DE ZERBI - La fin, les suites
Le départ de l’Italien, figure centrale d’un projet de trois ans, est apparu inéluctable. La fin de cette aventure signe-t-elle aussi celle d’une ère, marquée par le pacte de Miami ? Medhi Benatia a fait part d’un avenir incertain, alors que Pablo Longoria
"Il est loin d’être le seul fautif"
- MEDHI BENATIA, AU SUJET DU
DÉPART DE ROBERTO DE ZERBI
12 Feb 2026 - L'Équipe
MATHIEU GRÉGOIRE, SIMON BOLLE et BAPTISTE CHAUMIER
« Grazie Roberto ». En fin d’après-midi, l’OM a publié un petit clip d’une minute et quinze secondes pour saluer son ex-entraîneur italien. Un montage compilant des moments émouvants, comme l’Olympico fada de septembre 2024 (victoire 3-2 à Lyon) et rappelant la série YouTube de l’été dernier. De Zerbi était déjà le personnage principal de cette oeuvre riche en coups d’éclat, et le club lui a encore offert une sortie par le haut, hier. Au printemps 2024, alors qu’il était en conflit larvé avec la direction de Brighton, à propos du mercato notamment, et que ses agents faisaient le tour de l’Europe pour le caser, le club anglais avait également réalisé un documentaire à la gloire du tacticien, intitulé The Rise of Roberto De Zerbi, avec l’idée sous-jacente que cette ascension allait se poursuivre ailleurs.
Passionnant, déroutant, irritant, formidable, boudeur, ou vivant, tout simplement, De Zerbi (46 ans) a fini son aventure olympienne essoré, et tout le monde avec lui, de la direction au vestiaire, en passant par les salariés du club, les supporters et les suiveurs. « Il y a du soulagement et de la tristesse » , confiaient les proches du groupe phocéen hier, à l’unisson. Ils ont vécu un tourbillon d’émotions avec ce coach à fleur de peau. Le 8 janvier, au Koweït, les larmes aux yeux après un Trophée des champions perdu aux tirs au but face au Paris-SG (2-2, 1-4 t.a.b.), « une douleur pour la vie » comme il l’a répété, De Zerbi a dit à ses joueurs : « Avec ce que vous avez montré ce soir, je suis sûr qu’on peut aller en demi-finales de Ligue des champions ! » Quatre semaines plus tard, à la veille du Classique, au lieu de disserter sur les forces et faiblesses tactiques de Bradley Barcola, il se lançait dans un interminable monologue sur Amir Murillo, comme s’il fallait se justifier auprès de sa troupe, une énième fois, de l’exfiltration du Panaméen à Besiktas.
Aucun soutien public de sa direction
Ainsi était De Zerbi, intense et volatil dans un contexte qui l’est tout autant, et les supporters de l’OM l’avaient bien compris. Beaucoup, des groupes ultras aux fans de canapé, ont été enthousiasmés par sa ferveur, et cinq jours après la débâcle de Bruges (0-3), il a parlé avec le coeur aux leaders des associations, dans la salle de presse de la Commanderie, les emportant une nouvelle fois avec lui. Une dernière fois, aussi. Précisons-le ici : les groupes de supporters préfèrent de loin un De Zerbi, humainement, à un Pablo Longoria qu’ils ont pratiqué depuis trop longtemps à leur goût. Mais ils ont tous compris, le soir d’une humiliation parisienne de trop, que sa situation était intenable, qu’il n’y arrivait plus.
La direction, qui a mis du temps à digérer la claque reçue au Parc des Princes, avait aussi compris. Elle ne lui a témoigné aucun soutien public, elle n’a pas assisté à l’entraînement du lendemain, Pablo Longoria est rentré tard sur Marseille, ce lundi soir, et Medhi Benatia a passé une partie de sa journée au téléphone, à raconter qu’il pourrait partir, bientôt. Le directeur du foot l’avait déclamé publiquement au Koweït : « Pour ma part, je ne me projette pas du tout, bien au contraire. Il faut juste savoir profiter, entre guillemets, de ce genre de matches, même si ce n'est pas une victoire, profiter du travail qui a été fait, ne pas faire que critiquer, critiquer. Dans pas longtemps, vous verrez qu'il y aura d'autres personnes à notre place, il faudra encore leur laisser le temps de travailler. » Il a narré cela à de nombreux interlocuteurs, soulignant les contraintes économiques pesant sur son travail, le bon bilan financier de ses mercatos, son entente cordiale avec le vestiaire et tout le travail accompli.
Il a aussi mis quelques pierres dans le jardin du directeur général Alessandro Antonello, qui dépense beaucoup dans le train de vie du club, ce qui aurait des conséquences sur le secteur sportif, et a fait comprendre que c’était à Pablo Longoria de prendre ses responsabilités, sur de nombreux sujets, dont son avenir. À propos du départ de De Zerbi, bravant courageusement une interdiction de parler à certains médias qui viendraient, selon lui, des équipes de Frank McCourt, Benatia nous a confié : « Quand un coach s’en va, c’est comme si un membre de la famille s’en allait. Cela fait toujours mal. Il est loin d’être le seul fautif. Il faudra trouver des solutions meilleures. »
Avec De Zerbi, Benatia a vécu une fin de première saison compliquée, et les deux hommes ont aplani leur relation à Miami, associant Longoria et McCourt à un pacte simple. Ils seront alignés, de la Floride, à la Provence, et jusqu’au bout du monde, voguant face à l’adversité, réelle ou souvent supposée. De Zerbi a été le premier à quitter ce navire, ce mardi 10 février. Estimant l’histoire avec son groupe achevée, il a demandé au club de payer ses adjoints jusqu’à la fin de leur contrat (juin 2027), et lui pour cinq mois, il s’est assis sur la dernière année de son bail. Ses agents, récemment intervenus sur le dossier Robinio Vaz à la Roma, ont commencé à plancher sur la suite.
Longoria a acquiescé, le clan McCourt a confirmé cette sortie, offrant un communiqué nocturne en guise d’épitaphe. Le projet de trois ans, esquissé par le tandem Longoria-Benatia, financé par Frank McCourt et lancé en mai 2024, va-t-il perdurer ? Le propriétaire américain va-t-il changer de cap ou d’hommes ? Ces derniers mois, Longoria est apparu en retrait, laissant le sujet des instances à Shéhérazade Semsar de Boisséson, la vice-présidente du conseil de surveillance, celui des infrastructures à Antonello, et le sportif à Benatia, bien sûr. L’ancien joueur a marqué des points auprès de l’actionnaire en réalisant des plus-values, enfin, après une décennie de pertes.
Interrogé hier après-midi, les représentants de l’actionnaire, tout comme Longoria, n’ont pas répondu à nos questions. Les supporters de l’OM, eux, n’avaient que leurs yeux, et un clip d’une minute et quinze secondes, pour pleurer.
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Beye garde la pole
Après avoir entériné le départ de Roberto De Zerbi dans la nuit de mardi à mercredi, l’OM s’active pour préparer la suite. Habib Beye, qui vient de quitter Rennes, a été sollicité et les discussions étaient encore en cours hier soir.
12 Feb 2026 - L'Équipe
SIMON BOLLE, BAPTISTE CHAUMIER et MATHIEU GRÉGOIRE
Un technicien italien qui avoue son impuissance, se désespère de l’irrégularité de ses joueurs et finit par négocier son départ, épuisé par des questions sans réponse et la pression locale grandissante. Près de deux ans jour pour jour après Gennaro Gattuso, Roberto De Zerbi a lui aussi fini par s’incliner face aux mêmes maux. «Le problème, ce n’est pas tant la fin de la saison, c’est plutôt l’OM. Quel OM jouera? Parce que si on a l’OM de Lens, honnêtement, je pense qu’on n’a pas de souci à se faire. Mais si on a un OM comme celui de ce soir ou contre Bruges, alors c’est plus compliqué.»
Ce sont par ces mots, teintés d’incompréhension et de frustration, que De Zerbi a conclu son ultime prise de parole comme entraîneur de l’OM, tard dimanche soir, dans l’auditorium du Parc des Princes, après la rouste contre le Paris-SG (0-5).
Une nouvelle fois, le Brescian (46 ans) était incapable de prédire quelle équipe il allait retrouver – et aligner – pour la réception de Strasbourg samedi (17 heures), mais, en quarante-huitheures, une autre évidence s’est rapidement imposée au club: le « problème» s’appelle De Zerbi et son équipe jouera sans lui ce week-end. Ironie du sort, sa dernière victime en date, Habib Beye (48ans), qui vient d’être limogé par le Stade Rennais et qui avait été éliminé (0-3) par l’OM de De Zerbi le 3février en huitièmes de finale de la Coupe de France, fait partie des entraîneurs sollicités par la direction olympienne pour reprendre le poste. Comme annoncé par différents médias, des discussions ont eu lieu entre les deux parties dès hier dans la matinée et elles se poursuivaient encore dans la soirée.
Avant d’imaginer un dénouement heureux et rapide, une solution interne devrait être privilégiée face à Strasbourg, avec l’adjoint historique Pancho Abardonado, déjà propulsé sur le banc contre l’Ajax en Ligue Europa en septembre 2023 après le départ précoce de Marcelino, et le coach de la réserve, Romain Ferrier. Les deux hommes ont d’ailleurs animé la séance à La Commanderie hier. Leur probable intérim ne devrait toutefois pas s’éterniser puisque les dirigeants s’activent à trouver le coach idoine pour sauver la fin de saison. Le très médiatique Beye sort d’une séquence douloureuse en Bretagne mais est identifié comme un technicien revanchard et est estimé localement.
Il est familier de l’environnement marseillais, ce qui est toujours un avantage, pour avoir défendu les couleurs et porté le brassard du club, notamment en 20042005. Une période pendant laquelle il avait pu côtoyer Medhi Benatia, en fin de formation. Ces dernières heures, le directeur du football est, lui, surtout apparu marqué par le départ de De Zerbi, qui avait lié son avenir au sien et qu’il ne considère pas comme l’unique responsable de la situation. Le dirigeant s’est de nouveau placé en retrait sur l’échelle de la prise de décision. Les dirigeants n’ont, en tout cas, pas mis longtemps à établir le contact avec Beye, puisqu’ils collaborent très souvent avec l’agence de l’ancien international sénégalais sur le marché des transferts. Cela avait été notamment le cas début 2025, lors du départ de Lilian Brassier vers… Rennes, au lendemain de l’arrivée de… Beye, ou encore l’été dernier lors du transfert de Quentin Merlin vers la même destination. Avec Rennes, Merlin et Beye avaient d’ailleurs retrouvé et tourmenté l’OM (1-0, le 15août) lors de la première journée de Ligue 1 quelques semaines plus tard. Le point de départ de l’affaire Rowe-Rabiot et d’ennuis à retardement.
Conceiçao toujours intéressé, Chelle également proposé
Actuel entraîneur d’Al-Ittihad, Sergio Conceiçao se montre aussi, en privé, toujours intéressé par le challenge, sans qu’il y ait eu de contact concret pour le moment. Le technicien portugais (51ans), proche de signer au printemps 2024, avait mis trop de temps pour se décider et le club lui avait préféré De Zerbi, mais il a gardé d’excellentes relations avec Benatia. Tout comme son agent, Jorge Mendes, avec le président Pablo Longoria. Sa clause libératoire, évaluée à 4,5 M€, et son fort caractère pourraient être des freins. Éric Chelle, le sélectionneur du Nigeria (48ans), a également été proposé. L’ancien défenseur, qui a débuté sa carrière sur un banc comme adjoint à Marseille-Consolat, connaît bien le contexte local, mais il semble partir de beaucoup plus loin.
Après avoir satisfait les supporters en écartant De Zerbi, la direction phocéenne dispose donc de profils hétéroclites et doit encore définir les contours exacts des priorités de son futur numéro 1. Une mission courte durée, comme avec le regretté Jean-Louis Gasset en 2024, ou une projection plus lointaine pour enclencher un nouveau cycle dès maintenant ? Quoi qu’il en soit, l’heureux élu sera très vite jugé : en trois jours début mars, notamment, l’OM va enchaîner les réceptions de Lyon en L1 et de Toulouse en quarts de finale de la Coupe de France.

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