Dans la cour des grands
Paul Seixas (à droite) s’est adjugé l’étape à Foia en
dominant au sprint le leader de l’équipe Lidl-Trek, Juan Ayuso.
Seixas comme un as
Paul Seixas a décroché, hier, son premier succès chez les professionnels. Offensif et fin tactiquement, l’enfant prodige a battu avec la manière des coureurs de top niveau mondial. Sa carrière est lancée.
«Je ne sais juste pas quoi dire.
Je n’ai pas de mots.
Je n’ai jamais vu ça à 19 ans».
- JULIEN JURDIE, DIRECTEUR SPORTIF
DE DECATHLON-CMA CGM
20 Feb 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
ALTO DA FOIA (POR) – Dans la douceur du printemps précoce en Algarve, les cigognes qui veillent déjà sur des nids perchés au sommet des pylônes électriques de la Serra de Monchique ont assisté, hier, à une éclosion prématurée. Sous les yeux de ses parents venus l’encourager au Portugal, dans le pays de ses lointaines racines paternelles, Paul Seixas a pris son envol avec l’appétit, l’intelligence et la froideur d’un grand champion.
À 19 ans, le protégé de l’équipe Decathlon-CMA CGM a pris la course à son compte dans l’ascension raide mais irrégulière de l’Alto da Foia (8,8 km à 6,2 %) puis résisté aux coups de bluff de Juan Ayuso (Lidl-Trek) et Joao Almeida (UAE-XRG) pour remporter la 2e étape du Tour de l’Algarve.
Déjà épatant 13e des Mondiaux épuisants au Rwanda puis médaillé de bronze aux Championnats d’Europe en Ardèche, l’automne dernier, Seixas a décroché sa première victoire professionnelle dès son deuxième jour de course en 2026. « L’accomplissement de tout le travail hivernal, résumait-il après le podium, avec les jambes volontairement trépidantes, à défaut de récupérer sur son home-trainer. Il y a beaucoup de choses à faire. Ce n’est pas facile mais on va essayer de tout mettre en place pour récupérer et penser à la suite. »
Ce discours souvent distancié de l’émotion, toujours basé sur des faits, des anticipations, cette lueur qui surgit de son regard quand il s’agit d’entrer dans les détails, le matériel, l’entraînement, l’analyse. Ce recul si jeune, c’est ce qui impressionne le plus chez Seixas. « Il a tout compris au vélo, pense Julien Jurdie, son directeur sportif. Il me faisait peur à prendre de longs relais à l’avant dans la montée, je lui ai dit. Mais il a une parfaite connaissance de ses sensations, de son corps, c’est ce qui m’épate. Quand je vois les images du gamin qui a mené une bonne partie de la montée devant des coureurs qui s’appellent Ayuso et Almeida, je ne sais juste pas quoi dire. Je n’ai pas de mots. Je n’ai jamais vu ça à 19 ans. »
Depuis ses performances avec les Bleus, Seixas a ravivé l’engouement dangereux du peuple français en quête de son prochain Bernard Hinault, dernier vainqueur du Tour de France en 1985. La pression, les sollicitations, tout est monté d’un cran cet hiver. Mais cela glisse sur lui. À près de 1 500 km du foyer du coureur, un « Seixas » avait même été inscrit sur la route granuleuse de la montée vers Casais à une dizaine de kilomètres de l’arrivée. « On a peint même dans les rues où il ne passe pas » , se félicitaient deux retraités français. Juste de quoi faire sourire la pépite en reconnaissance de l’étape où il savait déjà qu’il avait les capacités physiques pour briller. « L’objectif principal de la semaine va être de lever les bras, disait-il mardi. Plusieurs étapes peuvent me convenir, que ce soit le chrono ou les étapes 2 et 5 qui sont quand même assez dures.
Bien aidé par Riccitello dans le final
On connaissait la force du corps, on a découvert la finesse de l’esprit. Devant le manque de collaboration d’Ayuso et Almeida dans le final, le père du Français, Emmanuel Seixas, commençait à perdre son calme. Son « petit » se faisait malmener par des leaders roublards. Déjà plus tôt, au sein du peloton, « dans la dernière montée, je voulais me mettre dans la roue d’Ayuso mais UAE devenait vraiment agressif, a raconté Seixas. Almeida me mettait des coups de coude, je lui ai laissé la place puisqu’il y tenait tant » .
Cependant, le jeune Lyonnais n’est pas du genre à débrancher « Le rapport au stress que j’ai, c’est quand même… Je ne me prends pas trop la tête, je suis quand même quelqu’un d’assez calme » , introspectait-il en stage en Sierra Nevada au début du mois.
Après la banderille d’Ayuso à 3 km du sommet, il a donc calmement suivi puis pris les devants. Le duo dans son dos a voulu jouer : il a perdu. « On s’est fait rattraper par Onley et Matthew (Riccitello, son coéquipier, à 1,6 km du sommet), c’était parfait puisqu’il a pu m’aider. Ça m’a permis de rester derrière Almeida et Ayuso, de les laisser se taper dessus et d’en garder un peu pour le sprint final. J’ai senti que je devais être en tête dans ce virage à 150 m de la ligne, j’ai essayé de lancer sans trop en mettre pour en garder un peu pour la dernière ligne droite. »
Après avoir à peine philosophé sur l’ampleur de ce premier succès – « forcément, ça ajoute de la saveur de jouer devant avec Juan et Joao, c’est ça qui est beau: c’est une victoire avec la manière » –, Seixas s’est déjà projeté sur l’importance du contre-la-montre, ce vendredi, où il espère déposséder Ayuso du maillot de leader (ils sont à égalité de temps mais l’Espagnol est devant à l’addition des places). De ce visage candide au premier abord se dégagent des sourcils sérieux et un regard toujours porté vers autre chose, un autre monde, le calcul d’après ou encore plus loin, un destin.
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