LES ALBUMS PANINI FÊTENT LEURS 50 ANS DE SUCCÈS


« Les gens pensaient que les joueurs s’en fichaient d’avoir leur vignette, mais pas du tout. C’était une petite source de motivation d’y figurer, comme un trophée, toutes proportions gardées »
   - Luc Sonor - Neuf sélections 
     en équipe de France entre 1987 et 1989

18 Dec 2025 - Le Figaro
Gilles Festor avec Baptiste Desprez

Le trésor est entreposé dans un appartement à Colmar et dans deux coffres conditionnés pour affronter l’humidité. Une cinquantaine d’albums complets avec 450 vignettes en moyenne chacun depuis la saison 1976-1977 jusqu’à aujourd’hui. Vingt-quatre mille autocollants répertoriant tous les joueurs du championnat de France de football, club par club, jusqu’à l’été dernier. Ce demi-siècle d’histoire du football fait la fierté de Cédric Dabrowski, un des rares collectionneurs à détenir l’intégralité de la collection qui fête ses 50 ans cette année. « Cela fait beaucoup, un peu trop mais quand on aime, on ne compte pas », sourit l’alsacien qui n’a énuméré qu’une partie de son incroyable butin. Il faudrait ajouter tous les albums complets de la Coupe du monde, des Euros de football, de la Ligue des champions et, hors ballon rond, le Tour de France, le Vendée Globe. Et bien d’autres encore puisque Panini a étendu son empire aux mangas, jeux vidéo, univers Marvel, Disney…De gauche à droite et de haut en bas : des vignettes Panini à l’effigie des footballeurs Karim Benzema, Pelé, Dominique Rocheteau, Bixente Lizarazu, Diego Maradona, Éric Cantona, Didier Deschamps, David Beckham, Kylian Mbappé, Jean-michel Larqué, Zinédine Zidane et Luc Sonor.

Ce quarantenaire est tombé dans la marmite des albums Panini en 1992, à sept ans. Depuis, il n’a quasiment jamais relâché ses efforts, chinant même les vieux albums précédant sa naissance au fil des ans. « On en trouve des complets pour environ 150 euros sur les sites comme Ebay, Leboncoin ou Vinted ou via des groupes Facebook», explique-t-il. Cent cinquante euros, c’est aussi grosso modo la somme qu’il consacre annuellement pour chaque album de saison de Ligue 1 lorsque l’opus est enfin dans les kiosques, en décembre. «J’achète directement pour 100 euros de vignettes puis je complète en commandant celles qui manquent via le site internet de Panini », glisse ce commercial.

Avec cette activité, il s’offre à chaque fois un petit voyage dans le temps. Un retour en enfance, le jour où tout a commencé. « Compléter le premier album en 1992 restera à jamais particulier. J’avais ma petite tirelire mais ça ne suffisait pas. Je devais racketter ma grandmère pour acheter mes paquets. Il n’y avait pas internet, on échangeait à la récré ou achetait à coups de centimes. Désormais, j’imagine que c’est un peu différent, on peut faire ses emplettes en ligne. On a sans doute perdu un peu de magie. » C’était le temps des pochettes à 1 franc avec une dizaine d’images à l’intérieur. Un paquet de cinq vignettes vaut désormais un euro. « On était comme des fous quand on arrivait à les acheter par dix. En rentrant, on ouvrait les pochettes en faisant attention de ne surtout pas les abîmer. On découvrait si la pêche avait été bonne ou si on avait des doublons qu’il faudrait échanger le lendemain à l’école », sourit Cédric.

Comme lui, ils sont des centaines de milliers d’adultes à s’attacher à cette madeleine de Proust. « Je m’y suis remis il y a cinq ans pour mes deux fils. C’était sur un coup de tête parce que je voulais voir s’ils allaient réagir comme moi il y a trente ans en découvrant le premier album», témoigne Nicolas.

« J’ai ouvert la boîte de Pandore, ça pèse un petit budget mais c’est un contact avec la lecture en plus d’être ludique », se réjouit le Chambérien.

« Tout a commencé en 2007 dans une papeterie. J’avais huit ans et je revois le packaging un peu mystérieux qui avait retenu mon attention et que j’ai tout de suite eu envie d’ouvrir», se souvient Maxime Fausto, habitant à Saintmaximin, dans le Var. « J’avais le droit à quinze paquets par mois environ. Je me souviens bien de l’odeur très particulière quand on déchirait le haut de l’emballage. Elle est restée la même, c’est quasiment devenu une addiction », avoue le jeune homme de 26 ans en possession d’une vingtaine d’albums.

L’achat chez le buraliste est un cérémoniel. Le collage, un vrai rituel. À chacun sa méthode. Cédric choisit les soirs de match à la télé, se pose sur la table et classe méthodiquement toutes les vignettes par club et par ordre pour ne pas avoir à faire des allers-retours dans l’album. « Je fais ça aussi le soir avec ma compagne qui m’aide à les coller. Il y a une règle : s’appliquer pour que les stickers calent bien au cadre », détaille Maxime, fan de l’olympique de Marseille. Il se voit bien empiler les albums jusqu’à 60 ans au moins en poussant le vice avec l’achat d’albums vintage d’occasion. « Mes amis me chambrent en me disant : “Mais tu as quel âge pour poser des autocollants ?” Je m’en fiche, ça m’amuse », lâche-t-il.

Une critique qui revient aussi régulièrement aux oreilles de Rodolphe Puaud, qui a carrément consacré une pièce entière à sa passion dévorante. Dans la caverne d’ali Baba de ce paysagiste où sont stockées environ 4 000 vignettes, trône une réplique de la Coupe du monde. Juste à côté, son trésor, une cinquantaine d’albums complets, hommes et femmes compris. « Aujourd’hui, je me limite à 150 euros par mois pour financer ma collection mais je suis allé très loin, trop même. Il m’arrivait de dépenser jusqu’à 500 euros par mois », explique le cinquantenaire installé dans l’eure. Il l’avoue, ce hobby a mis à rude épreuve sa vie de couple dans le passé. Cela n’a pas empêché le désormais célibataire de se diversifier dans l’acquisition des cartes cartonnées et numérotées de joueurs. Contrairement aux vignettes autocollantes classiques, celles-ci ont des côtes variables en fonction de leur tirage plus ou moins limité. Leur valeur peut exploser au fil du temps. « J’en ai une de Kylian Mbappé, unique au monde, qui doit valoir environ 2 500 euros et qui ne m’a rien coûté. Je devrais peut-être penser à prendre une assurance », plaisante-t-il avant de présenter sa centaine de classeurs, chacun est dédié à une star du ballon rond. « J’ai 500 cartes et stickers de Kylian depuis ses débuts à Monaco et elles sont toutes différentes», insiste le collectionneur qui ajoute : « Je n’imagine pas arrêter cette activité. Elle me ramène à mon enfance et au jour où j’ai acheté mon premier album, celui de la Coupe du monde 1982 en Espagne. »

Le phénomène Panini touche aussi les acteurs du ballon rond. Pour les stars des pelouses du championnat de France, avoir son visage dans les albums était déjà une petite reconnaismicile sance. « On n’était pas inondé d’images comme aujourd’hui. Dans les années 1980, si tu suivais le foot, tu lisais

L’équipe, France Football, Onze ou

Mondial, et c’est tout. Et à côté, tu avais Panini», s’enthousiasme Luc Sonor qui a rapidement intégré la collection après avoir rejoint le FC Metz en 1979. « Les gens pensaient que les joueurs s’en fichaient d’avoir leur vignette, mais pas du tout. C’était une petite source de motivation d’y figurer, comme un trophée, toutes proportions gardées, explique l’ancien international (9 sélections). Parce que dans l’album, il n’y avait pas la place de mettre les photos de tout l’effectif d’une équipe. Ceux qui n’y figuraient pas étaient un peu déçus. Et le top du top, c’était de faire la couverture. Je l’ai faite deux fois, dont une avec Jean-pierre Papin. »

Jean-michel Larqué a été le témoin du déferlement de la vague Panini lorsqu’il évoluait à L’AS Saint-étienne. « C’était le début des échanges de vignettes et du marchandage pendant les récréations à l’école. Une idée géniale », se souvient l’ancien milieu de terrain âgé de 78 ans. Mais contrairement à Sonor, il n’a jamais eu l’âme d’un collectionneur. « Il ne me reste rien ou pas grand-chose de ma carrière, pas un short, pas une chaussette et donc pas d’album. Je suis nostalgique d’une époque mais pas comme cela », confie l’exvoix des Bleus à la télé et fidèle compère de Thierry Roland, un fondu des autocollants, lui. « Panini lui envoyait un album complet avec toutes les photos mais il le refusait systématiquement. Il le voulait vide, tout acheter lui-même et passer du temps à les coller», se remémore l’ex-vert qui a surtout le souvenir des séances photos de l’époque alors qu’aujourd’hui, Panini pioche dans la base iconographique de la Ligue de football professionnel. Les poses ont perdu de leur spontanéité. « C’était fait entre la poire et le fromage ! Un photographe débarquait, nous déguisait avec d’affreux tee-shirts et un semblant de logo marqué UNFP (Union nationale des footballeurs professionnels). On faisait ça dans un coin de vestiaire ou dans un couloir, tout ce qu’il y a de plus modeste », se souvient-il.

« J’ai découvert les vignettes en arrivant en 1994 du Brésil, raconte de son côté Sonny Anderson. On nous prévenait pour la séance. Il fallait être coiffé et bien rasé. C’était important d’avoir une bonne tête, d’autant plus que les enfants s’en servaient comme support de dédicaces ». Le Brésilien a conservé à son dolyonnais un ou deux albums dans lequel il figurait. « Quand je les regarde, je me dis : “Oh là là ! On avait une sacrée tête !” Ça a vieilli, mais j’aime car ces albums sont des vrais marqueurs d’époque », glisse l’ex-buteur lyonnais (54 ans). « J’avais tout sauf un look de gentil : la moustache, les cheveux tirés avec les tresses… J’étais même un peu le méchant de service car je traînais la réputation de défenseur rugueux », reconnaît Luc Sonor. «Tout cela coïncidait avec les débuts des partenariats et du sponsoring. En tant que joueur, je suivais ça de très loin et je n’ai pas le souvenir d’avoir été très véhément dans les discussions de rétribution. Mais je crois savoir que d’autres ont discuté à notre place… », éclaire Jean-michel Larqué.

Les histoires de gros sous ont effectivement secoué le petit monde de la vignette en 2021 lorsque une quinzaine de joueurs, dont le retraité Jérôme Rothen, ont déposé plainte contre la marque. Les 200 ou 300 euros de rétribution annuelle pour chaque professionnel prêtant son image ne suffisaient pas. Pire, les footballeurs estimaient cette exploitation comme illégale alors qu’elle avait bien été cédée par L’UNFP en 1996. Le bras de fer devant le tribunal avait tourné en faveur de quatre des plaignants, les autres ayant été déboutés. Mais Vincent Bessat, Jérémy Pied, Jérémy Doku et Bruno Ecuele Manga n’avaient perçu qu’un modeste dédommagement (entre 1 000 et 2 000 euros). On était loin des 500 000 euros réclamés au départ.

Le modèle économique n’a pas été ébranlé et Panini, présent dans 120 pays dans le monde, continue d’étendre son empire. La croissance de l’entreprise est tirée par une diversification des thématiques (Vendée Globe, Tour de France, Jeux olympiques…) et surtout par les fameuses cartes à collectionner. L’une d’entre elles à l’effigie de Lionel Messi s’est négociée à la revente à 1,5 million de dollars aux États-unis. Un record. La France constitue toujours un des plus gros marchés européens avec l’italie et l’espagne, et l’année à venir devrait être un bon cru grâce au futur opus de la Coupe du monde 2026, immense succès quadriennal. Pour la Ligue 1, les prédictions sont plus floues même si l’album saisonnier campe systématiquement sur le podium des ventes parmi les 40 collections proposées. «Cela varie d’une année sur l’autre, en fonction de nombreux critères, mais c’est évident que la visibilité du championnat et sa diffusion à la télévision ont un impact. Or ce fut un peu le yo-yo ces dernières années dans ce domaine», explique Isabelle Fillon, responsable marketing France de la marque, convaincue que le support papier a encore de l’avenir, même si les collections exclusivement digitales se développent. « Il y a toujours ce plaisir personnel à élaborer sa collection tout en la manipulant, mais ce qui fait que le concept perdure, c’est qu’on entretient la possibilité de discuter, d’échanger entre les collectionneurs. Les années passent et la magie opère toujours à partir de l’autocollant. » Un simple petit bout de papier qui reste à la mode à l’ère du tout-numérique. ■

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