RONDEL Au pied de sa montagne


MATHYS RONDEL, SOLITUDE EN ALTITUDE

Le coureur de Tudor, 22 ans et l’un des espoirs français, a choisi de se rapprocher des reliefs pour passer un cap dans sa carrière. Mais à contre-courant de ses collègues professionnels, le Sarthois a opté pour les Pyrénées, entouré de sa famille et isol

"J’aime rouler seul, donc si c’est pour me retrouver à Annecy à faire le tour du lac au milieu de 35 pros, ou aller à Nice et en croiser une vingtaine... 
Ici, le seul que je croise parfois, mais on ne roule pas ensemble, c’est Bruno Armirail"
   - MATHYS RONDEL

24 Dec 2025 - L'Équipe
PIERRE MENJOT et LIONEL HAHN (Photos)

VALLÉE DES NESTES (HAUTES-PYRÉNÉES) – Il a pris la flotte pendant deux heures, avalé une interminable ligne droite pour revenir vers chez lui, au pied des montagnes, toujours seul à pédaler. Mais Mathys Rondel le répète : «C’est un peu pour des journées comme ça Tarbes Lourdes 20 KM que je suis venu ici. » Ici, c’est au coeur des Hautes-Pyrénées, dans la vallée des Nestes et, en ce mois de novembre où nous le retrouvons à l’entraînement autour de Castelnau-Magnoac, laissant sur la droite l’hôtel de la famille d’Antoine Dupont, la palette d’orange des feuilles qui s’accrochent aux arbres tranche avec le ciel gris, épais, qui bouche l’horizon.

Imperturbable, un cycliste en maillot et surveste noirs de son équipe Tudor trace sa route, jette parfois un regard sur un lac à droite, vers les fermes empierrées à gauche. Et si rien ne le perturbe, c’est parce que Rondel est venu chercher tout ça, il y a un peu plus d’un an, en déménageant, «cette vie un peu monacale, même si je ne le vis pas du tout comme ça».

Avant, le grimpeur vivait dans la banlieue du Mans, à la campagne, déjà. Mais à 20 ans (il en a 22 désormais), le 15e du dernier Dauphiné cherchait « le coin qui allait (lui) permettre de passer un step de plus. Car j’étais limité, je devais faire 30 minutes de voiture pour aller en Mayenne chercher une bosse de trois bornes et, si j’avais vent dans le dos, ça allait trop vite pour mes exercices».

Beaucoup de ses contemporains suivent la même logique. Mais quand ils choisissent bien souvent la Côte d’Azur et sa météo plus favorable, parfois les Alpes, plus à la mode, le Sarthois commence ses recherches dans le Sud-Ouest.

« Je suis tombé amoureux des Pyrénées lors d’un stage à Argelès-Gazost, quand je courais avec Loudéac (en 2022). Le Comminges, où habitait Pavel Sivakov (UAE), les Baronnies... Et j’aime rouler seul, donc si c’est pour me retrouver à Annecy à faire le tour du lac au milieu de 35 pros, ou aller à Nice et en croiser une vingtaine... Ici, le seul que je croise parfois, mais on ne roule pas ensemble, c’est Bruno Armirail (*). C’est rustique, proche de mes valeurs. Les seuls feux rouges que je vois, c’est quand je vais chez le coiffeur à Tarbes, sinon, je n’ai rien. C’est la simplicité, la tranquillité, et je suis venu pour ça : travailler en silence, puis aller sur une course chercher le meilleur résultat, et revenir bosser.»

Le choix des Pyrénées lui semblait évident. Encore fallait-il trouver le spot idéal. Et Rondel, réputé minutieux, a bien, bien étudié la question. «J’ai cherché sur Google et Google Earth, je regardais toute la chaîne des Pyrénées, je voulais vivre au pied pour ne pas rester bloqué dedans, avoir une météo correcte et vite trouver du plat en allant plus au nord. J’ai regardé plusieurs endroits... Soit il n’y avait pas une assez grosse concentration de cols, soit je les connaissais tous comme à Argelès, et je suis tombé sur cette vallée des Nestes. Parfaite. Une concentration de cols de malade, des cols en altitude où je peux rouler même l’hiver, des descentes dans lesquelles je peux pédaler tout du long. On a repéré un village, une maison, toujours sur Google, et je me suis dit “c’est vraiment là qu’il faut que j’aille”. J’étais totalement fou à l’idée d’emménager, je connaissais tous les cols par coeur avant même de venir, leur dénivelé, leur altitude, combien de temps il me fallait à vélo pour y aller... Le coin parfait. »

Déménagement en famille avec poules, lapins et… cochon nain

Dans une région où les villages dépassent rarement les 1000 habitants, ce sera finalement la maison juste à côté de celle repérée qui est choisie, achetée et retapée depuis par la famille Rondel. Car si le projet est personnel, c’est toute une bande qui déménage du Mans : sa mère, son frère Lucas (20 ans), également cycliste, et sa soeur Léa (19 ans), professionnelle chez Mayenne Monbana-My Pie (ex-Winspace). Même le cheptel traverse la France, les poules, les deux lapins géants des Flandres, ou Herta, le cochon nain qui ne lâche pas le garçon d’une semelle quand il se promène dans l’enclos. Enclos que Rondel a construit luimême, comme les cabanes, les clôtures, «pour qu’ils se sentent bien».

Parfois timide, le cycliste est intarissable sur ses bêtes, la propreté des cochons qui ne méritent pas leur réputation de crasseux, ses lapins pas si gros que ça comparés aux autres «Flandriens», car eux ne vivent pas en cage et se dépensent dans le tunnel de jeu. Bottes au pied, sweat de l’horloger suisse de montres de luxe pour lequel il court. Deux mondes qui le construisent.

Ancien patineur de vitesse, Rondel devait se rendre aux Pays-Bas pour trouver des patinoires d’entraînement, alors il sait certains sacrifices nécessaires. Mais si ce déménagement est bénéfique pour sa carrière – « Je ne me tire pas les cheveux pour trouver un parcours d’entraînement, et travailler dans les cols est un avantage, t’as le coup de pédale » –, il y a surtout une part d’instinct, de feeling.

«Je me sens bien ici, ce qui n’était pas forcément le cas avant, glisse-t-il en regardant les sommets visibles depuis son jardin. La montagne nous fait rester humble. Je peux très bien tomber, la montagne n’aura pas bougé, tandis que moi, je serai 200 mètres plus bas parce que j’aurais raté un virage. Leur grandeur, c’est impressionnant, les conditions changeantes aussi. Les journées où il ne fait pas beau, c’est ce que je préfère. L’an dernier, j’allais monter Peyresourde, il pleuvait, au sommet il faisait –10 degrés, la neige... J’avais hyper froid au retour et je me disais : “J’aurais bien aimé qu’il y ait du vent de face pour souffrir encore plus”. Ceux qui vivent à Nice ont le beau temps et, quand ils arrivent en course, ils se disent : “Putain, il fait pas beau !” Moi, je m’en fous, j’ai déjà tout vu à l’entraînement avant d’aller en course, je pars à la guerre préparé. »

Avant de retrouver son cochon, ses lapins, ses poules, son havre de paix silencieux comme un cocon que Rondel et sa famille se sont construits, un peu au milieu de nulle part.


(*) Désormais chez Visma-Lease a bike, le coureur est de Bagnères-de-Bigorre, à une trentaine de kilomètres de là.

***


Mathys Rondel a fini à la 9e place du Tour de Romandie en mai, 
son premier top 10 en World Tour.

«En course, je suis plus relâché»

Après une première saison professionnelle prometteuse, en 2026, avec la découverte prévue de son premier Grand Tour. espère franchir un nouveau cap

24 Dec 2025 - L'Équipe

La première saison professionnelle de Mathys Rondel, en 2025, est «vraiment satisfaisante, même s’il n’y a pas eu de victoire, le coureur. J’ai eu deux bons blocs de trois mois où j’étais à haut niveau, j’ai pu tenir la forme sur des courses solides.» Un premier d’avril à juin, avec une 4e place au général au Tour des Abruzzes, la 9e place du Tour de Romandie (premier top 10 en World Tour) et une encourageante 15e place au Dauphiné, où il s’accrochait chaque jour davantage avec les meilleurs pour tester ses limites.

“C’est bien de pouvoir gagner mais, si t’es un con à table, les mecs vont peut-être rouler un kilomètre de moins pour toi ''

Puis le Sarthois (22 ans) a signé de belles performances en fin de saison, 4e du Tour de Luxembourg et proche de la gagne sur des courses d’un jour (2e du Trophée Textile et Mode derrière Adam Yates, 4e de la Japan Cup).

Mathys Rondel « J’ai appris à davantage connaître mes équipiers aussi, rembobine Rondel, l’un des deux Français de Tudor avec Julian Alaphilippe. C’est presque le plus gros à faire, gagner la confiance des autres car, si tu n’as pas d’équipiers qui roulent pour toi, c’est plus compliqué. En course, je suis plus relâché, surtout autour du vélo. J’étais trop tendu, alors qu’il faut aussi savoir profiter de la vie de groupe. C’est bien de pouvoir gagner mais, si t’es un con à table, les mecs vont peut-être rouler un kilomètre de moins pour toi, et si tes sept équipiers roulent un kilomètre de moins, ben t’es dans la merde… Je parle mieux anglais, je comprends l’humour des uns et des autres, les Néerlandais, les Espagnols, les Suédois, donc je trouve les bons mots. Des choses à apprendre que personne ne peut t’enseigner et qu’il te faut pour être leader.»

Car c’est bien ce que Rondel veut : devenir un coureur qui compte sur les Grands Tours. Il participera à son premier en 2026, a priori le Giro (8-31 mai), sans objectif précis mais «pour prendre de l’expérience».

Afin de passer un cap sur sa résistance en montagne et sur son endurance sur trois semaines, deux domaines où ses données sont déjà très solides. Il a aussi travaillé le contre-la-montre cet hiver, une qualité qui peut l’aider à viser haut les classements généraux.

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