Bad Bunny a tout éclipsé
Pendant le show de la mi-temps, Bad Bunny est apparu, de blanc vêtu,
au milieu d'un champ de cannes à sucre, références directes au colonialisme sur son île.
La plus grande star sur le terrain, c’était lui. Le chanteur portoricain a livré un show inoubliable à la mi-temps d’un Super Bowl qui, lui, ne restera pas dans les annales. Les Seahawks l’ont emporté 29-13 contre New England.
“Un affront à la grandeur de l’Amérique '' DONALD TRUMP, PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS
10 Feb 2026 - L'Équipe
LOÏC PIALAT
SANTA CLARA (USA) - Le vrai spectacle a commencé quand les joueurs sont retournés aux vestiaires. Pendant deux quart-temps, les défenses de Seattle et New England avaient étouffé le jeu. Il n’y a eu que Jason Myers, le botteur des Seahawks, pour donner du travail au tableau d’affichage (9-0).
Et puis est venu le temps du « Benito Bowl ». Bad Bunny, de son vrai nom Benito Antonio Martinez Ocasio, a recréé Porto Rico sur le terrain du Levi’s Stadium. Mais il y a un match à jouer, la pelouse est fragile alors la NFL a limité à 25 le nombre de chariots pour acheminer les décors. D’où cette vision cocasse de figurants déguisés en buissons, engrangeant plus de yards que la ligne offensive des Patriots pour se fondre dans le paysage.
En dix minutes, dans un prodige logistique fascinant, la scène, encore plus élaborée que le show déjà remarquable de Kendrick Lamar l’an dernier, était prête. Et comme le rappeur à La Nouvelle-Orléans en 2025, le roi du reggaeton a plus raconté une histoire qu’enchaîné les tubes.
Bad Bunny est apparu, de blanc vêtu, au milieu d’un champ de cannes à sucre, références directes au colonialisme sur son île. Il s’est retourné, ballon à la main, sur les notes de Titi Me Pregunto et les cris d’excitation du stade.
Le choix de la NFL a été critiqué par les conservateurs (artiste anti-Trump, chansons en espagnol) mais les spectateurs n’ont pour la plupart pas quitté leur siège.
Bad Bunny a continué sa promenade, passant devant un stand de vendeur de fruits et des seniors jouant aux dominos avant de s’offrir une piragua, une glace locale, et de se faufiler sous les gants des boxeurs Xander Zayas et Emiliano Vargas. Il a rejoint la « Casita », presque identique à la scène de sa série de concerts à Porto Rico, là même où Kylian Mbappé et Achraf Hakimi avaient repris en choeur ses hits l’été dernier. Cette fois, Karol G, Pedro Pascal ou Jessica Alba assuraient le quota de VIP.
Des latinos touchés de voir leur culture célébrée en grand format
Malheureusement pour le public, la performance – étourdissante – était d’abord faite pour la télévision. Beaucoup de détails lui ont échappé.
Pas de quoi empêcher les fans de remuer les hanches ou de hurler de joie quand ont surgi Lady Gaga, aux pas de danse mal assurés pour sa reprise salsa de Die With a Smile, et Ricky Martin, autre idole portoricaine. Mais même avec les gros plans, des téléspectateurs ont dû manquer des sous-entendus. Comme ce bleu clair sur le drapeau portoricain brandi par Bad Bunny plutôt que le bleu plus foncé imposé par les États-Unis pour correspondre à la couleur de la bannière étoilée. Ou ces poteaux électriques, symboles des coupures de courant récurrentes à San Juan et ailleurs. C’est le thème d’El Apagon, dont le chanteur a interprété un extrait dimanche, gardant ces paroles : « Barea, celui qui a été champion avant LeBron », hommage à JJ Barea, compatriote sacré avec Dallas en 2011. « Seguimos aqui » , « on est toujours là », a lâché Bad Bunny à la fin de son show, jetant le ballon comme on célèbre un touchdown. Il a quitté la pelouse, accompagné des drapeaux de tous les pays des Amériques et DtMF, son morceau au 1,5 milliard de streams, pendant que l’écran géant affichait « seul l’amour est plus fort que la haine » . Le message n’était pas aussi direct que sa critique de la politique migratoire de l’administration Trump lors des Grammy Awards il y a une semaine. À Santa Clara, la star a préféré la joie, la danse et la fête.
Dans les tribunes, il y avait des yeux humides, ceux de latinos touchés de voir leur culture célébrée en grand format dans une période troublée des États-Unis. À l’antenne, dans un joli moment, John Sutcliffe, vétéran de ESPN, a eu du mal à cacher son émotion. Mais tout le monde n’a pas apprécié la prestation.
Donald Trump a dénoncé « un affront à la grandeur de l’Amérique » , se plaignant que « personne ne comprend un mot de ce que dit ce gars ». Jake Paul, youtubeur/boxeur installé à Porto Rico, n’a même pas voulu regarder « un faux citoyen Américain qui hait publiquement l’Amérique ». La Portoricaine Amanda Serrano, championne incontestée des plume et sous contrat avec MVP, sa société de promotion, s’est désolidarisée du propos, rappelant la contribution de son peuple à l’histoire de l’Amérique et saluant la façon dont « Benito nous a représentés nous et notre culture ».
Après la parenthèse enchantée, le sport a repris ses droits pour une deuxième mi-temps plus excitante, conclue par la victoire de Seattle (29-13). Mais la star du Super Bowl LX n’était plus sur le terrain.
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Le quarterback des « Patriots » Drake Meye (à g.)
aux prises avec le défenseur de Seattle, Rylie Mills.
Le «Dark Side» dans la lumière
Seattle a remporté son deuxième Super Bowl en dominant New England grâce à sa défense, surnommée « Dark Side ». Elle a été impressionnante toute la saison et encore dimanche.
10 Feb 2026 - L'Équipe
L. P. à Santa Clara
L’odeur de la fumée des effets pyrotechniques d’avant-match piquait encore les narines quand Drake Maye a été sacké une première fois par Derick Hall. Le début d’une longue et sale soirée (6 sacks). C’est arrivé souvent au jeune quarterback de New England pendant les play-offs (21). Les Pats avaient trouvé un moyen de gagner. Pas cette fois.
Sam Darnold, le quarterback de Seattle, est décrit comme un gestionnaire plutôt qu’un génie. Sous la pression des Pats, il a souffert lui aussi. Mais jamais autant que son alter ego. «Faire face à une défense comme la nôtre, ça a dû être dur» , a-t-il reconnu, une pensée pour Maye, en larmes après le match. «Maye n’est pas rentré dans un mur, il est rentré dans le “Dark Side” », a commenté un coach adjoint des Seahawks. Le Dark Side, le côté sombre, le surnom que s’est donné la défense de Seattle en écho à la «Legion of Doom», époque Richard Sherman avec déjà un titre à la clé (2014).
Même si le running back Kenneth Walker a été élu MVP, même si Jason Myers a battu le record de points marqués sur coup de pied dans un Super Bowl, le triomphe de Seattle (29-13) doit surtout à DeMarcus Lawrence, Leonard Williams et au reste de la ligne défensive. Elle a laissé des brèches en fin de match (2 touchdowns de Maye) mais elle a aussi marqué des points. Un nouveau sack de Devon Witherspoon (2 dans le match) a fait lâcher le ballon à Maye (2 interceptions), récupéré par Uchenna Nwosu pour un touchdown avec cinq minutes à jouer et 29-7 sur le tableau d’affichage. Même pas la peine d’attendre les feux d’artifice.
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