GOURVENNEC Le résident suisse
Au chevet du Servette FC depuis août, l’ancien coach de Guingamp et Bordeaux vit une première expérience à l’étranger complexe mais retrouve ses racines d’entraîneur, là pour participer à l’éclosion des jeunes.
"C’est enrichissant de découvrir de nouvelles ambiances, de nouveaux stades"
- JOCELYN GOURVENNEC, ENTRAÎNEUR DU SERVETTE FC
25 Dec 2025 - L'Équipe
JOËL DOMENIGHETTI
LAUSANNE ET GENÈVE (SUI) – On avait quitté Jocelyn Gourvennec remercié par le FC Nantes, le 19 mars 2024 (1). On imaginait alors l’ancien entraîneur de Bordeaux (2016-2018) ou de Guingamp (2010-2016, 2018-2019) se diriger vers l’Allemagne, à la recherche d’un nouveau challenge. On a finalement retrouvé le Finistérien (53 ans) à Lausanne, spectateur des Espoirs de Gérald Baticle face à la Suisse (1-1, le 14 novembre).
Et plus longuement au téléphone ou à Genève, où il a élu domicile depuis le 11 août, quand il a pris la succession sur le banc du Servette FC du technicien suisse Thomas Häberli, dont le début d’exercice avait été jugé catastrophique (3 défaites en 4 matches, toutes compétitions confondues) après une saison 2024-2025 conclue à la 2e place du Championnat.
« Après Lille ( 2021-2022), où j’ai vécu une grande saison avec un huitième de finale de Ligue des champions (0-2, 1-2 face à Chelsea), un Trophée des champions ( 1-0 face au PSG), j’avais envie d’un autre Championnat, raconte l’ancien milieu offensif. Par rapport à mon histoire familiale, j’ai aimé découvrir l’Allemagne (sa mère y a vécu). J’avais même repris des cours de langue. Et Nantes m’a sollicité. Puis je me suis retrouvé confronté au fait que beaucoup de clubs en Allemagne privilégiaient des entraîneurs connaissant leur Championnat. Mon père était malade à cette époque. Cela m’avait permis de passer du temps auprès de lui. Avec ma famille, l’été avait été très sombre puisqu’il est décédé fin juillet. Une dizaine de jours plus tard, j’ai reçu un appel. Le Servette voulait me parler. J’ai fait un allerretour en Suisse. J’y ai rencontré des dirigeants qui m’ont dit l’inverse de ce que j’entendais depuis un an et demi. Ils voulaient un entraîneur avec un regard neuf. Ils étaient ouverts à la discussion, dans l’écoute, et souhaitaient que j’accompagne l’académie, ce que j’ai toujours fait pendant ma carrière. Voilà pourquoi j’ai très vite rejoint ce club. »
Arrivé sans adjoint, une condition, le Breton dit s’être rapidement fondu dans le moule, immédiatement concentré sur le 3e tour préliminaire retour de Ligue Europa, à Utrecht (1-2, le 14 août ; aller : 1-3). Les 21 et 28 août, Servette a ensuite échoué en barrages de Ligue Conférence face au Chakhtior Donetsk (1-1, 1-2 a.p.). En raison d’une erreur administrative interne, l’entraîneur a d'ailleurs appris le jour du match aller qu’il ne pouvait pas aligner l’attaquant Florian Ayé, acheté 1 M€ à Auxerre.
Ce nouveau cycle a démarré avec un effectif chamboulé, sans recrue et en présence de plusieurs jeunes. Le budget annuel tourne autour de 15 M€, largement soutenu par la famille Wilsdorf, propriétaire – entre autres – de la marque Rolex. C’est peu, en comparaison des Young Boys Berne (80 M€).
« J’ai apprécié découvrir un nouveau Championnat et une culture un peu différente, estime le technicien. On a pas mal d’équipes de Suisse alémanique dont le modèle de jeu se rapproche de l’Allemagne. Elles pressent beaucoup, un peu tout-terrain, en venant te chercher très haut avec intensité. C’est enrichissant de découvrir de nouvelles ambiances, de nouveaux stades. On traîne quand même un début de saison raté (0,22 point de moyenne). 1,26 point de moyenne aujourd’hui, ce n’est pas suffisant mais on est en progression. Il nous faut une série pour recoller dans la première moitié du classement ( Servette est actuellement 10e sur 12, [2]). En espérant, après notre reprise (stage en Espagne du 4 au 10 janvier), remporter notre match en retard contre Lausanne (le 14 janvier, le Championnat suisse reprend le 20 janvier). Cela nous permettrait de remonter en 8e position. »
Au chevet d’un club multisport qui a déjà connu deux faillites en 2005 et 2015, et dans un Championnat qu’il estime « homogène », Gourvennec essaie d’imposer une touche technique et de construire une équipe dominante. « On est encore en recherche d’efficacité pour mieux finir nos actions, admet-il. Même si on possède un vrai buteur (Ayé, 9 buts et 2 passes décisives en 17 matches). On est encore trop irréguliers, trop instables, même au coeur d’une rencontre. » Devenu résident suisse, Gourvennec s’investit pleinement dans la formation.
« J’apprécie le travail de collaboration avec l’académie, confirme-t-il. On aura du mal à conserver les meilleurs jeunes sollicités par les clubs français, allemands ou italiens. Mais c’est tout l’intérêt de mon travail. Il faut accepter qu’un jour, ils partent chez un plus gros que toi. Ça fait partie du job. »
(1) La procédure au conseil de prud’hommes suit son cours. Elle pourrait aboutir en juin.
(2) Éliminé en Coupe le 20 septembre (0-1 à Yverdon), Servette ne compte que 20 points après 18 journées (5 succès, 5 nuls, 8 défaites). Dans le Championnat suisse, les 12 équipes s’affrontent trois fois. À l’issue de la 33e journée, le Championnat est divisé en deux groupes: le Groupe Championnat regroupe les six premiers, qui se disputent le titre, et le Groupe Relégation les six derniers, qui luttent pour le maintien. Chaque club affronte une fois les cinq autres de son groupe.
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