Toute une histoire


Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron ont embrasé 
la glace de Milan hier, jusqu’à conquérir le titre olympique.

Même s’il n’a pas été irréprochable, Guillaume Cizeron a conservé son titre olympique. Grâce à Laurence Fournier Beaudry, il devient le premier danseur de l’histoire à être sacré avec deux partenaires différentes.

"Je me nourris de cette obsession de progresser, 
de faire mieux que nous-mêmes et que les autres aussi"
   - GUILLAUME CIZERON

12 Feb 2026 - L'Équipe
CELINE NONY

MILAN (ITA) – Un instant, il a cru que c’était foutu. Par sa faute. Guillaume Cizeron portait le poids de l’histoire, de son histoire, en entrant sur la glace hier. À 31 ans, il s’était lancé un pari fou. Désuni de sa partenaire de toujours, Gabriella Papadakis, avec qui il avait été sacré à Pékin en 2022, mais qui l’accuse de tous les maux dans son livre publié le 14 janvier et lors de ses multiples prises de parole depuis, l’artiste avait ressenti un besoin presque viscéral de reprendre la compétition. Avec sa meilleure amie, la Québécoise Laurence Fournier Beaudry, il rêvait de conserver l’or olympique à Milan. Un défi à sa démesure quand on sait qu’il faut des années aux danseurs pour créer une osmose sur la glace. Là, en treize mois, l’envisager seulement frôlait l’hérésie.

Pourtant, puisqu’elle a été naturalisée le 4 novembre dernier, les Français avaient idéalement amorcé leur quête irréelle lundi soir. Même s’ils n’étaient pas favoris de l’exercice face à leurs amis et triples champions du monde américains Madison Chock et Evan Bates, ils avaient engrangé 46 petits millièmes de point. Rien de confortable. Sauf à considérer que Fournier Beaudry et Cizeron possèdent un libre envoûtant et d’une intensité rare. L’affaire semblait entendue. Jusqu’à ce qu’il commette deux infimes mais visibles déséquilibres, en sortie d’un twizzle et sur un retournement. À voir sa mine déconfite, les regards appuyés de leurs entraîneurs, Romain Haguenauer et Marie-France Dubreuil, l’or n’était plus si sûr. Et c’est sans doute ce qui explique l’explosion de joie, teintée d’étonnement, qui salua les notes. Pour 1,43 point, ils devancent Chock-Bates qui, pour leur ultime campagne, décrochent leur première médaille olympique individuelle (après deux titres par équipe), tout comme les Canadiens Piper Gilles et Paul Poirier (3e).

Longtemps, Cizeron et Fournier Beaudry sont restés enlacés. Une revisite de leur expérience pékinoise. « Je me rappelle être montée dans les gradins pour voir sa performance, et puis j’ai pleuré, raconte celle qui avait alors terminé 9e avec son partenaire et compagnon Nikolaj Sorensen. J’étais tellement stressée parce que je voulais qu’il patine tellement bien. C’était vraiment un très beau moment. » Cette fois, elle a partagé ce plaisir en actrice majeure, a pu chanter la Marseillaise

comme un mois plus tôt, lors de leur victoire aux Championnats d’Europe. «À Sheffield, il y avait une petite voix qui me disait “il ne faut pas que je me plante parce que c’est important pour moi, mais c’est peut-être doublement important pour Laurence pour qui ce serait le premier titre”. J’avais vraiment envie de performer pour écrire ce chapitre ensemble.» Un mois plus tard, cette générosité l’a un peu crispé. À moins que ce ne soit l’idée d’entrer dans l’histoire.


Le bonheur de Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron, 
entourés de leurs entraîneurs Marie-France Dubreuil et Romain Haguenauer, au moment où ils apprennent leur victoire.

Déjà, remporter un sixième titre européen le mois dernier lui avait permis d’égaler le record des Soviétiques Lioudmila Pakhomova et Aleksandr Gorshkov. En Italie, il écrit de nouvelles pages. Pour la première fois depuis les Russes Oksana Gritschuk et Evgueni Platov (1994 et 1998), un danseur conserve son titre olympique. Surtout, Cizeron est désormais le premier danseur à être sacré champion olympique avec deux partenaires différentes (voir chiffre). «Je me nourris de cette obsession de progresser, de faire mieux que nous-mêmes et que les autres aussi, insiste Cizeron. Même si j’ai déjà obtenu ce titre olympique auparavant, il y a l’envie d’en avoir un deuxième.»

Avec Fournier Beaudry, il a trouvé une alter ego aussi perfectionniste que lui, artiste dans l’âme aussi, mais qui sait se laisser envahir quand les émotions déferlent par vagues sous la pression des juges. Et les émotions, ces treize derniers mois, ne les ont jamais épargnés. Notamment, parce qu’il a fallu assumer de s’être associés après la suspension du compagnon de Fournier Beaudry pour « maltraitances sexuelles », relayée sans fin par les journalistes américains.

« C’était un peu surréaliste, on est encore sous le choc, lâche Cizeron au micro de France Télévisions. J’avoue que c’est un peu vertigineux. Il y a un an, on s’est lancé ce défi presque impossible, Dieu sait qu’on a eu des obstacles. On est extrêmement fiers de nous, de la force dont a fait preuve Laurence.»

Elle ne retient que la lumière: «On a vraiment vécu de bons moments. C’étaient des jours magiques, Guillaume est le meilleur patineur au monde, c’est toujours un honneur de patiner avec lui. Je n’avais pas de doute, non.»

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PODIUM

1. Fournier-Beaudry - Cizeron
2. Chock-Bates (USA)
3. Gilles-Poirier (CAN)

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1 - Guillaume Cizeron est le premier danseur à remporter deux titres olympiques avec deux partenaires différentes. Avant lui, seuls deux patineurs de couple y étaient parvenus : les Russes Irina Rodnina (avec Aleksei Oulanov en 1972, Aleksandr Zaitsev en 1976 et 1980) et Artur Dmitriev (avec Natalia Michkoutenok en 1992 et Oksana Kazakova en 1998).

2 - Avant lui, seuls les Russes Oksana Gritschuk et Evgueni Platov avaient réussi à conserver leur titre olympique en danse sur glace (1994 et 1998).

5 - Avec Laurence Fournier Beaudry, il offre un 5e titre olympique à la France, après le couple Andrée et Pierre Brunet (1928 et 1932), les danseurs Marina Anissina et Gwendal Peizerat (2002) et Gabriella Papadakis et lui-même (2022).

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En 2010, déjà...

Si l'association sur la glace entre Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron est neuve, les deux amis se côtoient depuis des années. Comme en témoigne cette photo prise en 2010 lors d'un stage à Oberstdorf, là où se sont rencontrés pour la première fois ceux qui n’étaient encore que des adolescents.

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Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry 
à Montréal en avril 2025.

Si singulière

Laurence Fournier Beaudry, sacrée championne olympique hier avec Guillaume Cizeron, ne doit pas être vue qu’en simple partenaire du patineur français. Elle est, elle-même, un joyau aux mille facettes.

"Glisser permet de s’exprimer sans avoir à parler. 
Même sans bouger, le corps se meut grâce à l’inertie"

"Je ressens une sorte de hargne face aux situations que la vie m’impose, 
j’essaie de l’utiliser pour me faire grandir"

12 Feb 2026 - L'Équipe
C. N.

MILAN – Ce n’est pas une fulgurance, une révélation ou la récompense d’une carrière linéaire. La beauté du chemin que Laurence Fournier Beaudry a emprunté jusqu’à ce titre olympique tient, au contraire, dans ses aspérités. Des tumultes, comme la situation particulière de son compagnon Nikolaj Sorensen, dont la suspension pour des faits de « maltraitances sexuelles » a autorisé que se noue son duo avec Guillaume Cizeron. Évidemment, l’ombre plane et provoque, chez certains, une forme de malaise. Mais la Montréalaise de 33 ans saura s’en accommoder, comme de tous ces épisodes de son passé qui ont balisé sa vie.Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry à Montréal en avril 2025.

Aujourd’hui, bien au-delà de la réussite sportive, Fournier Beaudry est reconnue pour sa personnalité solaire. « Une athlète incroyable, l’une des plus travailleuses que j’aie vues, et une femme adorable », loue l’Américaine Madison Chock, vicechampionne olympique hier avec Evan Bates et qui la côtoie au quotidien sur la glace de l’Académie de Montréal. Pourtant, la jolie brune n’a pas été toujours si ouverte. Petite fille timide et introvertie, elle a réussi à dissiper ses insécurités grâce au sport. « Je restais très proche de ma maman. Ou je vivais dans un monde intérieur que je ne partageais pas par peur d’être jugée », glisse-t-elle, s’étonnant presque de s’être orientée vers la danse après la gymnastique. En y réfléchissant soudain, elle comprend avoir retrouvé sur glace ce « monde imaginaire qu’on ne retrouve pas à l’extérieur d’une patinoire ». « Glisser permet de s’exprimer sans avoir à parler. Même sans bouger, le corps se meut grâce à l’inertie, se délecte-t-elle. Il y a un aspect surréel à entrer dans une bulle intérieure, tout en cherchant à capter l’attention des juges et du public. Pour moi, l’envoûtement de la musique joue aussi un rôle crucial. »

Une évidence. Si sa mère, Anik Fournier, a une entreprise de développement de logiciel, son père, Pierre Beaudry, est musicien, trombone basse dans l’orchestre symphonique de Montréal. « À la maison, il n’y a jamais eu de silence », sourit-elle. Avant qu’ils ne divorcent, ses parents ont pris des cours de patinage pour adultes. Elle les a suivis. S’est amourachée des sensations. A commencé la danse, croisé ses premiers partenaires, dont la puberté n’a pas suivi la sienne. Une année, elle est partie aux États-Unis pour des essais avec un Américain. « Elle vivait chez la mère, qui contrôlait tout, s’en veut encore Anik. Laurence n’avait pas le droit de boire, juste manger de la soupe au chou sans sel. Elle se cachait pour m’appeler. Ça a duré deux mois et demi, elle avait perdu treize kilos et n’avait plus de règles. »

Une période sombre pour l’adolescente, complexée par son physique athlétique quand la norme est d’être de filiformes ballerines. « J’ai connu des phases répétées d’anorexie et de boulimie, avoue la patineuse. Je me sentais très seule. Je ne pouvais en parler à personne, je savais que ce n’était pas un comportement sain. » Depuis, elle a compris que ce pourrait être une force. Et c’est ce qu’elle martèle aux filles qu’elle entraîne à Montréal. Quand elle n’est pas occupée par ses études en neurosciences cognitives ou ses passions pour le piano, le dessin, l’écriture. Curieuse, elle n’est jamais rassasiée.

En revanche, Fournier Beaudry trouve un équilibre sportif avec Sorensen. S’ils ont décidé de représenter le Danemark, c’est au Canada qu’ils s’entraînent. Sans grosses ressources financières, il est hébergé chez sa partenaire. Et, comme Laurence et son frère, adopte le rythme de la garde alternée chez la mère ou le père. Sur glace, le duo progresse vite : 29es mondiaux en 2014, ils sont 11es la saison suivante, mais si Fournier Beaudry a appris le danois, elle n’obtient pas d’être naturalisée et ne peut disputer les Jeux de 2018. Une morsure.

Le couple décide alors de basculer dans le giron canadien, franchit de nouveaux caps. 9es aux Jeux de Pékin, ils sont 5es mondiaux en 2023. Mais l’histoire s’arrête là. Ou presque, puisque le couple continue de traverser la tempête ensemble. D’abord « abasourdie » par la proposition de Cizeron, Fournier Beaudry a fini par se laisser embarquer dans la folle aventure. « J’avais la curiosité de voir où ça pouvait me mener, dit-elle. Je ressens une sorte de hargne face aux situations que la vie m’impose, j’essaie de l’utiliser pour me faire grandir. Je veux repousser mes limites, être une meilleure version de moimême. »

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Molestie e denunce, danza delle polemiche Guignard-fabbri quarti

12 Feb 2026 - Corriere della Sera
Gaia Piccardi
© RIPRODUZIONE RISERVATA

MILANO - Amarsi, nel pattinaggio, è un valore aggiunto? Di certo aiuta non odiarsi. È una coppia nata dal disagio, quella che agguanta l’oro nella danza su ghiaccio all’olimpiade. In cima a un’epica battaglia di lustrini, brillantina e twizzles eseguiti alla velocità della luce, Guillame Cizeron e Laurence Fournier Beaudry, canadese naturalizzata francese tre mesi fa, prevalgono di 1,43 punti sul rodeo degli americani Evan Bates e Madison Chock, marito e moglie alla quarta Olimpiade; i languidi canadesi Gilles-Poirier sono bronzo, mentre alla coppia italiana di fidanzati Charlene Guignard e Marco Fabbri — tre ori europei, un argento mondiale e un bronzo olimpico nel Team Event —, non riesce del tutto la scalata dal quinto posto nel corto al podio: chiudono quarti, staccati di 8,16 punti (tanti) dal Canada a dispetto di un’intensa interpretazione di Diamanti di Giorgia, e delusi.

Un oro fiorito sul disagio, si diceva. Sì, perché la coppia francese si è composta solo un anno fa, in seguito a un fuoco incrociato di denunce per molestie, fisiche e psicologiche. Ha aperto le ostilità l’antica partner di Cizeron, la danzatrice connazionale Gabriella Papadakis, con lui argento a Pyeongchang e oro a Pechino, descrivendo l’enorme malessere nell’allenarsi con il partner («C’era tra noi una dinamica pericolosa che ci ho messo troppo tempo a capire: facevo di tutto per non rimanere sola con lui») nel libro-denuncia del sistema di un ambiente «Per non scomparire», che ha terremotato il pattinaggio. Ma Cizeron non avrebbe mai potuto trovare in Fournier Beaudry una compagna per l’oro se il fidanzato di lei, il danese naturalizzato canadese Nikolai Sorensen, non fosse stato prima sospeso e poi squalificato per sei anni (decisione appellata, quindi sub judice) in seguito alla denuncia per stupro di una pattinatrice americana coperta dall’anonimato. Laurence difende il boyfriend — avvistato sugli spalti al Forum di Assago — a spada tratta («Lo conosco da dodici anni, mi fido ciecamente»), spalleggiata da Cizeron. Ma qualcuno la legge come la connection dei molestatori, coperti dall’omertà di uno sport che, corruzione delle giurie inclusa, ha assistito a troppe brutture negli anni per stupirsi ancora.

Da casa, Papadakis parla di «ambiente pericoloso per le atlete», che hanno paura di ritorsioni (essere emarginate, perdere la possibilità di gareggiare) e raramente fanno denuncia. Papadakis avrebbe dovuto commentare le gare di Milano-Cortina 2026 qui al Forum per la NBC, ma l’emittente americana ha stracciato il contratto per «conflitto d’interesse».

È in questo clima velenoso e avvelenato che è maturata l’impresa d’oro. Guignard-fabbri si accomiatano con il miglior piazzamento olimpico della carriera. Ma non basta.

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