Neil Warnock - Fighting spirit, pêche et tradition


Neil Warnock, le 26 avril 2004, alors qu’il entraînait Sheffield United.

Aucun entraîneur n’a dirigé autant de matches chez les professionnels au Royaume-Uni que Neil Warnock, dont les opinions et les méthodes s’opposent à toute forme de modernité.

«Évidemment, on me caricature comme un dinosaure. 
Mais tu ne diriges pas autant de matches sans savoir ce que tu fais. 
Je sais reconnaître avec quels joueurs je peux aller dans une tranchée»
   - NEIL WARNOCK, EN 2019

«Lui, ce qui l’intéressait, 
c’était de faire un discours de fou le jour du match pour nous motiver, 
sachant que de toute façon on jouait toujours de la même manière»
   - NEIL WARNOCK ARMAND TRAORÉ, QUI A EU POUR COACH À QPR ET CARDIFF

27 Dec 2025 - L'Équipe
PIERRE-ÉTIENNE MINONZIO

Neil Warnock vit comme retiré du monde, dans sa vaste propriété de Stoke Climsland, au coeur des Cornouailles, cette péninsule verdoyante située dans le sudouest de l’Angleterre. Lorsqu’il reçoit de la visite, le manager anglais de 77 ans n’aime rien tant que montrer son tracteur Massey Ferguson datant de 1958 (qu’il surnomme Gladys), le lac où il a récemment pêché une carpe de 10 kg et la maison qu’il avait fait rénover gratuitement, grâce à un arrangement dont il a le secret.

L’anecdote avait été révélée en 2023 dans le podcast I Had Trials Once par l’un de ses anciens joueurs, Paddy Kenny : « Neil adorait nous faire jouer des matches de préparation en Cornouailles. Un jour, avant l’une de ces rencontres, il a ramené dans le vestiaire un jeune de 14 ans et il nous a prévenus que le gamin allait disputer les vingt dernières minutes de la rencontre. On a appris plus tard que son père avait redécoré la maison de Neil et qu’en guise de paiement ce dernier avait promis vingt minutes de jeu à son fils. »

Dans son récit, Kenny n’a pas précisé où il évoluait à l’époque des faits mais, à sa décharge, cet ex-gardien de but a joué dans cinq clubs différents sous les ordres de Warnock, dont la carrière se révèle par ailleurs particulièrement touffue.

Après avoir été un honnête ailier frayant dans les divisions inférieures, « Colin », tel qu’il est surnommé dans le milieu du foot outre-Manche (pour une raison qu’on explicitera plus tard), a basculé dans le management en 1981 à Gainsborough Trinity, une formation de 6e niveau. Ensuite, jusqu’à son éviction d’Aberdeen en mars 2024 (un mois seulement après sa nomination), il a fréquenté 17 clubs différents, dont trois à deux reprises (Huddersfield Town, Crystal Palace et Queens Park Rangers), pour un total de 1 626 matches dirigés en professionnel, ce qui constitue un record absolu outre-Manche, tout comme le nombre de promotions qu’il a décrochées (8), dont la moitié de la Deuxième vers la Première Division.

Ce palmarès pourrait encore s’étoffer, car Warnock, qui avait annoncé plusieurs fois sa retraite, laisse aujourd’hui entendre qu’il reste disponible pour rendre service sur un banc. En partie sous la pression de sa femme, Sharon, qui ne supporte pas de le voir tourner en rond dans leur résidence de Stoke Climsland.

Et, preuve que ses méthodes fonctionnent encore, il est parvenu en 2023 à sauver de la relégation Huddersfield, qui pointait à la dernière place du Championship, au moment de sa nomination, au mois de mars. Le secret de sa longévité ? Un refus absolu de la modernité, qui s’exprime aussi bien à travers ses opinions politiques (il vote conservateur et avait déclaré en 2019 à propos du Brexit « Au diable le reste du monde ! » ) que dans son management. « Évidemment, on me caricature comme un dinosaure, reconnaissait-il en septembre au Telegraph. Mais tu ne diriges pas autant de matches sans savoir ce que tu fais. Je sais reconnaître avec quels joueurs je peux aller dans une tranchée. Et je m’appuie sur leurs forces et non sur leurs faiblesses. »

Des retentissantes causeries d'avant-match…

L’ancien milieu Loïc Damour, aujourd’hui consultant dans la société de coaching M & C Associés, qui l’a connu à Cardiff (20172019), décrypte l’approche de Warnock en des termes moins guerriers : « Neil met l’humain au centre de son projet, sans faire de différences entre les titulaires et les remplaçants, et en faisant en sorte que toutes les composantes du club se sentent concernées par son projet, depuis les personnes qui font le ménage jusqu’au cuisinier, en passant par les femmes des joueurs. »

Pour étayer ses propos, il transmet son téléphone à sa compagne, Émilie, qui nous confie : « Dans le monde du foot, on est souvent reléguée au statut de “femme de”. Alors que Neil, lui, était toujours très sympathique à notre égard. Je n’ai jamais été aussi bien considérée qu’à Cardiff. » C’est ainsi que « Colin » tire le meilleur de ses joueurs en les plaçant dans un environnement bienveillant, dont il les extrait brutalement, lors de ses causeries d’avant-match.

… et des débriefings musclés

Décryptage du buteur Christian Nadé, qui l’a croisé à Sheffield United (2006-2007) : « Au début, je ne parlais pas très bien anglais et, même si je ne comprenais pas tout ce que Neil disait, j’étais porté par la puissance de son discours. En gros, à chaque fois, c’était : « Les gars, enfilez vos chaussures, votre short, mettez votre maillot dans le short et rentrez-leur dedans » (il s’esclaffe). Je me souviens d’un match à Reading où j’étais remplaçant, durant lequel je m’étais levé d’un coup du banc pour aider Neil parce qu’il s’était embrouillé avec l’entraîneur adverse… J’étais prêt à me battre pour lui ».

De même, certains débriefings musclés de Warnock après des défaites sont passés à la postérité. Notamment ceux entamés alors qu’il se déshabillait dans le vestiaire tout en hurlant contre ses joueurs, qui ne savaient pas s’ils devaient le fixer ou détourner le regard pendant que progressait l’effeuillage, qui se concluait généralement par un vibrant « I go first ! » « J’y vais en premier »). Il s’en allait ensuite nu, une serviette à la main, le port altier, en direction des douches, dans un silence imposant.

Le milieu défensif Alassane N’Diaye, qui a été dirigé par « Colin » à Crystal Palace (2009-2010), se souvient, lui, d’avoir été ciblé par sa foudre lors d’un entraînement : « J’avais 18 ans, j’évoluais avec la réserve et, un matin, lors d’une opposition avec l’équipe première, j’inscris un but en chipant un ballon entre leur gardien, Julian Speroni, et leur défenseur, José Fonte, qui se rentrent dedans sur l’action et se font très mal. Neil renvoie tout le monde aux vestiaires et je me prends une sauce terrible… Il insulte ma famille, mon pays, mon physique. Je me dis alors que c’est fini pour moi dans ce club. Puis, le midi, alors que je déjeune seul à la cafet’, Neil vient s’asseoir à côté de moi. Là, il me dit de ne pas prendre au premier degré les mots qu’il avait prononcés et il ajoute qu’il adore les joueurs comme moi, qui se battent comme des chiens. À partir de là, j’ai commencé à m’entraîner avec l’équipe première. C’est un moment de bascule dans ma carrière… Je lui dois beaucoup ».

Des lacunes tactiques assumées

Cette dernière assertion a souvent été prononcée par les joueurs que nous avons sollicités. Dans un même élan, tous célèbrent les talents d’orateur de Warnock et soulignent ses lacunes en tant que tacticien. « Sa vision du foot, c’était : on joue en 4-4-2, on balance devant, on se bat pour avoir les deuxièmes ballons et au final l’équipe qui court le plus va gagner, détaille l’ex-attaquant Patrick Suffo, qui l’avait rejoint à Sheffield United en 2000. Pour moi, qui venais de Nantes, où j’étais entraîné par Raynald Denoueix, la transition était un peu brutale, disons (il rigole). »

Old-school en diable, Warnock ne s’est ainsi jamais intéressé aux innovations tactiques ou à l’apport grandissant des données, lui qui a déclaré en août dans The Guardian : « Si on ne s’intéressait qu’à la data, (Franz) Beckenbauer ne serait jamais sorti du lot, il serait resté un footballeur du dimanche. » Le genre de formule définitive qui rend le personnage foncièrement sympathique, tout en illustrant ses limites, à en croire Damour : « En Premier League, c’était plus dur pour lui de performer car ce Championnat exige des entraîneurs d’autres outils, d’autres tactiques que le fighting spirit. » Revient alors en mémoire la formule similaire utilisée dans des communiqués de presse par QPR (en 2012) et Cardiff (en 2019) au moment de justifier son renvoi : « Merci Neil, tu nous as amenés aussi loin que tu le pouvais. »

Il lui est également reproché de ne pas forcément superviser son équipe au quotidien. « Parfois, Neil n’était pas là pendant les entraînements en semaine, on apprenait qu’il était allé pêcher dans les Cornouailles, se remémore le latéral Armand Traoré, qui a été coaché par Warnock à QPR (20112012) et à Cardiff (2018). Il y avait des réunions vidéo organisées par l’un de ses adjoints où il ne venait même pas. Lui, ce qui l’intéressait, c’était de faire un discours de fou le jour du match pour nous motiver, sachant que de toute façon on jouait toujours de la même manière. »

Une anagramme qui « rend hommage » à sa fainéantise

Ce relatif détachement lui a valu ce fameux surnom de « Colin », issu de l’expression « Colin Wanker », l’anagramme de Neil Warnock, qu’on pourrait traduire pudiquement par « Colin le fainéant ». Un sobriquet qu’il a longtemps détesté avant de finalement l’adopter, au point de décrire en ces termes, en 2018 au Daily Mail, l’hommage qu’il rêve que les supporters de ses anciens clubs lui adressent après son décès : « Je ne veux pas de minute de silence. Je voudrais qu’ils chantent en boucle “Neil Warnock is a wanker“pendant une minute. Ce serait l’idéal. »

On l’imagine aisément dans sa résidence de Stoke Climsland, confortablement assis, un verre à la main, pendant que la cheminée crépite, repensant à ce bon mot, et à tant d’autres, le sourire aux lèvres. Tout en gardant un oeil sur le téléphone, si jamais un nouveau club en détresse songeait à le tirer de sa semi-retraite.

***

Emiliano Sala, « c’était mon joueur »

Neil Warnock était l’entraîneur de Cardiff le 21 janvier 2019, quand Emiliano Sala a péri dans un accident aérien alors qu’il s’apprêtait à rejoindre le club gallois. Lors des obsèques de l’attaquant argentin, à Progreso, le 16 février, auxquelles il s’était rendu, le coach avait déclaré : « C’était mon joueur, je l’avais fait signer. Nous avons eu deux ou trois conversations, et il m’avait dit qu’il marquerait les buts qui nous maintiendraient en Premier League. Je lui avais dit que je savais qu’il le ferait. » Quelques jours plus tôt, après le succès contre Bournemouth (2-0), le 2 février, Warnock avait déjà dit : « Emiliano Sala aurait été vraiment fier de nous ce soir. Emiliano était un gars superbe. Je l’ai rencontré il y a deux mois et cela m’a touché d’être parmi les supporters, c’était un moment émouvant. Le public était extraordinaire. C’était important pour le club de gagner aujourd’hui. »

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