Minoungou plus fort que le sort
Sorti du banc, Georgi Minoungou s’est fait remarquer en
égalisant pour les Étalons dans le temps additionnel (1-1, 90e+5).
Auteur d’une entrée décisive et du but égalisateur contre la Guinée équatoriale (2-1), l’ailier burkinabé est parvenu à s’imposer au haut niveau, malgré la perte brutale de son oeil gauche en 2023.
28 Dec 2025 L'Équipe
MATTÉO AMGHAR
Les supporters des Seattle Sounders, aux États-Unis, le chouchoutent déjà, ceux du Burkina Faso l’ont adopté depuis peu et le grand public l’a définitivement découvert mercredi lors de la victoire face à la Guinée équatoriale (2-1) pour l’entrée en lice du Burkina Faso.
Si son rêve de toujours était de disputer la Coupe d’Afrique des nations, l’ailier de 23 ans (7 sélections, 3 buts) aura vécu une grande première riche en émotions, et il fallait le voir fou de joie après la délivrance offerte par Edmond Tapsoba dans la foulée (2-1, 90e + 8). L’enfant d’Abidjan en Côte d'Ivoire (sa mère est ivoirienne, son père burkinabé), se souviendra longtemps du miracle de Casablanca. Car au printemps 2023, sa jeune carrière de joueur professionnel aurait dû s’arrêter.
Lors de la préparation avec la franchise de Seattle, l’ailier percutant, jusque-là cantonné à la réserve, toque à la porte de l’équipe première. Avant que de fortes démangeaisons à l’oeil gauche l’empêchent de jouer. « La cause m’est encore inconnue, rembobine-t-il. Il a vite fallu opérer. Du jour au lendemain, j’ai perdu l’usage de mon oeil. En trente-huit ans de carrière, le docteur n’avait jamais vu un cas comme le mien. Et puisque personne ne jouait avec ce handicap, on m’a logiquement dit d’arrêter le football. » Mais pour lui, impossible de faire une croix sur sa passion après tant de sacrifices.
Avant son problème à l’oeil, Minoungou a écumé les détections dans la capitale ivoirienne. En juin 2021, il décide de mettre le cap sur Yaoundé, au Cameroun, pour un essai. Le LOSC le repère et des discussions s’amorcent afin d’intégrer l’équipe réserve. « Mais il y a un club en Tchéquie (le MFK Vyskov, en Deuxième Division) qui m’a proposé un contrat professionnel. Je ne le connaissais pas, mais je voulais absolument rejoindre l’Europe» , justifie Minoungou, qui n’y jouera jamais et ralliera directement les États-Unis en prêt.
Une victoire face à Messi et des rêves d’Europe
Au sein de la réserve de Seattle, le Franco-Sénégalais Abdoulaye Cissokho le prend alors immédiatement sous son aile. En plus des fous rires, Cissokho n’oublie pas les prouesses culinaires de Minoungou : « Vraiment, son garba avec l’attiéké (plat typique ivoirien à base de semoule de manioc) est le meilleur! » Le problème à l’oeil du Burkinabé vient bousculer ce cadre heureux. « Il a dû rester à la maison plusieurs mois. Je lui mettais ses gouttes tous les matins, et si on l’a soutenu, encouragé, il ne doit sa réussite qu’à sa foi », assure le défenseur central de 26 ans.
Si son club lui promet un accompagnement total même en cas de reconversion, Minoungou se fixe un ultime défi : « Une semaine pour prouver. » Après l’accord du médecin puis du coach, Brian Schmetzer, l’ailier retrouve les terrains, cinq mois après. « Pendant ces quelques jours, j’ai cartonné » , clame Minoungou. Cissokho en est témoin : « Je le sentais un peu en difficulté, sur la lecture des trajectoires aériennes notamment. Mais il me demandait de continuer à le trouver. Il a fini par vite s’adapter.» Malgré son handicap, un nouveau départ s’opère. « Je venais avant tout le monde tous les jours et je travaillais mon positionnement, l’orientation des épaules, la prise d’informations. Je devais réinventer mon jeu. J’ai fait beaucoup de sessions vidéo pour m’améliorer. Même pendant mes vacances, je ne m’arrêtais pas. Et aujourd’hui, je me considère dix mille fois plus fort qu’avant, jure ce grand fan de Neymar et d’Ousmane Dembélé. Avec un oeil, j’ai disputé des grands matches que je n’aurais jamais pensé jouer avec les deux. En finale de Leagues Cup face à l’Inter Miami (en septembre dernier, 3-0), j’ai gagné contre Lionel Messi, et ça, tout le monde ne peut pas le dire ! Après le match, Sergio Busquets m’a glissé: “Je ne pourrais pas jouer comme tu le fais.”»
Encore cantonnée à un rôle de dynamiteur en sortie de banc par son coach (seulement 23 % des minutes jouées lors de la saison de MLS), la coqueluche des fans de Seattle, qui est « reconnaissant à vie envers son club », rêve de voir plus haut, en Europe par exemple. Son histoire, unique, risque de faire parler. « Mais je n’aimerais pas que les gens pensent qu’on a eu pitié de moi. Au haut niveau, ça n’existe pas, lance Minoungou.
Parler de mon oeil à chaque fois, ça ne me gêne pas. Je veux que les petits voient que peu importe ce qui t’arrive, il ne faut pas abandonner. » La preuve, un choc l’attend aujourd’hui contre l’Algérie.
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