Jean-Louis Gasset (1953-2025) - UNE VIE AU SERVICE DU FOOTBALL


UN FEU, BEAUCOUP, PASSIONNÉMENT

Joueur puis entraîneur aux multiples succès, Jean-Louis Gasset est décédé hier à l’âge de 72 ans. 

“Il mettait une composante humaine dans cette industrie si difficile, 
c’est tellement rare. (…) 
Après chaque victoire, il venait me voir et me disait: 
« Vous êtes content, président ? » 
Et on se faisait un câlin’
   - PABLO LONGORIA, PRÉSIDENT DE L’OM

27 Dec 2025 - L'Équipe
BERNARD LIONS

Passionné et généreux, il a été une figure marquante du football français. Sa voix rocailleuse se voulait aussi enjouée que pressée le 9décembre dernier. Jean-Louis Gasset recevait chez lui, pour fêter ses 72 printemps, entouré notamment de ses amis de La Paillade de Montpellier, fondé par son père Bernard et Louis Nicollin. Son club de coeur et de toujours (voir page 4). Mais hors de question pour cet homme de principe de ne pas répondre aux incessants appels téléphoniques pour lui souhaiter son anniversaire. Et de raccrocher trop vite. « Fils, on sonne à la maison. Je te rappelle. » Il posait le téléphone, allait ouvrir la porte, tapait la bise et rappelait, heureux de se faire chambrer sur sa énième retraite annoncée et guère respectée.

C’était plus fort que lui. Jean-Louis Gasset aimait tellement le football qu’il ne pouvait pas en rester éloigné très longtemps. Après des dernières piges à Marseille (2024) et Montpellier (2024-2025), il se contentait d’assouvir sa passion comme observateur avisé sur les antennes de la chaîne Ligue 1+, cette saison. Préférant vivre le football, il ne s’agissait pas de son exercice préféré. Mais il avait fini par apprivoiser les médias à partir de 2017 quand, venu à l’AS Saint-Étienne jouer «les pompiers de service» , comme il se plaisait à se définir lui-même, il avait réussi, enfin et à plein, comme numéro1. À 64ans, chez des Verts qui auront bercé sa jeunesse de rugueux milieu de terrain du Montpellier-Hérault. C’est là, au coeur des années 80 et au crépuscule de sa carrière de joueur, que

Gasset s’était mis une première fois au service de Laurent Blanc. Homme de devoir, capable de sentir le football comme très peu, il avait reniflé à plein nez les qualités innées chez ce gamin longiligne venu des Cévennes. Il avait dès lors décidé de protéger son éclosion. Tous derrière, tous derrière, sur ordre et à côté de Jean-Louis, et le numéro10 de talent devant. C’était désormais ainsi et cela le restera longtemps.

Quand Gasset ordonne à Souleymane Diawara de retourner faire la fête

Chacun à sa place, mais pas pour tout de suite. Le «Président» avait une carrière de nomade à réussir et un titre de champion du monde à conquérir; son «Lieutenant», une reconversion hexagonale à acquérir et un métier d’entraîneur à mûrir. Il a débuté sa nouvelle vie dans le football chez lui, à Montpellier, dans la décennie des années 90. Et contrairement à une idée reçue, Gasset n’a pas ensuite acquis ses lettres de noblesse comme numéro1 des seconds avec Laurent Blanc, mais avec Luis Fernandez. Il est «monté» une première fois à la capitale découvrir le grand monde, grâce à son ami Pierre Alonzo, père de Jérôme, consultant pour la chaîne L’Équipe, auquel il a succédé comme numéro2 au Paris-SG, en 2001.

Cette association de feu entre l’exubérant gamin des Minguettes et le héraut de l’Hérault a vécu trois ans et une dernière pige à l’Espanyol Barcelone, en 2003-2004. Son tandem avec Xavier Gravelaine ne survivra en revanche guère à la relégation d’Is tres en L2. Nommé le 17janvier 2005 à la tête du promu provençal en remplacement de Mecha Bazdarevic, le duo effectue l’ascenseur avant de se disloquer le 6décembre de l’année suivante.

Mis en échec en plein hiver, Gasset retrouve son printemps au coeur de l’été 2007, quand Blanc se souvient de ses jeunes années avec son aîné et lui propose de le seconder pour ses débuts comme entraîneur des Girondins de Bordeaux.

L’un des plus brillants et performants duos d’entraîneur est né. À Blanc, la gestion du match ; à Gasset, tout le reste. Sa méthodologie et sa gestion humaine détonnent dans le cadre feutré du Haillan. La précision de ses séances, son sens aigu de la tactique et leur animation vocale étonnent tout autant qu’elles attirent l’adhésion des joueurs et des habitués des entraînements des Girondins. Benoît Trémoulinas s’apprête à centrer avec son pied gauche soyeux? L’entraîneur à la casquette éructe à l’attention des attaquants, Fernando Cavenaghi et Marouane Chamakh : « Attention, fils, Patator va envoyer une Galetor!»

Le défenseur Souleymane Diawara a perdu de son tranchant en limitant ses virées nocturnes ? Gasset lui ordonne de sortir de nouveau faire la fête. Et «Souley» redevient «Souley». Les Girondins ne marquent pas assez sur coups de pied arrêtés? Il organise des séances avec six joueurs dans la surface de réparation, à une époque où les équipes en plaçaient encore seulement cinq. Trois «voltigeurs» surgissent devant la ligne et trois «planches» se positionnent légèrement en retrait sur les frappes des deux «pieds», Yohan Gourcuff et le Brésilien Wendel.

Et ça marche. Bordeaux enchaîne les victoires et les titres. Jusqu’à ce que le départ de Laurent Blanc, à l’été 2010, pour le poste de sélectionneur de l’équipe de France fuite très, trop tôt, dans les médias. L’aventure bordelaise s’étant soldée par un deuxième titre de champion de France d’affilée manqué, cela n’arrangera pas la méfiance naturelle de Gasset envers les médias.

L’art du rebond et des coups de coeur permanents

A contrario, cela a renforcé sa conviction de devoir protéger encore et toujours le «Patron». En équipe de France, comme lors de son second passage au PSG. Malgré la barrière de la langue – quoique, avec son phrasé imagé, même les Français avaient parfois du mal à le comprendre –, son érudition en matière de football a arraché le respect des stars parisiennes. À commencer par celui du très exigeant Zlatan Ibrahimovic, séduit par la gouaille de ce personnage à la Pagnol et sa sincérité à préférer le « jeu » au « je ». Et pas seulement le Suédois. Homme de l’ombre, Gasset se montrait attentionné avec toutes les petites mains d’un club. Qui lui rendaient cette affection. Malheur à celui qui osait dire qu’il était le véritable entraîneur des années de gloire Blanc-Gasset. Ce dernier forçait sa nature en effectuant une sortie publique pour défendre le «Patron».

Laurent Blanc ne l’a plus été, à partir de l’été 2017. Meurtri par le décès de son épouse Andrée, Gasset a accepté de revenir, seul, au chevet de Montpellier. « Pour m’occuper l’esprit, expliquait-il alors. Quand Louis Nicollin m’a appelé pour sauver son club et mon club, je n’étais pas très fringant, mais entraîner à nouveau, c’était une sorte de thérapie. » La mission accomplie, il se dit usé, sur le point de partir à la retraite. Éric

Blondel, autre membre du staff de Luis Fernandez au PSG, souffle son nom au creux de l’oreille de Bernard Caïazzo, coprésident de l’AS Saint-Étienne. Ce club sonne en lui comme une madeleine de Proust et lui offre une seconde jeunesse. Les Verts lui permettent également de se débarrasser définitivement de son étiquette de numéro2.

Épaulé dans la coulisse par David Wantier au recrutement et Franckie Tourdre à la communication, et par son ami Ghislain Printant au bord du terrain, il donne la pleine mesure de son talent. Désormais à l’aise devant les médias, passé maître dans l’art de convaincre les joueurs de venir et de se battre pour lui (Mathieu Debuchy, Yann M’Vila…), il conduit les Verts au pied du podium, en 2018-2019. Une fois encore, son management basé sur l’humain détonne à l’aube de l’avènement du règne des datas. Fort d’une relation père-fils avec ses joueurs, il autorise M’Vila à jongler avec les entraînements, à condition qu’il se montre performant le jour du match. « Je donne juste un bonbon pour qu’il me régale» , résumait-il.

Confronté au manque d’ambition de ses dirigeants et, surtout, à leur manque de moyens financiers, il s’en est allé, lassé et soucieux de se rapprocher de sa mère. Mais avec Gasset, c’était la théorie du rebond et des coups de coeur permanents. À Bordeaux de nouveau, à Marseille, et à Montpellier. Son dernier défi le laissera meurtri. Par fidélité à la famille Nicollin, il a accepté, en octobre 2024, de boucler la boucle à Montpellier, là où tout avait commencé pour lui. Après avoir suivi les matches en tribune, Gasset savait qu’il se lançait dans une mission impossible. Voire dans une opération suicide. Il a encaissé l’échec sans broncher, préférant être l’homme qui n’a pas pu empêcher La Paillade de couler, plutôt que d’être celui qui aura assisté à sa noyade sans rien faire.

Diriger une sélection, son ultime obsession

Fidèle à ses valeurs, il a tenu la conduite inverse lorsqu’il s’est retrouvé sélectionneur de la Côte d’Ivoire, en mai 2022. Diriger une sélection représentait l’un de ses derniers rêves d’entraîneur. Son ultime obsession. Après son second départ de Bordeaux, en 2021, il buvait tous les matins son café en collant des magnets des joueurs des sélections africaines sur le frigo de sa cuisine. Il réfléchissait aux joueurs à convaincre et aux tactiques à employer. Huit mois après avoir été nommé, il a pourtant de luimême quitté son poste à la tête des Éléphants, alors que la sélection est passée tout près de l’élimination à domicile au troisième match de la CAN 2023. Son instinct lui a dicté de se retirer. Une fois de plus, Gasset a vu juste. Les Ivoiriens ont remporté le titre sans lui et aussi un peu pour lui.

Après avoir fêté Noël avec sa famille, à qui il consacrait désormais l’essentiel de son temps, de battre son grand coeur s’est arrêté dans son sommeil. Jean-Louis Gasset est parti comme il a vécu. Sans bruit, et sans trop attirer la lumière sur lui. Le voilà à la table des grands serviteurs du football français, à festoyer avec son père et Louis Nicollin. Coquin de destin.

***

EN BREF

MORT À 72 ANS Entraîneur

Parcours de joueur : 
Béziers (1974-1975), Montpellier (1975-1985).

Parcours d’entraîneur : 
Montpellier (adjoint, 1991-1998), Montpellier (1998-1999), Caen (2000-2001), Paris-SG (adjoint, 2001-2003), Espanyol Barcelone (adjoint, ESP, 2003-2004), Istres (20052006), Bordeaux (adjoint, 2007-2010), France (adjoint, 2010-2012), Paris-SG (adjoint, 2013-2016), Montpellier (2017), Saint-Étienne (2017-2019), Bordeaux (2020-2021), Côte d'Ivoire (2022-2024), Marseille (2024), Montpellier (2024-2025).

Palmarès (*) : 
Trophée des champions (2008, 2009, 2014, 2015 et 2016), Coupe de la Ligue (2009, 2014, 2015 et 2016), Championnat de France (2009, 2014, 2015 et 2016), Coupe de France (2015 et 2016).

(*) Tous ces titres ont été remportés dans le rôle d’entraîneur adjoint.

***


Un adjoint en or

Préférant l’ombre à la lumière, Jean-Louis Gasset aura connu ses plus beaux succès sur le banc comme numéro 2 de Laurent Blanc à Bordeaux, en équipe de France et au Paris-SG.

“Le cerveau, c’est Lolo ! Moi, je suis plutôt les jambes"
   - JEAN-LOUIS GASSET

27 Dec 2025 - L'Équipe
JOSÉ BARROSO

Il faut croire qu’il était davantage fait pour le compagnonnage que pour l’exercice solitaire du pouvoir. Dans sa longue seconde vie de technicien, Jean-Louis Gasset a connu ses plus beaux succès en tant qu’adjoint de Laurent Blanc. Bordeaux (2007-2010), équipe de France (2010-2012), Paris-SG (2013-2016) : plus de 350 matches côte à côte, quelques bas mais surtout beaucoup de hauts pour ce duo éclos comme une évidence. Les deux hommes font connaissance au début des années 1980 sous le maillot de la Paillade, alors en D2. Blanc débute sa carrière, Gasset, douze ans de plus, finit la sienne.

Entre le Cévenol et l’Héraultais, le courant passe immédiatement. Ils n’ont pas le même caractère, le premier pouvait être aussi taciturne que le second était éruptif, mais ils voient les choses de la même façon. «Trouver quelqu’un avec qui vous partagez la même philosophie de jeu, c’est possible. Mais trouver quelqu’un avec qui vous partagez la même philosophie de jeu et les mêmes valeurs humaines, c’est autre chose» , résumera Blanc.

Traduction : entre eux, il n’y a jamais eu aucune concurrence ni ambiguïté, la répartition des rôles s’est faite naturellement. Quand l’ancien joueur du Barça et de Naples réfléchit à lancer sa carrière d’entraîneur, au milieu des années 2000, il pense aussitôt à son ancien coéquipier pour l’épauler. Gasset racontera avoir accepté la proposition avant même de connaître le nom du club.

Ce sera donc d’abord Bordeaux, pour une aventure qui enchante la France du foot, avec à la clé un titre de champion de France (2009) et un quart de finale de Ligue des champions (2010). Avec les Bleus, le duo, choisi pour faire oublier le scandale de Knysna, ne connaîtra pas la même réussite, mais il va replonger à Paris en 2013 où il a laissé là aussi une trace séduisante, au-delà des 11 trophées et des saisons à enchaîner les records.

Entre les deux hommes, la complémentarité était totale. Blanc définissait la tactique et le projet de jeu, choisissait les joueurs. Gasset dirigeait les entraînements, supervisait les adversaires, préparait les briefings vidéo. Au quotidien, il était au plus près des joueurs, s’évertuait à nouer une complicité qu’il jugeait essentielle pour faire passer ses messages. Avec sa parole franche et directe, il discutait de la famille ou dissertait sur la vie, sans que cela ne paraisse surjoué ou artificiel. Son accent rocailleux et son langage fleuri ont laissé des souvenirs dans le vestiaire du Camp des Loges où il faisait marrer certaines stars internationales à son époque parisienne.

Longtemps, entre l’omniprésence de «Jean-Louis» et la distance mise de son côté par Blanc avec ses effectifs, la légende a raconté que le « vrai » entraîneur était Gasset. Que le champion du monde 1998 n’aurait rien fait de grand sans son Sancho Pança, qui passait ses journées à penser ballon. Quand on lui disait qu’il était le cerveau du binôme, ce dernier corrigeait : « Le cerveau, c’est Lolo ! Moi, je suis plutôt les jambes. Celui qui réfléchit, c’est lui. Celui qui fait courir les joueurs, c’est moi. (…) J’exécute ce qu’il ressent. Je mets noir sur blanc ce qu’il veut et je le traduis sur le terrain.»

Une estime réciproque

Ancien milieu récupérateur à l’ancienne, du genre à aller au charbon et à faire briller les autres, le Montpelliérain s’est toujours considéré comme un laborieux. « Normalement, c’est l’expérimenté qui prend du recul et le jeune qui fait le boulot, s’amu

sait-il. Nous, c’est l’inverse. Il me pompe. Comme quand on jouait ensemble : je taclais et je lui donnais le ballon! C’était lui l’artiste et moi le maçon. » Sans en faire un complexe, il s’est construit son bagage de coach. Des jours et des nuits à disséquer, apprendre le jeu à la télé ou sur VHS, bien avant l’ère du numérique. Mais il a toujours regardé son numéro 1 avec admiration et une certaine déférence. «C’est Lolo qui sait, qui a côtoyé le haut niveau, pas moi, plaidait-il sans fausse modestie. Il a le feeling car il faisait partie des joueurs qui faisaient la “diff” sur un terrain : ça, c’est irremplaçable. Il donne la tendance du jeu. Sans ça, je ne suis rien.»

L’estime était réciproque. Élu meilleur entraîneur de l’année en 2009, Blanc dédiera son trophée à «Louis», comme il l’appelait affectueusement. De son loyal numéro 2, il dira même, résumant tout ce qu’il lui devait : « Ce n’est pas mon adjoint, c’est mon entraîneur.»

***


Laurent Nicollin, Michel Mézy et Jean-Louis Gasset 
sur le banc de Montpellier en 1999.

Un destin pailladin

27 Dec 2025 - L'Équipe
BAPTISTE CHAUMIER

Joueur, éducateur, entraîneur : Jean-Louis Gasset a tout connu à Montpellier, où il a laissé une trace indélébile et où il a vécu sa dernière expérience sur un banc de touche, la saison passée.

Le domaine de Grammont était encore désert et silencieux, hier matin, quand la triste nouvelle s’est propagée comme un courant d’air glacial sur les téléphones des salariés, avertis avant que le club ne communique officiellement et tous abasourdis de cette disparition soudaine. JeanLouis Gasset s’est éteint dans son sommeil quelques jours seulement après son 72e anniversaire, dans la nuit de jeudi à vendredi.

C’est un membre de la famille montpelliéraine qui a disparu, et l’expression n’est vraiment pas galvaudée le concernant. Natif de la ville, Gasset a d’abord été un enfant de La Paillade, ce club créé par Louis Nicollin et son père, Bernard, en 1974. Il a assisté à la naissance d’une nouvelle entité, où il a vécu la quasitotalité de sa carrière de joueur, comme une évidence.

Après des débuts chez le voisin, Béziers, le milieu de terrain a donc rejoint le club héraultais pour une décennie, où il a connu les premiers matches, les premières montées, des rencontres anonymes en Division d’Honneur jusqu’à l’accession en Division 1 en 1981. Puisqu’il était chez lui ici, il a décidé d’y rester tout naturellement après avoir raccroché les crampons, en se reconvertissant comme éducateur puis entraîneur.

Passionné de terrain, meneur d’hommes formidable, avec son sens de la formule imagée, il a été un adjoint fidèle pour commencer au MHSC, et il a conservé ce rôle pendant de nombreuses années, notamment aux côtés de Laurent Blanc, enfant de La Paillade comme lui, de douze ans son benjamin (lire ci-contre). C’est ensuite que le coach à la casquette a vraiment commencé sa deuxième carrière, dans le costume de numéro1, même s’il l’avait déjà revêtu une première fois, à Montpellier forcément, pendant la majeure partie de la saison 1998-1999.

Son fils, le 3e du nom, encore dans le staff

C’est encore au club héraultais qu’il est donc revenu, en 2017, dans le rôle du pompier de service, sauvant le club d’une relégation qui semblait alors inéluctable. Il n’a jamais pu résister aux signaux de détresse de son «club de coeur» , comme il l’appelait souvent, sans jamais s’offusquer d’être perçu de manière t rop réductrice co mme u n entraîneur de mission commando. Et, après un intérim surprise sur le banc de touche de l’OM, entre février et mai 2024, qui devait marquer son départ àlaretraite–ille disait lui-même –, il a même effectué un ultime come-back, à l’automne de la même année, pour tenter de sauver une nouvelle fois son MHSC d’une descente qui aurait pu être dévastatrice.

Il a découvert une situation encore plus inquiétante qu’imaginée, il s’est parfois épuisé face à un vestiaire déconnecté de la réalité, avant de préférer céder sa place à Zoumana Camara, qu’il avait presque coopté auprès de Laurent Nicollin, son président. Cette fin amère avait laissé quelques traces, qui se sont dissipées avec le temps parce que rien n’était plus important pour Gasset que son club, sa famille.

Il y a dix jours à peine, il avait d’ailleurs retrouvé avec plaisir certains membres de cette famille, comme Laurent Blanc ou Ghislain Printant, à l’occasion du jubilé du tennisman Richard Gasquet, organisé à Béziers, là où tout avait commencé pour lui. Il suivait aussi toujours de très près l’actualité du MHSC, où son fils, Robin, est entraîneur adjoint dans le staff de Camara. Comme un trait d’union entre les générations. Parce que l’histoire de Montpellier est intimement liée à celle de la famille Gasset.

***


Jean-Louis Gasset enlace Yohan Cabaye sous les yeux d’Adil Rami (en vert) et de Laurent Blanc lors d’un rassemblement des Bleus en 2010.

Cabaye : « C’était un amoureux des joueurs et un amoureux du jeu »

27 Dec 2025 - L'Équipe
D. D.

L’ancien milieu de terrain Yohan Cabaye a tenu à évoquer le personnage Jean-Louis Gasset. Les deux hommes se sont côtoyés au Paris-SG et en équipe de France. « Quels souvenirs gardez-vous de Jean-Louis Gasset, que vous avez connu en équipe de France puis au Paris-SG ?

Pour moi, c’est d’abord le souvenir de causeries fantastiques. Il trouvait toujours les mots justes, les expressions qu’il fallait pour te transformer, avec son charisme et sa façon de te parler. Je ne pense pas trouver un joueur qui ne se souvient pas de ses causeries. Jean-Louis était le binôme parfait de Laurent Blanc.

Il était le même en sélection et en club ?

Oui. C’était un meneur d’hommes d’une humilité extrême. Jean-Louis était un homme avec un coeur gigantesque. Il faisait toujours en sorte que les joueurs soient placés dans les meilleures dispositions même s’il pouvait aussi être dur quand il le fallait. Mais c’était un amoureux des joueurs et un amoureux du jeu.

Il a su s’adapter aux nouvelles générations aussi ?

Oui, tout à fait. Ils les comprenaient. C’était un homme très intelligent, un entraîneur vraiment spécial. Le foot français a perdu un très grand homme. »

***

Hommages

« Enfant du club, il a marqué tous ceux qui l’ont croisé par son professionnalisme, sa gentillesse et sa soif de transmission. Le club montpelliérain a perdu l’une de ses figures emblématiques »
   - COMMUNIQUÉ DU MONTPELLIER HSC

« Quand Pierre Alonzo, mon adjoint, avait souhaité prendre du recul, Louis Nicollin m’avait recommandé Jean-Louis. Il m’avait donc rejoint dans mon staff et on a fait du bon boulot ensemble (2001-2004), que ce soit au PSG ou à l’Espanyol. Il m’a apporté son expérience. Son meilleur rôle était comme adjoint où il ne pouvait que te faire progresser et t’aider. Jean-Louis était quelqu’un d’apprécié, il avait toujours le sourire, une faconde avec son accent du Sud. Il avait un sens humain extraordinaire »
   - LUIS FERNANDEZ, ANCIEN ENTRAÎNEUR DU PARIS-SG

« C’était un être humain formidable, un grand humaniste, d’une grande morale professionnelle avec un très grand coeur. Le monde du foot perd un homme exceptionnel qui aura contribué à accompagner plusieurs générations de joueurs depuis plus de trente ans »
   - YACINE IDRISS DIALLO
     PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION IVOIRIENNE

***


Coeur d’Ivoire

Jean-Louis Gasset a laissé une magnifique trace dans la sélection ivoirienne, terriblement touchée, hier, par son décès. Sa mémoire va accompagner l’équipe au Maroc.

“C’était quelqu’un de bienveillant, 
qui cherchait toujours à apaiser les relations" 
   - ÉMERSE FAÉ, SÉLECTIONNEUR 
     DE LA CÔTE D’IVOIRE

27 Dec 2025 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL HERVÉ PENOT

RABAT – Comment oublier l’un de ses premiers stages à la tête des Éléphants ? En ce jour pluvieux de septembre 2022, Jean-Louis Gasset débute son rassemblement dans un hôtel proche de Roissy - Charles-de-Gaulle, une de ces bâtisses froides et sans charme. Pendant une bonne heure, nous avions évoqué la Côte d’Ivoire, le pays, les spécificités du football africain, ces liens parfois imperceptibles à comprendre pour un entraîneur venu de loin. Il écoutait avec passion, avec un regard quasi enfantin, tellement heureux de ce destin farceur. Lui en Côte d’Ivoire, à 70 ans? Qui l’aurait cru?Jean-Louis Gasset a dirigé la Côte d’Ivoire durant deux ans, jusqu’à sa démission pendant la CAN, à domicile, début 2024.

Il s’amusait au coeur de ce groupe, même si les chambreurs Ivoiriens aimaient à dire qu’il était plus âgé que le pays lui-même. Il s’en moquait, même si certaines critiques le touchaient un peu plus. À Abidjan, loin de ses bases, Gasset s’extasiait sur tout. Nous le revoyons encore avec l’un de ses petits-enfants au bout du fil, caméra du téléphone portable activée, enthousiaste: «Regarde, c’est beau, hein, tu vois mon chéri?» Son visage s’éclairait.

Le groupe avait découvert cet homme d’une profonde humanité. Touché par le décès de sa femme en 2017, il retrouvait le goût des autres, parlait des valeurs partagées. Il nous avait dit avant la CAN 2023 : « La vie est belle. Moi, les gamins ici me donnent une putain de force! Quand je les vois avec le maillot orange, les yeux qui brillent et ils n’ont rien. Ouah! Tu as tellement envie de leur faire plaisir. Je suis heureux ici, c’est merveilleux, mais conscient qu’il faut faire quelque chose de grand… Je revis. Tu te sens pétiller… J’ai découvert des trucs que je ne connaissais pas. Humainement, je vis un truc magnifique avec la confiance que les dirigeants m’accordent. Je ne veux pas décevoir les gens. J’ai envie qu’on se dise dans un mois: on a frappé à la bonne porte. On a eu raison de lui faire confiance ! » Il n’ira pas au bout de l’aventure, mais même son départ aura participé à le grandir. Combien de sélectionneurs seraient partis d’eux-mêmes, certain que tout pourrait redémarrer sans eux?

Quand il est allé voir Idriss Diallo, le président de la Fédération, dans le vestiaire, juste après la débâcle contre la Guinée équatoriale (0-4), en pleine CAN pour démissionner, il n’avait aucune obligation. Le président a tenté de le retenir, mais c’était inutile. Gasset pensait d’abord à la Côte d’Ivoire, pas à lui. Les larmes avaient coulé à flots quand il s’en est allé, mais la suite lui a donné raison. Il aurait pu être aigri ? Gasset a suivi la compétition comme un supporter, envoyant des messages à Émerse Faé, son successeur, pour l’encourager. Avant de partir, il lui avait même glissé la ligne à tenir.

Faé lui en a toujours été reconnaissant, lui qui reconnaît aussi la part de Gasset dans ce succès à la CAN à domicile, notamment dans la construction du groupe, de son état d’esprit. « C’est surprenant et si triste. C’était une très très bonne personne, quelqu’un qui avait le coeur sur la main, bienveillant, qui cherchait toujours à apaiser les relations, avoue le sélectionneur des Éléphants. Quand on a appris son décès, on a été choqués, on avait mal. J’ai même demandé à trois personnes avant de l’accepter. Il vivait avec sa maman et beaucoup de courage pour elle. Il était toujours positif, il m’a beaucoup appris sur le métier de manager, d’entraîneur. Il prenait tout du bon côté. On gardera son sourire et son énergie jusqu’à la fin de la compétition.»

Anne-Marie, l’attachée de presse dont il était très proche, n’arrivait toujours pas à accepter la nouvelle: «Je ne sais même pas quoi dire. Je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’il est parti. Il était aimé, proche des gens, il avait un côté humain, il avait une manière de vous toucher. Je ne sais pas s’il lisait dans l’âme des gens, mais il savait à quel moment t’encourager, te consoler. » Il ne sera malheureusement plus là pour les consoler.

Commenti

Post popolari in questo blog

I 100 cattivi del calcio

Dalla periferia del continente al Grand Continent

Chi sono Augusto e Giorgio Perfetti, i fratelli nella Top 10 dei più ricchi d’Italia?