Harry Redknapp: « J’ai connu la meilleure époque pour un manager »


Retiré des bancs depuis 2017, n’est pourtant jamais très loin d’un match de foot. Pour « L’Équipe », il explique comment son métier a évolué et se dit heureux d’avoir commencé trente ans plus tôt.

"Entraînement, entraînement, entraînement. C’était fou. 
Frank Lampard était encore là alors que tout le monde 
était rentré à la maison depuis deux heures"

"L’Angleterre a de super jeunes en équipe nationale. 
Mais sinon ? Combien à West Ham ? 
Un, peut-être “Les managers ne choisissent plus les joueurs.
Ils sont choisis par des responsables de je-ne-sais-quoi"

28 Dec 2025 - L'Équipe
DAMIEN DEGORRE

Harry, mon autobiographie, Harry Redknapp en décembre 1997 lors de son passage sur le banc de West Ham.

« Je suis le plus heureux du monde dans mon jardin, au milieu de mes chiens et avec ma famille, mais mon esprit n’est jamais loin du foot. » Pour L’Équipe, à 78 ans, l’ex-manager de Tottenham raconte ce qui a fait le sel de son époque et a disparu aujourd’hui. À son grand regret.

« Qu’est-ce qui vous définissait comme manager?

J’aime les gens. Je passais du temps à parler aux joueurs pour savoir comment ils allaient. Tu obtiens davantage quand tu encourages, que tu leur dis qu’ils sont bons, plutôt que de leur rabâcher ce qu’ils peuvent faire et ne peuvent pas faire. J’adore dire aux joueurs combien ils sont bons. Après, quand tu perds, tu dois dire la vérité, évidemment. Quand j’étais à West

Ham, Ron Greenwood était le meilleur entraîneur que j’avais jamais vu. Il était incroyable, celui qui connaissait le mieux le foot. Un jour, Bobby Moore, avec qui j’ai joué pendant dix ans, m’a pourtant dit: “Tu sais, Harry, Ron était un super entraîneur, mais il ne m’a jamais félicité, il ne m’a jamais dit “bien joué”. Et on a tous besoin de ça dans la vie.” Quand tu fais du bon boulot, tu veux qu’on te donne une petite tape dans le dos et te dise : “Hey, tu as été énorme aujourd’hui.” En tant que manager, intéresse-toi aux joueurs, parle-leur.

Quel joueur, parmi ceux que vous avez entraînés, vous a le plus impressionné?

Probablement Gareth Bale (à Tottenham). Un athlète incroyable. Il avait cette adresse, il pouvait courir, frapper, dribbler, marquer de la tête. En forme, il était injouable. Pour moi, il était le troisième meilleur joueur du monde à l’époque. Il n’y avait que (Cristiano) Ronaldo et Messi audessus. Même au Real Madrid, où il a été critiqué, il faut voir les buts qu’il a marqués en Ligue des champions. Incroyable! Luka Modric était aussi un footballeur fantastique. Lassana Diarra aussi était énorme.

Vous avez aussi entraîné votre fils, Jamie. Était-ce facile?

Pas du tout. C’était à Bournemouth. Quand il a quitté l’école à 15 ans, il aurait pu aller dans n’importe quel club en Angleterre. Il s’entraînait avec moi, en Championship, et avait donné son accord à Tottenham mais juste avant de partir, il m’a dit : “Papa, je veux jouer et si je vais à Tottenham, je vais être avec la réserve ou avec les jeunes.” Puis : “Je ne veux pas aller à Tottenham.” Il y a plein de jeunes qui vont dans des grands clubs et que tu ne revois jamais, qui se perdent dans le système. Jamie voulait jouer, donc il est venu avec nous. Cela m’a coûté de gros problèmes avec Tottenham pour le libérer. Mais à 16 ans, il jouait en équipe première à Bournemouth. Kenny Dalglish m’appelait alors tous les jours, il le voulait à Liverpool. Je lui disais : “Arrête, il a 17 ans, il ne jouera jamais.” Il m’a promis: “Avec moi, il jouera.” Alors il est allé à Liverpool mais très vite, ensuite, Kenny a démissionné. Cela a été difficile. Graeme Souness lui a succédé, mais il ne connaissait pas Jamie. Mais il s’est entraîné dur et un jour, il m’a appelé, m’a dit: “Papa, je joue demain, contre Auxerre en Coupe d’Europe.” Et c’était parti.

Auriez-vous aimé entraîner votre neveu Frank Lampard plus longtemps qu’à ses débuts à West Ham?

Le plus grand professionnel que j’aie jamais vu de ma vie, je le jure. Entraînement, entraînement, entraînement. C’était fou. Il était encore là alors que tout le monde était rentré à la maison depuis deux heures. Tout seul, avec un sac de ballons, à installer des cônes, courir jusqu’au cône, frapper, repartir, 25 frappes, sous la pluie, un froid glacial, par n’importe quel temps, à faire ses sprints. Tous les jours, sauf le vendredi. Le vendredi, c’était le seul jour où il ne restait pas l’après-midi. Honnêtement, c’était fou. Quand je l’ai recruté, on m’a prévenu: “Harry, il ne peut pas courir, c o mment p o u r r a i t - i l ê t re u n b o n joueur?” Et il est devenu l’un des meilleurs box-to-box du monde.

Vous avez écrit d'an'svotre livre le changeait avec les années. À quel point l’avez-vous vu évoluer en Angleterre?

Quand je jouais à West Ham, à 17 ans, le club a gagné la FA Cup avec onze Anglais. Tu formais tes propres joueurs. L’entraîneur de West Ham croyait en ses jeunes. Il venait à chaque match, observait. Moi, quand j’ai entraîné West Ham, j’arrivais le samedi à 10 heures, je discutais avec les parents des gamins et, à 11 heures, je regardais la première période des jeunes, quinze minutes de la seconde, puis je prenais la voiture pour aller au match de la première, quand on jouait à domicile. Jeunes et pros s’entraînaient au même endroit. On a formé Rio Ferdinand, Frank Lampard, Joe Cole, Michael Carrick, Jermain Defoe, tous venaient de l’académie. Ils ont tous grandi autour de l’équipe première. C’était important d’être proche géographiquement. Aujourd’hui, l’académie de West Ham est à 10 kilomètres du centre d’entraînement de l’équipe première! Les jeunes ne croisent jamais les pros. 

À l’époque, tu allais dans un club de foot, on s’entraînait tous sur les mêmes terrains, à côté. On déjeunait ensemble. J’étais assis à côté de Bobby Moore ou d’un autre grand joueur. Tu es là, à manger à côté d’eux, ils te parlent du jeu, du métier. Et l’après-midi, le manager annonce: “OK, on va faire un petit tournoi, huit par équipes.” On se mélangeait: des pros, des gars de la réserve, des jeunes, on faisait quatre équipes. Tu as 15 ans et tu joues avec le capitaine de l’Angleterre dans un match à 9 contre 9, et c’est comme ça que tu apprends. Aujourd’hui, l’entraîneur débarque et se dit: “Est-ce que je serai encore là dans six ans? Alors pourquoi perdre mon temps avec des gamins?” Quand j’entraînais, West Ham a eu quatre managers en presque quatre-vingts ans ! Ron Greenwood a fait quatorze ans, John Lyall quinze ans, Ted Fenton pareil. Et donc tu produisais des jeunes parce que c’était le futur de ton club. Maintenant, le manager se dit : “Si je dure trois ans, c’est un miracle.” Donc, comment jouent les U13 ou les U14, ça ne l’intéresse pas. C’est triste, mais c’est comme ça. L’Angleterre a de super jeunes en équipe nationale. Mais sinon ? Combien à West Ham ? Un, peut-être. (Freddie) Potts joue un peu. Donc oui, un.

Arsenal ou Chelsea en ont, eux.…

Arsenal, oui, a bien travaillé, Chelsea aussi, ils en ont deux ou trois, OK. Mais à l’époque, il y en avait 8 ou 9. Liverpool en a peut-être aussi un ou deux. Mais peu. Aston Villa? Aucun, je ne vois personne.

Les managers étrangers sont les plus nombreux aujourd’hui en Premier League. Quelles étaient vos relations avec eux?

Très bonnes. J’avais de bonnes relations avec Arsène Wenger, par exemple. Mais ce n’était pas mon ami, on n’allait pas dîner ensemble, pas plus qu’avec un entraîneur anglais d’ailleurs. Tu arrives, tu joues ton match, tu serres la main, au revoir. À mes débuts, c’était différent. Après le match, tu discutais dans ton bureau avec l’entraîneur adverse, il t’invitait dans le sien à l’extérieur. Aujourd’hui, tu dois faire des interviews télé, puis une conférence de presse, puis Sky Sports, puis tu files prendre un avion ou un car.

Et avec ou analystes sir Alex Ferguson?

Très bonne. J’allais le voir, on parlait des jeunes, il te parlait des gamins de 12 ans de son club, il les connaissait tous. Je lui parlais de Joe Cole, qui avait 11 ans, fantastique gamin, le meilleur jeune que j’ai vu. On parlait de Rio (Ferdinand), de Frank (Lampard), des mômes. Et il parlait des courses (de chevaux), il aimait les courses. Il était comme moi, il connaissait tous les joueurs des divisions inférieures. Il avait le même parcours, un peu. Quand j’ai commencé à Bournemouth, chaque soir, j’allais voir un match. L’autre jour, je jouais au golf avec Tony Pulis, mon adjoint à Bournemouth. Il m’a dit: “Tu te souviens quand on prenait ta voiture, on avait le Rothmans book (livre qui recensait tous les joueurs chaque saison et leurs statistiques)?” Il l’ouvrait, en choisissait un au hasard, de Stockport ou de Rochdale, et je les connaissais tous! Il a ri: “Tu étais une encyclopédie à l’époque.”

C’était ça: on cherchait des joueurs, on les connaissait. J’allais à Plymouth, j’allais partout, il nous fallait des joueurs pas chers pour Bournemouth. Et le dimanche, tu regardais le gros match du week-end à la télé. La caméra montrait la loge, et il y avait toujours 8 ou 9 managers assis là, à regarder le match. Maintenant, il n’y en a plus! Parce que les managers ne choisissent plus les joueurs. Ils sont choisis par des responsables de je-ne-sais-quoi ou analystes. L’autre jour, j’écoutais la radio. Il y avait le directeur général de Southampton qui disait : “Nous avons six personnes dans le comité de décision et le manager fait partie des six, il a un sixième des voix.” Le présentateur lui a demandé : “Mais le manager a-t-il le dernier mot ?” Il a répondu : “Non, il a le même poids que les autres. La décision doit être unanime, c’est tout le comité qui décide si on signe un joueur ou pas.” Vous auriez imaginé faire ça à Alex Ferguson? ”Monsieur Ferguson, il y a cinq personnes là, ils n’ont jamais joué au foot, même pas le dimanche matin, mais ils auront leur mot à dire pour décider qui on signe ou pas.” C’est fou! Je pense que j’ai connu la meilleure époque pour un manager. »

***

SON PARCOURS D’ENTRAÎNEUR

1984-1992 : Bournemouth.
1994-2001 : West Ham.
2002-2004 : Portsmouth.
2004-2005 : Southampton
2005-2008 : Portsmouth.
2008-2012 : Tottenham.
2012-2015 : Queens Park Rangers.
2016 (*) : Jordanie
2017 : Birmingham.

(*) Harry Redknapp a dirigé la Jordanie lors de deux matches de qualification à la Coupe du monde 2018.

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