Nénesse, Pipiche, Maxime… et les autres
Une image qui n’est plus qu’un lointain souvenir : l’équipe Arkéa-B&B Hotel sur le podium protocolaire de l’Étoile de Bessèges l’an dernier.
Deuxième à partir de la droite, Kévin Vauquelin, qui remportera l’épreuve.
Les ex-Arkéa, la plupart recasés dans les effectifs et les staffs, ont gardé un lien fort, visible sur l’épreuve gardoise.
"Il y a un peu de nostalgie, mais pas de tristesse.
On relativise, personne n’a été blessé ou n’est mort"
- VICTOR GUERNALEC
(CIC PRO CYCLING ACADEMY)
6 Feb 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
BELLEGARDE ET SAINT-GILLES (GARD) – Les coudes serrés, tous sur une même ligne, Bertrand Chavanel, Patrice Thirant et Laurent Pichon offrent une image digne du film le Coeur des hommes en s’avançant vers « Nénesse », un ancien collègue d’Arkéa-B&B Hotels, une figure de la formation bretonne disparue au coeur de l’hiver. Face à la pudeur des sentiments, le chambrage comme bouclier, « Pipiche», aujourd’hui directeur sportif chez Pinarello - Q36.5, l’alpague en premier, en pointant la voiture bleu gendarmerie de sa nouvelle équipe Nice Métropole Côte d’Azur: «Ils t’ont filé une bagnole de flics( rires) ? »
Les retrouvailles sont chaleureuses et, avouons-le, assez touchantes après des mois d’interrogations, de doutes, sur la survie de la structure bretonne, sur leur propre rebond. « On est contents de se revoir et de constater qu’on a presque tous retrouvé un boulot», apprécie Pichon. « Nénesse » énumère les noms de ses anciens copains présents sur l’Étoile (« Elouan Baron : mécano chez Lotto avec Gégé – Gérard – et Maxime Bouet ; Patrice et Bertrand : assistants chez Saint-Michel, Matthieu Le Strat, le doc : chez Groupama-FDJ») et il n’oublie pas les coureurs: Ewen Costiou, leader à Bessèges, pour GroupamaFDJ United, Simon Guglielmi (Saint-Michel Preference Home Auber 93), Jenthe Biermans (Cofidis), Laurens Huys chez Nice Métropole, Léandre Lozouet et Victor Guernalec (CIC Pro Cycling Academy). « Ce qui est bien, c’est qu’ils s’arrêtent pour nous saluer, note Patrice Thirant, aujourd’hui assistant chez Saint-Michel, une structure familiale comme l’était Arkéa. Je suis arrivé à la fin de l’année 2019 et on était vraiment une famille, tous soudés. Et tout s’est terminé. Personnellement, cela m’a fait quelque chose. On est partis chacun de notre côté, c’est la vie». S’il espère bientôt participer à «une bonne bouffe» entre ex-Arkéa, Guernalec estime qu’il ne peut pas « refaire l’histoire. Si cela s’était bien goupillé, on aurait pu continuer tous ensemble. Il y a un peu de nostalgie, mais pas de tristesse. On relativise, personne n’a été blessé ou n’est mort». Certains, comme «Nénesse», ont vécu la fin plus difficilement : «L’hiver a été dur, cela m’a fait mal. On était une famille et du jour au lendemain, tout s’arrête. Avec “Pipiche”, on a passé quinze ans ensemble, je l’ai connu jeune coureur. Le voir DS ailleurs, cela fait drôle.»
Dans la voiture de Q36.5, Pichon a encore un temps de latence quand il entend le nom de sa nouvelle formation à la radio (« ça me fait bizarre »), mais il ne craint pas que les liens se distendent avec le temps : « Encore ce matin, j’étais avec Benoît Vaugrenard ( directeur sportif) et des mécanos de la FDJ (où il a couru de 2013 à 2016), on parle toujours des vieilles histoires ( rires). Chez Arkéa, on rigolait bien, l’ambiance était top et sportivement, on avait des résultats.»
Il y a tout juste un an, Kévin Vauquelin remportait l’Étoile de Bessèges « dans des conditions dantesques, se souvient Nénesse, qui a la larme facile. Cela soude, cela crée des liens très forts. » Même pour Bertrand Chavanel, alors qu’il est arrivé plus tard, en 2023: «On a vécu des choses inoubliables, car on passe plus de temps entre nous qu’avec nos proches, c’était une deuxième famille.» Hasard du calendrier, le nouvel assistant de Saint-Michel a officiellement quitté Arkéa hier, dans le cadre du mal nommé plan de sauvegarde de l’emploi.
« Famille », chaque témoin a usé de ce terme, une évidence, mais sur la photo de groupe, il manquait un personnage, central, Manu Hubert. Loin des courses, le patron n’a pas encore tourné la page : « L’équipe n’est pas totalement arrêtée, cela ne se fait pas d’un coup d’un seul. On essaie de faire les choses bien et de réussir le meilleur atterrissage. Mais on sait que tout n’est pas rose. » La dernière vague de licenciements, qui concerne le personnel administratif, interviendra « fin marsdébut avril. Certains sont passés heureusement à autre chose, mais avec mon DG (Guillaume Letanneur), on a encore les mains dans le cambouis. Arkéa-B&B Hotels, j’en entends encore parler tous les jours.»
On lui raconte la scène du parking à Bellegarde, ses anciens gars qui se réunissent spontanément, il sourit: «Avec certains, on a vécu vingt et unans ensemble, cela restera ancré toute notre vie. On était une famille, un gars comme “Nénesse” était mon témoin de mariage. J’en ai encore beaucoup au téléphone.»
Pas tous visiblement, mais Patrice Thirant ne lui en veut pas, ou alors un peu sur la forme: «Quand une entreprise s’apprête à fermer, on convoque les salariés. On n’a plus vraiment de contact avec Manu, plutôt avec Letanneur, ce qui est un peu dommage d’ailleurs. Je pense qu’on le reverra, on en reparlera. Je comprends que cela puisse être difficile pour lui aussi, il faut laisser un peu de temps, il a souffert comme nous. Mais il a fait des belles choses pour moi, pour tout le monde.»
Bertrand Chavanel, peut-être le moins déstabilisé puisque sa nouvelle équipe a racheté le car d’Arkéa (« à part les couleurs, rien n’a changé»), a accepté cette « fin de cycle, mais on ne peut pas enlever à Manu qu’il a nourri des familles pendant vingt ans ! » Il en a même créé une.
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