Mateta, un coeur comme ça
Le fantasque attaquant des Bleus a encore marqué et fait chavirer le stade, au bout du temps réglementaire, pour permettre à l’équipe de France de revenir à 3-3 et de croire en l’exploit. Il a fini tétanisé par la fatigue, mais enfin reconnu dans son pays
“Il nous a énormément apporté sur le terrain avec ses buts,
avec son état d’esprit, mais aussi en dehors, dans la cohésion"
- JORIS CHOTARD
10 Aug 2024 - L'Équipe
HUGO GUILLEMET et RÉGIS TESTELIN
Il avait commencé sa préparation physique pour les Jeux Olympiques dans une favela de Rio de Janeiro, au Brésil pendant ses congés, parce qu’il n’est pas comme les autres. Il a terminé son tournoi hier au bord de l’épuisement, mais avec cinq buts au compteur et auréolé d’une nouvelle notoriété nationale bien méritée.
Jean-Philippe Mateta, cet attaquant aux airs de Pascal Nouma, un football qui respire les années 1990 et un look à l’ancienne, a profité de la quinzaine pour devenir l’une des coqueluches des JO, côté français, parce que sa façon de jouer mais surtout sa façon d’être ont touché les gens: au Parc des Princes, c’est lui qui a été le plus applaudi, d’assez loin, à l’annonce des noms des joueurs français pendant la cérémonie du podium, après la défaite.
Tout le monde attendait pour les Jeux des stars offensives comme Kylian Mbappé, Antoine Griezmann ou Olivier Giroud, et même après les défections, les regards étaient braqués sur Alexandre Lacazette, le capitaine à l’histoire bleue contrariée. On n’a finalement vu que Mateta, ses chevauchées en profondeur, sans calcul, ses contrôles parfois maladroits et surtout ses buts, à chaque tour. Hier, à côté d’un Lacazette en-dedans et sorti très tôt, il a encore bougé la charnière adverse, n’a pas ménagé ses efforts. Et il a une fois de plus été au coeur de l’événement, en transformant le penalty du 3-3, au bout du temps additionnel, pour faire basculer le Parc dans une folie qui lui sied à merveille.
L’attaquant de 27 ans, né à Sevran, n’était pas connu du grand public, en France, puisqu’il a bâti sa carrière et sa réputation à l’étranger, à Mayence puis à Crystal Palace. Sa fin de saison énorme avec le club londonien et son entente avec Michael Olise avaient convaincu Thierry Henry, très attentif à la Premier League, de lui réserver une place de joueur « hors d’âge » pour les JO, et ce choix ne fera pas partie des regrets du sélectionneur.
Après deux premiers matches complètement manqués par son attaquant au début du tournoi, le coach français l’avait laissé titulaire en lui donnant le brassard lors du match des coiffeurs, face à la Nouvelle-Zélande, il y a dix jours à Marseille (3-0). Un pari ré ussi : ce soir-là, Mateta a marqué, a repris confiance, et ne s’est ensuite plus arrêté. Unique buteur en quarts de finale contre l’Argentine d’une tête superbe, il a récidivé d’un doublé en demi-finales face à l’Égypte (3-1 a.p.).
« On a découvert une personne incroyable, confie Joris Chotard. Il nous a énormément apporté sur le terrain avec ses buts, avec son état d’esprit, mais aussi en dehors, dans la cohésion. » Hier contre l’Espagne, Mateta est allé au bout de la prolongation alors que ses jambes ne répondaient plus. Boitillant, souffrant, mais toujours debout, il a même placé sa tête sur un centre de la dernière chance, au courage.
Au coup de sifflet final, il s’est assis, enfin, au milieu du terrain, et Thierry Henry est venu le relever. Le sélectionneur-star et l’attaquant fantasque ont développé une relation spéciale, depuis un mois et demi. Et au bout de l’aventure, Mateta est devenu un nouveau héros populaire. « Il a beaucoup de qualités sur le terrain, mais au-delà de ça c’est un super mec, dit Alexandre Lacazette, qui l’avait déjà connu à Lyon, il y a huit ans. Il a su s’intégrer très rapidement dans le groupe et le faire vivre. C’était un élément-clé, je suis content qu’il ait pu faire une compétition comme ça et que la France, aujourd’hui, connaisse Jean-Philippe Mateta. »
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Irrésistible Espagne
Moins d’un mois après le triomphe à l’Euro, l’Espagne a étendu encore un peu plus sa domination sur le football mondial. Avec son modèle, immuable.
10 Aug 2024 - L'Équipe
NATHAN GOURDOL et SYANIE DALMAT
Pas plus que le 14juillet, lors de son sacre en finale de l’Euro 2024 (2-1 face à l’Angleterre), la médaille d’or décrochée tout en maîtrise par l’Espagne hier dans un Parc des Princes pourtant tout bleu n’était pas seulement la récompense d’un moment, mais bien la consécration d’un modèle, parfois contesté mais jamais approché lors de ce siècle. On pensait que l’apogée atteint avec le «Guardiolisme» et la maestria de la Roja entre 2008 et 2012 mettrait longtemps à revenir, mais ce futur lointain est déjà maintenant.Le gardien Arnau Tenas et ses coéquipiers espagnols jubilent après avoir remporté la finale du tournoi, hier.
Hier, le collectif guidé par l’alien défensif du Barça Pau Cubarsi, 17ans, a étalé sa science du jeu pour compléter la moisson ibérique des derniers mois. C’est assez simple: depuis un an, l’Espagne n’a laissé que des miettes sur la scène internationale. En juin 2023, la Roja a remporté la Ligue des nations. Deux mois plus tard, les féminines étaient sacrées pour la première fois championnes du monde en Australie, avant la démission de l’ancien président de la Fédération Luis Rubiales, coupable d’une agression sexuelle sur Jennifer Hermoso. Cet épisode aurait pu tout détruire, mais l’Espagne a continué d’avancer, remportant la première Ligue des nations féminine, en février.
Le quatrième Euro remporté par la Roja en juillet a validé ce tableau doré, et dans la foulée, les U19 ont enchaîné en battant la France en finale de l’Euro (2-0) pour un neuvième sacre, imités par les U19 féminines, championnes d’Europe devant les Pays-Bas (2-1). Même razzia dans les catégories inférieures ou en club, avec les nouveaux sacres en Ligue des champions du Real Madrid masculin et du Barça féminin. Seule la sélection féminine, décevante sur ces Jeux – éliminées en demi-finales par le Brésil (2-4) et seulement quatrième – a terni un tableau quasi parfait.
Portée par la formation du Barça
Présent au Parc hier, l’état-major de la FFF n’a pu que constater le retard pris sur son voisin de l’autre côté des Pyrénées. Avec sa capacité unique à jouer dans les intervalles, ce jeu d’échecs pour défier toute densité, l’Espagne a donné une leçon collective, illustrant une nouvelle fois à quel point la formation tricolore pense bien trop aux individualités plutôt qu’à la connexion entre elles. Surtout, les Espagnols ont montré que leur robinet à joyaux était intarissable, avec la Masia en tuyau principal.
Après Lamine Yamal, fracassant à l’Euro, ce sacre olympique portera le sceau de Fermin Lopez (21ans), six buts dans le tournoi dont son doublé hier au Parc, de la paire formée en Catalogne par Eric Garcia et Pau Cubarsi, et de cet incroyable Alex Baena (23ans), le milieu de Villarreal aux aux pieds téléguidés. Même le banc était trop puissant pour les Bleus, à l’image de l’attaquant du Rayo Vallecano Sergio Camello (23ans), auteur du doublé en or de la prolongation.
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