Paris SG-Paris FC, quand les deux clubs ne faisaient qu’un avant de divorcer
Afp - L’équipe du Paris Saint-Germain, le 28 août 1970.
Debout, de gauche à droite : Jean Djorkaeff, Daniel Guicci, Camille Choquier, Jean-Claude Fitte-duval, Jean-Pierre Destrumelle, Roland Mitoraj.
Au premier rang : Jean-Claude Bras, Zivco Lukic, Michel Prost, Bernard Guignedoux et Bernard Béreau.
PSG-PARIS FC :
LA LONGUE HISTOIRE D’UNE RIVALITÉ AVANT LE DERBY
Le PSG reçoit le PFC, ce dimanche, au Parc des Princes, en Ligue 1. Un duel entre deux équipes réunies entre 1970 et 1972. Récit.
« Guy Crescent était venu à l’occasion
du match France-hongrie en 1970, à Colombes.
Et ça a été un coup de foudre.
J’ai vu que cet homme était sincère »
- Jean-Claude Bras Ancien joueur du PSG et du PFC
« Le divorce ? C’était un coup politique.
La droite parisienne voulait s’emparer de la
Mairie de Saint-Germain-en-laye
et y placer Michel Péricard »
- Jean-Claude Bras
3 Jan 2026 - Le Figaro
Christophe Remise
Retour vers le futur. Pour la troisième fois, le Paris SG et le Paris FC croiseront le fer ce dimanche (20 h 45), au Parc des Princes, lors de la 17e journée de Ligue 1. Une première depuis la saison 1978-1979, la seule campagne lors de laquelle les deux clubs ont évolué, en même temps, au premier échelon national. L’histoire qui lie les deux entités ne se limite toutefois pas à ces deux rencontres. Récit d’une histoire commune… mais tout sauf ordinaire.
Histoire qui trouve ses racines dans un mariage de raison, celui de la coquille vide du Paris FC avec le Stade Saintgermanois, en 1970. Les deux clubs « ont brièvement fusionné pour donner naissance au Paris Saint-germain Football Club. Cette union durera deux saisons», résume-t-on sur le site du Paris FC. Un divorce en forme de « coup politique », si vous demandez son avis à Jean-Claude Bras, premier grand nom attiré par le Paris Saint-Germain, à l’été 1970.
Pourquoi ce mariage ? Quelles racines à ce divorce ? Il faut remonter à la fin des années 1960, à l’époque où la capitale n’était plus représentée au sein de l’élite du football français. Il n’y avait guère que le Red Star, club de Saint-ouen, pour représenter l’île-de-france en D1. Le RC Paris avait périclité en 1966. Or, la capitale était sur le point de se doter du Parc des Princes. Inauguré en 1897, détruit et reconstruit à plusieurs reprises, le stade de la Porte de Saint-Cloud était refait à neuf sous la houlette de l’architecte Roger Taillibert et l’impulsion du président Pompidou. Afin de répondre aux exigences du sport de haut niveau… et de laisser passer le périphérique.
La Fédération française de football (FFF) s’est donc mis en tête de créer un grand club à Paris. D’autant que ce vide relevait de l’incongruité. Toutes les principales villes européennes avaient leur équipe. Sauf Paris. Il fallait y remédier «le plus rapidement possible», comme l’avait exposé Jacques Georges, président de la FFF de 1968 à 1972, soutenu par les politiques.
En février 1969, la FFF passait par le référendum pour légitimer sa décision. Deux questions, la première préremplie : « Oui pour un grand club de football à Paris. Si vous désirez la création d’un grand club professionnel de football à Paris, dites-le en renvoyant ce bulletin ». La deuxième, sur le nom du club.
Plus de 60000 réponses positives, dont plus des deux tiers de la région parisienne. Un nom : le Paris Football Club. L’association «Paris Football Club» était déclarée à la préfecture de police de Paris le 1er août 1969, avant les dépôts des statuts au Journal officiel, le 14 août. Oui mais voilà : outre le Parc, dont la livraison n’était pas prévue avant 1971, et n’est en fait intervenue qu’en 1972, le Paris FC n’avait ni structure, ni licence, ni joueur. Rien.
La FFF constituait donc un comité destiné à donner une existence concrète au projet : avec Pierre-Étienne Guyot, président des fédérations de golf et de tir et ex-président du Racing ; Guy Crescent, PDG de la société de transports Calberson ; Jacques Godet et Jacques Ferran, respectivement fondateur et rédacteur en chef de L’équipe, et Fernand Sastre, vice-président de la FFF. Quel modèle? Président mythique du Real Madrid, Santiago Bernabeu leur a soufflé la solution en avril 1969, celle des socios, les associés en français.
Séduit, le comité suivait ses conseils. 25 francs pour devenir un associé, l’équivalent de 25 euros aujourd’hui. La campagne était lancée le 1er février 1970. Opération médiatique d’envergure, dans les colonnes de L’équipe et France-soir, mais aussi et surtout sur les ondes de la radio Europe 1. Dans l’émission «Vous êtes formidable», Pierre Bellemare a opéré en tant que cheville ouvrière afin de pousser les auditeurs à s’inscrire au Paris FC. De 9 à 13 heures en ce dimanche pluvieux, l’intéressé a oeuvré, épaulé par les dirigeants du chimérique club parisien ou l’international tricolore Roger Piantoni. Plusieurs stars de l’époque ont été sollicitées, Mireille Mathieu, Eddy Mitchell, Enrico Macias, Sacha Distel, Annie Cordy… Le grand jeu.
Les trombes d’eau qui s’abattaient sur Paris ce jour-là ne facilitaient pas les choses. Surtout que le «Monsieur Météo» d’europe 1 disait à la populace : « Restez bien au chaud chez vous ». Au flash météo suivant, la consigne avait été passée de donner un bulletin plus rassurant. Un petit mensonge pour la bonne cause. Le comité visait 10.000 associés. Bingo. Un premier pari gagné.
Une légitimité, mais toujours pas d’effectif, d’équipes de jeunes, de centre d’entraînement. Que faire? Fusionner avec un autre club. Et si possible en Division 1. C’est le souhait des dirigeants, mais aussi une obligation imposée par le Conseil de Paris pour obtenir les subventions publiques. Il a été question de Sedan et Rouen, en vain. Voie sans issue. Débuter au sein de l’élite était vite hors de question. Et le PFC était donc proche d’abandonner. Tentative de la dernière chance : les dirigeants réunissaient les représentants des associés. Banco. Ils étaient prêts à suivre le club au deuxième échelon national.
Et la solution venait de Saintgermain-en-laye : tout juste promu en National (ex-d2) mais en proie à de gros problèmes de trésorerie, le Stade Saint-germanois du président Henri Patrelle – vice-président de la FFF – se portait candidat. Les discussions ont été menées au printemps 1970.
Le 27 mai 1970, l’assemblée générale de l’association Paris FC adoptait à l’unanimité le principe de la fusion. Le 4 juin, le Stade Saint-germanois acceptait le rapprochement avec le Paris Football Club et approuvait le nouveau nom, le Paris Saint-Germain FC. 26 juin, le conseil d’administration extraordinaire du nouveau club parisien confirmait la création du Paris Saint-Germain, avec trois nouveaux membres au sein du conseil d’administration, dont le maire de Saintgermain-en-laye, Jean Chastang ; un président, Pierre-Étienne Guyot ; deux vice-présidents, Guy Crescent et Henri Patrelle. Le 12 août 1970, le changement de nom était accepté. Date de naissance. Il était acté dans le Journal officiel le 27 août. L’histoire était en marche.
Restait encore à monter une équipe cohérente, capable de se hisser en D1 dans les deux ans. Guy Crescent tapait dans le mille en misant sur l’international tricolore (6 sélections, 2 buts) Jean-Claude Bras. À l’époque, l’ancien attaquant du Red Star et Valenciennes bouclait sa première saison au Royal Football Club de Liège. « Guy Crescent était venu à l’occasion du match France-hongrie en 1970, à Colombes. Et ça a été un coup de foudre. J’ai vu que cet homme était sincère. J’étais déçu de ma saison en Belgique et je visais à revenir sur Paris, puisque ma fiancée y habitait. J’avais aussi vu ce qui était en train de se passer, l’émission sur Europe 1, les 15 000 associés… Je me suis dit, pourquoi pas. On a signé assez vite », nous raconte-t-il.
Un gros coup à plusieurs titres : en raison de la qualité du joueur, mais aussi pour son réseau. «Guy Crescent m’a demandé de faire le recrutement», se souvient Jean-claude Bras, qui avait « une réputation au niveau du syndicat des joueurs de L’UNFP, les joueurs me faisaient confiance. Donc j’ai fait venir Tchouki (Jean Djorkaeff, capitaine des Bleus), Roland Mitoraj, Jean-Pierre Destrumelle, Jacques Rémond, Patrice Py…». Six professionnels pour compléter l’effectif amateur de Saint-Germain.
Le choc des cultures avec les amateurs de Saint-germain? Pas du tout. « On s’est totalement intégrés avec eux. L’osmose s’est faite très rapidement », explique Jean-Claude Bras, se souvenant d’une première saison qui s’est « admirablement passée. Dès la première année, on est monté», sourit-il. Après un nul à Poitiers (1-1) le 23 août 1970, pour son premier match officiel, avec un premier but historique de Bernard Guignedoux, le PSG avait en effet terminé en tête de son groupe. Cap sur la première division. Conte de fées pour les « Diables rouges », référence à la couleur de leur maillot initial.
Un conte de fées, puis un rêve nommé… Pelé. Pour entrer dans le grand monde, Guy Crescent voulait frapper un énorme coup. Santiago Bernabéu avait soufflé aux dirigeants parisiens que le Brésilien pourrait quitter Santos. En revenant de São Paulo, Crescent se montrait confiant. «Je suis à peu près certain que Pelé sera des nôtres en mai prochain. Il demeure des problèmes de formes, mais le problème de fond n’est plus à mettre en cause », avait-il dit. Un peu plus d’un mois plus tard, Pelé mettait un terme aux rumeurs et expliquait son choix de rester à Santos. «Moi, j’y ai cru», avoue Jeanclaude Bras. Qu’à cela ne tienne, le PSG effectuait un recrutement ambitieux quand même. «On a très bien commencé la deuxième saison, mais ça a été un petit peu plus dur. Au début, on était dans le mouvement, mais après… Au moins, on s’est maintenus», résume-t-il. Le PSG avait fini 16e sur 20.
Problème? Ce n’était pas seulement compliqué sur le pré. En effet, dès septembre 1971, le Conseil de Paris mettait le club au pied du mur : soit il redevenait Paris FC, soit il pouvait faire une croix sur les subventions et le futur Parc des Princes. Devenu président, Guy Crescent cédait sa place à Henri Patrelle. En coulisses, la bataille a fait rage entre ceux qui militaient pour le maintien du nom PSG et les partisans de l’appellation Paris FC.
La lutte (presque) finale a eu lieu le 16 mai 1972, à l’hôtel Méridien. Les représentants des associés étaient appelés à trancher. Dans un premier temps, le vote actait la fin du PSG. Quelques minutes plus tard, ce premier résultat est annulé, le décompte des voix s’étant avéré inexact. Finalement pour trois voix, les associés votaient pour le maintien de Saint-germain-en-laye.
Sans subvention, sans Parc et dans l’obligation de rembourser les dotations de la Ville Lumière, le PSG était néanmoins acculé. Finalement, le conseil d’administration cédait au chantage du Conseil de Paris (14 voix contre 5) et changeait de nom et de logo. Le 1er juin 1972, le Paris FC fusionnait avec le CA Montreuil, gardant les joueurs professionnels et le Parc des Princes. Toujours dirigé par Henri Patrelle, le PSG repartait en D3, conservant son titre et ses couleurs, ses 500 joueurs amateurs, les jeunes et les féminines.
Jean-Claude Bras, lui, a sa petite idée quant aux motivations du Conseil de Paris. « En vérité, c’était un coup politique», affirme-t-il. Toujours selon lui, «la droite parisienne voulait s’emparer de la Mairie de Saint-germain-en-laye et y placer Michel Péricard. Ils ont donc demandé à Henri Patrelle, qui pesait à Saint-Germain et était un grand ami du maire Chastang, de ne pas s’inscrire sur sa liste aux élections suivantes. Il a courageusement refusé». Pour l’anecdote, Chastang a été réélu, Péricard devant attendre 1977.
À noter que le PFC disposait d’une clause pour reprendre son nom de départ au bout de deux ans dans le contrat de mariage initial. « Patrelle a été un peu poussé à l’époque par Sastre et autres. Il aurait dû être prudent. Mais ça a été imposé. À l’époque, il visait un peu la présidence de la FFF », souligne Jean-Claude Bras, à qui le derby de ce dimanche ne fait « ni chaud ni froid », lui qui avait joué un an pour le Paris FC. « Si le PSG s’était bien comporté avec Kylian Mbappé, j’aurais été pour le PSG. Quant à l’association Pierre Ferracci-groupe Arnaud, elle ne m’inspire aucune sympathie », souffle l’ancien président du Red Star.
Au final, Daniel Hechter reprenait le Paris Saint-germain en 1973. Nouveau tournant. Renaissance. Lequel PSG grimpait en D2 suite au forfait de Quevilly en 1973, avant d’écarter Valenciennes en barrage d’accession en D1, sous les ordres d’un certain Just Fontaine, en 1974. Les Rouge et Bleu n’ont plus jamais quitté l’élite du football français depuis, tandis que le Paris FC, relégué cette même année, n’y avait remis les pieds qu’une fois, en 1978-1979, avant sa promotion acquise au terme de la saison passée. Destins croisés.
Commenti
Posta un commento