: “Ce n’est pas grave, maman.”»

Une « source de fierté » dans sa ville natale

Ce rituel, réveil à 6 heures du matin pour faire ses devoirs, départ à l’école à 7 h 30, puis à la Candela à midi, retour à la maison entre 21 heures et 22 heures chaque mercredi, jeudi et vendredi, plus le match du dimanche, lui a forgé un caractère. « L’Argentin a l’habitude de se débrouiller sans se plaindre, parce qu’il n’est pas radin et économe en rien, confirme Omar Da Fonseca, désormais consultant sur beIN Sports, après avoir emprunté le même chemin conduisant à la réussite sportive. Pour nous, le football est un dépassement social, car l’Argentine reste un pays en souffrance en dehors des grandes villes. Des gens dorment dans des poubelles. Dans ce monde dans lequel tu vis dans l’inconfort, dans ce football sauvage qui existe encore, on t’inculque la gagne. »

Elle a aidé Barco, gaucher,1,70 m, à prendre l’ascenseur social. Il a su se servir d’une « génétique de compétition née dans les petits clubs de rues et de quartiers » (Da Fonseca encore) pour s’imposer à la vitesse de l’éclair. Après avoir intégré l’internat de Boca au bout de trois ans, il est revenu vainqueur d’un tournoi international des moins de 15 ans, en Croatie. Cela lui a valu un accueil triomphal dans sa ville natale. Camions de pompiers, caravanes, présence du club local des supporters de Boca, tout le monde faisait partie de la fête. À commencer par le maire de Veinticinco de Mayo. Il l’a reçu en le désignant comme « une source de fierté » pour cette cité de quarante mille habitants. Ce fut encore plus vrai quand Barco, rebaptisé « Colorado » ou « El Colo » en raison de ses cheveux roux, – « un surnom parfois péjoratif mais pas méchant » , souligne Da Fonseca – a débuté en équipe première de Boca Juniors à Santa Fé, contre le Club Atlético Union, le 17 juillet 2021 (1-1). Arrivé comme attaquant, repositionné latéral gauche, il est devenu, à 16 ans, 11 mois et 23 jours, le quatrième plus jeune joueur de l’histoire des Xeneize à évoluer en professionnel (*).

Le résultat, a-t-il alors rappelé, « d’un effort énorme pour moi et pour toute ma famille. Je me bats depuis que je suis tout petit, et c’est le début, je l’espère, d’une grande carrière ». Il a décidé de la poursuivre pour quatre ans et demi à Brighton, en activant sa clause libératoire de 10 M$ (9,15 M€), le 20 janvier 2024. Son choix a fâché Riquelme, idole de Boca avec Diego Maradona, devenu son président. « Ce que ce gamin, très technique et doué, doté d’une forte personnalité et d’une grande marge de progression, a fait, est vraiment très mal et inadmissible. » Ce dont Barco s’est défendu : « J’aurais pu partir libre à Getafe (ESP) avant de prolonger. Tout le monde rêve de jouer en Europe. » Ce rêve a tout d’abord viré au cauchemar. Après l’avoir qualifié de « bon joueur, appelé à devenir important » , Roberto De Zerbi, alors entraîneur des Seagulls, a peu cru en lui (7 matches). Garcia Pimienta, son homologue du Séville FC, où il est parti en prêt à l’été 2024, guère plus (neuf matches).

Trop jeune, encore trop frêle, dépaysé et pas préparé, Barco s’est manqué. Mais a beaucoup appris. Da Fonseca encore : « Comme dit un proverbe argentin, mieux vaut être la tête d’un petit chat que la queue d’un lion. Il a compris qu’il pouvait devenir plus important dans un club moins grand. » Avant de découvrir son quatrième club en dix-huit mois, « El Colo » a pris soin d’échanger avec Liam Rosenior, son futur entraîneur, et de visionner de nombreux matches de Strasbourg, où il a été prêté le 2 février, avant d’être acheté pour quatre ans et 10 M€, cet été.

Replacé récupérateur gauche, i l rayonne depuis dans le coeur du jeu, où il s’impose comme le milieu remportant le plus de duels offensifs en Ligue 1 cette saison (devant le Lillois Ayyoub Bouaddi et le Niçois Hicham Boudaoui). Cela ne surprend pas Da Fonseca. « Avant, il était plus figé comme joueur de couloir gauche. Désormais, il bénéficie de davantage de liberté et, s’il ne dispose pas d’une technique d’excellence, il apporte sa hargne et son côté âpre. Barco, c’est un joueur inspiré et inspirant, contagieux et énergisant. » Au point qu’après lui avoir offert sa première sélection, en lui demandant de remplacer en cours de match le Lyonnais Nicolas Tagliafico face au Salvador (3-0, le 23 mars 2024), Lionel Scaloni, le sélectionneur de l’Albiceleste, vient de le rappeler pour aller jouer en Angola le 14 novembre en amical. « El pibe del barrio » semble parti pour aller très haut.

(*) Après Denny Ramirez, Victor Hugo Moreno et Leandro Paredes, l’ancien Parisien (2019-2023).

***

EN BREF
21 ANS
Argentin (1 sélection) 
Strasbourg 1 m70
2021 - 2024 : Boca Junior
2024 - 2025 : Brighton
2024 - 2025 : prété à Séville FC
2025 : Strasbourg
Palmarès : championnat d’argentine (2022)

4 - Il a joué pour 4 clubs différents au cours des dix-huit derniers mois 
Cet été, il a signé avec Strasbourg pour quatre ans.

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