Sur la voie de la sagesse
Loin des tracés orgiaques en montagne des dernières années, le Tour d’Italie 2026, présenté hier à Rome, proposera en mai un parcours plus raisonnable, qui ne suffira peut-être pas à séduire Remco Evenepoel, mais qui pourrait charmer Jonas Vingegaard, voire Paul Seixas.
“Dans la spécificité de certaines étapes (…)
tu peux déjà savoir si le grand Tour
est compatible avec ton jeune"
- JEAN-BAPTISTE QUICLET, DIRECTEUR DE
LA PERFORMANCE DE DECATHLON-AG2R
À PROPOS DE LA PARTICIPATION DE PAUL SEIXAS
2 Dec 2025 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
Remco Evenepoel attendait avec impatience de savoir si le parcours du prochain Tour d’Italie (8-31 mai 2026) lui lancerait un signe, celui que le temps était venu de renouer avec la course au maillot rose, après deux abandons, le dernier en 2023, alors qu’il était leader du général. Comme l’an passé, l’arrivée du Giro 2026 sera adjugée à Rome, avec un grand départ prévu depuis la Bulgarie cette fois-ci.
Le Belge espérait y trouver deux contre-la-montre pour le persuader, il n’y en a qu’un, quoique à son avantage, 40 km tout plat en Toscane (10e étape). Cela ne suffira donc sans doute pas à le détourner de ses objectifs de printemps sur les classiques, même si le reste du parcours aurait pu lui sourire, lui qui n’est pas le plus pur des grimpeurs.
Car le tracé de la 109e édition présenté hier à Rome est étonnamment sage, loin des empilements de cols et des orgies de dénivelé de certaines éditions passées. Cinq étapes sont qualifiées de « haute » montagne, on dénombre sept arrivées au sommet, mais la troisième semaine est moins gargantuesque, moins folle que d’ordinaire. Au-delà d’un grand départ anecdotique de Bulgarie, nouvelle destination exotique après l’Albanie (2025) et la Hongrie (2022), quelque temps forts se dessinent pour la bataille du général, en plus du chrono donc.
Pogacar ne devrait pas en être
Un premier rendez-vous en montagne dans les Abruzzes au Blockhaus (7e étape), par Roccamorice et son versant le plus redoutable, comme en 2022 – victoire de Jai Hindley devant Romain Bardet –, au terme d’une étape au kilométrage antique de 246 km (4600m de dénivelé).
Il faudra ensuite attendre une semaine pour un retour en haute montagne, d’Aoste à la station de Pila (14e étape), une étape très concentrée, 4400 m de dénivelé en 133 bornes et cinq ascensions. Le dernier tiers réservera certes quatre arrivées au sommet, dont celle de Piancavallo à la veille du final à Rome, après un départ de Gemona del Friuli pour commémorer les 50 ans du tremblement de terre qui avait causé près de 1000 morts.
Mais rien d’effrayant donc, peu de noms mythiques, si ce n’est l’étape reine, le dernier vendredi, la seule à flirter avec les 5000 m de dénivelé, 151 km dans les Dolomites entre Feltre et Piani di Pezze. Au programme, le passo Duran, Coi, la Forcella Staulanza, le passo Giau, toit de cette édition avec 2233 m d’altitude, le Falzarego et la montée finale. Sa nouvelle obsession pour Paris-Roubaix devrait détourner le chemin de Tadej Pogačar des routes du Giro pour la saison prochaine, mais ce parcours pourrait séduire Jonas Vingegaard. Le Danois est tenté de doubler Italie-Tour de France en 2026, et ce tracé harmonieux, équilibré, pourrait, par sa difficulté mesurée, ne rien hypothéquer pour la suite de la saison, et donc finir de le convaincre.
Ce pourrait également être une entrée en matière possible pour Paul Seixas (19 ans) dans les grands Tours, si le Tour de France n’était pas retenu. Le Giro a la réputation d’être une lessiveuse qui malmène les organismes, avec une météo souvent éprouvante, froide, pluvieuse, qui laisse des traces, pas l’idéal pour un rookie.
Mais le tracé 2026 est, sur le papier, moins repoussant. « Il faut observer la répartition des journées difficiles, analyse Jean-Baptiste Quiclet, le directeur de la performance de Decathlon-AG2R, dans le dernier numéro de Vélo Magazine. Rien que dans la spécificité de certaines étapes et dans la répartition des jours de montagne, tu peux déjà savoir si le grand Tour est compatible avec ton jeune. »
L’état-major de Seixas a désormais de quoi mouliner avec les données du Giro. Il ne manquera plus que celles de la Vuelta, dont le parcours sera dévoilé le 17 décembre, et ils auront tous les éléments pour trancher.
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