Beau et triste à la fois
La détresse des Bleus, hier, après leur défaite
en finale face à l'Espagne (3-5 a. p.).
Le courage et la foi des Bleus n’auront pas suffi à renverser une équipe espagnole tout simplement plus forte. Cette magnifique finale aura fait beaucoup pour leur histoire, et cette médaille d’argent récompense une belle aventure.
"Il y avait de l’euphorie, on a eu des situations
pour mener 4-3 et d’autres pour revenir à 4-4.
On est fiers de nous et de notre équipe"
- KILIANN SILDILLIA
10 Aug 2024 - L'Équipe
HUGO GUILLEMET et RÉGIS TESTELIN
Bravo à l’Espagne pour avoir montré une énième fois à quel point sa culture, son identité de jeu et sa formation n’ont pas d’égal au monde. Bravo à l’équipe de France, pour son tournoi et pour être revenue de 1-3 à 3-3, hier, en ayant entraîné derrière elle tout un pays dans le fol espoir d’une improbable remontada. Bravo à cette finale à huit buts aussi (3-5 a. p.), indécise et renversante, qui a fait un bien fou pour le football aux JO. Avec ou sans stars, ça n’aura finalement été le problème de personne durant trois semaines, et encore moins hier. Et bravo au fabuleux public du Parc des Princes, qui a été digne de ceux de Bordeaux et de Lyon dans les matches précédents des Bleus.
Sans lui, les joueurs de Thierry Henry ne seraient sans doute pas revenus dans un match qu’ils avaient laissé filer en dix minutes – entre la 18e et la 28e minute –, après avoir pourtant ouvert le score sur un but chanceux d’Enzo Millot (11e). La France n’avait encaissé qu’un but au cours de ses cinq premiers matches, elle en a pris cinq hier, dont les trois premiers en dix minutes. « Je crois qu’on s’est relâchés après avoir ouvert le score, regrettait Adrien Truffert. On en a pris trois et ça nous a fait mal. » Trois buts d’école, à l’espagnole, en enchaînant les passes dans les intervalles, en trouvant des partenaires en profondeur dans le dos d’une défense française tantôt naïve (Fermin Lopez, 18e), et tantôt à côté de la plaque, comme sur le deuxième but de Lopez (25e), où les défenseurs bleus se sont déchirés un par un.
« On s’est un peu perdus sur le plan tactique pendant ce moment du match, constatait Kiliann Sildillia, mais il y a la qualité des Espagnols aussi, on le savait.» Il était écrit que Fermin Lopez, le prodige du FC Barcelone, jouerait un rôle dans cette finale. Avec son doublé et ses six buts au total, il est officieusement devenu le meilleur joueur de la compétition. Bravo à lui, aussi. Le troisième but des champions olympiques a été lui le fruit d’un superbe coup franc d’Alex Baena (28e) sur lequel Guillaume Restes, assez décevant sur cette finale, n’a pas bougé. Et d’une faute au préalable de Loïc Badé.
Sur ce coup-là, M. Abatti avait vu juste, mais deux de ses décisions, avant et après, sont en droit d’avoir fâché les Français. Il y a eu cet accrochage non signalé d’Eric Garcia, en position de dernier défenseur, sur Jean-Philippe Mateta (23e). Puis cette poussette de Baena sur Castello Lukeba dans la surface, qui aurait mérité un penalty(45e +4). Des erreurs regrettables, progressivement diluées dans une deuxième période époustouflante, au cours de laquelle les Français ont tout renversé avec un coeur énorme. Et nettement plus de vitesse aussi, grâce aux entrées de Maghnes Akliouche et d’Arnaud Kalimuendo. Le premier a inscrit le but de l’espoir (79e), en déviant du talon un coup franc de Michael Olise, le meilleur Français de la finale, celui par lequel tout passe et tout arrive.
Le second a obtenu le penalty du 3-3, au troisième poteau sur un corner de Désiré Doué, loin du regard de l’arbitre mais sans échapper au contrôle du VAR. Encore fallait-il le transformer mais Mateta est taillé pour ça, sans hésiter (90e + 3). « Le public nous a tellement aidés à aller chercher les prolongations, poursuit Sildillia. Il y avait de l’euphorie, on a eu des situations pour mener 4-3 et d’autres pour revenir à 4-4. On est fiers de nous et de notre équipe. » Joris Chotard aussi y a cru. «Vu le scénario du match, on pensait tous avoir fait le plus dur en revenant au score » , a dit le Montpelliérain. Mais deux buts de Sergio Camello (100e et 120e), le premier sur une nouvelle action d’école, le second sur une relance magnifique de son gardien, auront laissé les Bleus en argent plutôt qu’en or. Il y avait quelques sourires sur les visages français, au moment de recevoir leur récompense, mais la plupart étaient fermés. Par les regrets d’être passés si près. «On est fiers de ramener une médaille à la France, fiers du parcours réalisé, fiers du caractère qu’on a montré», concluait Truffert. L’or les aurait comblés, mais les souvenirs sont vissés pour la vie.
«C’était une incroyable aventure de huit semaines, on a travaillé comme des chiens, ajoute Sildillia. L’expérience était folle et restera dans nos mémoires. Elle est belle quand même cette médaille, pour la Team France déjà.» Soungoutou Magassa résume ça bien: «On y a cru, on a donné nos tripes. Ça restera une belle histoire, avec des bons gars et un bon coach.» C’était beau et triste à la fois. «On avait un groupe incroyable, le côté humain était exceptionnel. On est vraiment tristes de se quitter» , lâchait Chotard en guise d’adieu.
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« L’histoire est quand même extraordinaire »
10 Aug 2024 - L'Équipe
SYANIE DALMAT et NATHAN GOURDOL (avec H. G.)
Satisfait de la médaille d’argent obtenue hier par son équipe, Thierry Henry voulait juste savourer le parcours réalisé. Il n’a pas souhaité se projeter sur l’après.
"Je ne peux que prôner le fait qu’il (Henry) reste,
il a beaucoup de qualités.
Pour moi, c’est sûr qu’il doit rester"
- ALEXANDRE LACAZETTE
Thierry Henry est d’abord resté en retrait observant de loin ses joueurs pendant qu’ils rejoignaient la deuxième marche du podium. Puis, au moment où le speaker du Parc des Princes a commencé à égréner les noms des vice-champions olympiques, le sélectionneur français s’est avancé sur la pelouse et les a applaudis longuement, un à un.
Lui qui espérait entendre retentir la Marseillaise à l’issue de la rencontre n’a pas vu son souhait exaucé. « J’ai eu ma Marseillaise, les supporters l’ont chantée, a rectifié le sélectionneur. C’était une grande fierté. Ça s’est joué à pas grandchose, on ne peut pas dire que l’équipe ne s’est pas battue de la première à la dernière minute. Ça ne s’est pas bien terminé mais il y a eu de l’émotion, une belle médaille et un bon parcours. »
Dès le coup de sifflet final, le patron de l’équipe de France olympique a demandé à son groupe de saluer le public avant de le réunir pour lui dire à quel point il était fier. « Le coach nous a dit qu’il fallait qu’on se rende compte qu’on a fait quelque chose de beau et de grand, a relaté le milieu Joris Chotard. Il nous a énormément apporté depuis qu’il est là, c’est top d’avoir un coach proche de nous. »
Malgré la déception de ne pas avoir remporté l’or, l’argent faisait le bonheur d’Henry. « Ç’a vraiment été quelque chose de magique, s’émerveillait le technicien. On est médaillés. L’histoire est quand même extraordinaire. » Capitaine de Henry dans cette aventure, Alexandre Lacazette lui a rendu un vibrant hommage: « Je veux lui dire merci d’avoir eu confiance en moi et de m’avoir permis de porter à nouveau ce maillot bleu. »
Nommé il y a un an et sous contrat jusqu’en 2025, Thierry Henry restera-t-il en poste, pour se lancer sur le nouvel objectif de gagner l’Euro Espoirs en Slovaquie (été 2025) ? Le sélectionneur a contourné la question par une pirouette: « Mon futur, c’est d’aller au soleil avec ma famille. »
Chez les joueurs, la question trouvait vite une réponse. « Évidemment, j’aimerais beaucoup qu’il reste, soufflait Chotard. On a bien vu que les gens se sont encore plus rassemblés derrière nous quand ils ont vu que c’était lui le coach, c’est très important. » « Je ne peux que prôner le fait qu’il reste, il a beaucoup de qualités. Pour moi, c’est sûr qu’il doit rester » , ajoutait Lacazette.
Tandis que son passage par la case fédérale a redoré son image de coach, le président de la FFF Philippe Diallo a déjà répété plusieurs fois qu’il souhaitait le garder. « Je ne sais pas si c’est réussi ou pas, je laisserai les gens en juger » , glissait Henry, modeste, sur son épopée olympique. Cette aventure argentée, sublimée par sa capacité à fédérer sa bande de «Fous», fera indéniablement remonter son CV, auprès des sélections notamment. Les États-Unis et le pays de Galles ont réfléchi à lui pour leur équipe A.
La balle est dans son camp, et les enjeux sont assez clairs. En insistant avec les Bleuets, Henry aurait l’occasion de faire grandir encore plus son lien avec les générations émergentes, et se positionnerait ainsi comme un candidat possible à la succession de Didier Deschamps. Mais hier, dans l’amphithéâtre d’un Parc de Princes qui avait bercé ses dernières nuits et continuera encore quelque temps de les occuper, « Titi » était à mille lieues d’y penser.
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