CAN - A Ksar el-Kébir, Hakimi roi du Maroc


Le capitaine et ses exploits lors de la Coupe d’Afrique des nations font vibrer les habitants dans la ville du nord du pays où il a ses attaches. Un engouement qui fait oublier le marasme économique local et qui devrait se vérifier à l’occasion de la finale contre le Sénégal, ce dimanche.

17 Jan 2026 - Libération
Par ANTOINE GALINDO Envoyé spécial à Ksar el-Kébir (Maroc)

Al’heure du déjeuner, les rues de Ksar el-Kébir sont somnolentes. Derrière les hauts murs du stade municipal, Jaouad Kamatou, le coach du Salam Kasar, l’une des équipes locales, dispose des plots sur la pelouse synthétique, pendant que les joueurs rentrent au compte-goutte par la porte de derrière. La veille, les Lions de l’Atlas, la sélection nationale marocaine de football, se sont qualifiés pour la finale de «leur» Coupe d’Afrique des nations (CAN), contre le Nigeria (0-0, 4 t.a.b à 2). Malgré la fête, qui a duré jusque tard dans la nuit, les équipiers sont bien présents pour l’entraînement. Sur l’un des murs, une fresque à l’effigie d’Achraf Hakimi observe l’équipe faire ses courses d’échauffement. Le défenseur latéral droit et capitaine des Lions a donné son nom au stade.Photos MAROUANE BESLEM

Achraf Hakimi n’est pas né à Ksar elKébir. Mais la localité de plus de 120 000 habitants, située à 2 h 30 de route au nord de Rabat, est la ville natale et fief de la famille de sa mère, émigrée en Espagne, où le joueur a vu le jour en 1998. Pour Jaouad Kamatou, «c’est une fierté». L’entraîneur veut croire que ce moment d’unité nationale, et les valeurs qu’il charrie, cimentera son équipe.

«Dans mon effectif, j’ai des riches, des pauvres, des impatients, des égoïstes : mon rôle, c’est de faire vivre tout ça, et d’apprendre. Pour jouer en équipe, il faut être intelligent, se cultiver, parler plusieurs langues.» Le quadragénaire, agriculteur le reste du temps, parle même de «poésie».

«Il représente l’espoir»

Abdelghani, 24 ans, est attaquant dans l’équipe locale. Il a pu aller voir deux matches du Sénégal pendant cette CAN. «Les places pour le Maroc sont parties trop vite», regrette l’étudiant en droit, en s’étirant. Il a eu tout le loisir d’observer les forces et les faiblesses des Lions de la Teranga, qui affronteront le Maroc ce dimanche. «D’abord, il faut dire qu’en sortant le Nigeria, on a éliminé l’équipe la plus solide de la compétition, analyse-t-il. Ensuite, notre équipe a surtout des difficultés contre des formations qui jouent en bloc bas, de manière défensive. Ce n’est pas le cas du Sénégal.» Et pour faire face à Sadio Mané, l’ancien attaquant de Liverpool et du Bayern Munich ? «Nous avons Hakimi», sourit le jeune homme. Comme tous les habitants ici, il est convaincu qu’avec l’enfant du pays dans le onze de départ, rien ne peut leur arriver dimanche. «Hakimi, nous l’admirons. Pour les habitants d’une petite ville comme la nôtre, où la vie n’est pas toujours facile, il représente l’espoir, et la preuve que tout est possible.» En 2022, après avoir porté son équipe jusqu’en demi-finale du mondial de football, Hakimi est venu à Ksar el-Kébir pour y rencontrer les habitants. «Il vient bien plus souvent que ça, mais incognito. Je l’ai vu», assure Youssef Reguab, un patron de bar à quelques encablures du stade municipal, de l’autre côté du chemin de fer. La terrasse est organisée autour d’une grande piscine. A la surface flottent encore quelques bouteilles en plastique, vestiges des festivités de la veille. «Il y avait 800 personnes ici pour regarder le match [mercredi]», raconte le gérant du Palais Al Mahalla en faisant défiler photos et vidéos sur son téléphone. Sur le petit écran, une foule en liesse célèbre la qualification pour la finale en tirant des feux d’artifice. Depuis décembre, Youssef Reguab assure avoir multiplié son chiffre d’affaires par quatre.

«Nous sommes situés entre un quartier populaire et un quartier riche et ce n’est pas toujours simple d’éviter les débordements, poursuit-il en buvant son café à petites gorgées. Beaucoup de monde cherche à émigrer, ici il n’y a pas beaucoup de travail : un peu d’agriculture et beaucoup de cafés. Le football, c’est un moyen pour les gens d’oublier leur quotidien, et de rêver.» Ksar el-Kébir, qui n’accueillait aucun match de la CAN, est restée loin du tumulte. «Avec l’organisation de ce tournoi, le pays s’est hissé aux standards internationaux, mais cela a surtout bénéficié aux villes hôtes», ajoute le commerçant. «Nous avons pleinement confiance dans notre roi, qui a promis qu’il n’y aura pas de Maroc à deux vitesses», sourit-il.

Terrain synthétique usé

Plusieurs internationaux ont des origines dans la région, explique le bistrotier. Les parents du milieu de terrain du PSV Eindhoven, Ismael Saibari – qui dispute la CAN pour le Maroc–, ont aussi quitté Ksar el-Kébir pour l’Espagne dans les années 90. «Et puis il y a Lamine Yamal, qui joue au FC Barcelone.» Le joueur, qui a la double nationalité, évolue avec la sélection espagnole ; son père est de la région. Mais c’est bien pour Hakimi que battent tous les coeurs ici : «Quand il prend le ballon, c’est toute la ville qui pousse derrière lui.»

En mars 2023, le joueur du PSG a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans une affaire de viol, pour des faits qui remontent à février de la même année, et que le joueur conteste. En août 2025, le parquet de Nanterre a requis un procès contre la star marocaine et une juge d’instruction a été saisie. Dans la ville natale de sa mère, la question embarrasse. Bilal Rabey, 26 ans, connaît Achraf Hakimi depuis son enfance. Ils jouaient au foot ensemble sur la petite place à l’entrée de la vieille ville lorsque Hakimi venait avec sa famille en vacances au pays. «Je ne sais pas ce qui s’est passé entre ces deux personnes, seul Dieu peut le savoir, estime Bilal. Ce que je peux vous dire, c’est que l’islam nous interdit de forcer quelqu’un à faire ce qu’il ne veut pas. Lui, il clame son innocence. C’est dur de voir quelqu’un qu’on aime être accusé comme cela.» Le jeune homme nous conduit à travers les ruelles de la médina, jusqu’à la maison familiale du joueur. Des cousins vivent toujours là. Nous sommes les bienvenus pour prendre des photos, nous balader. Mais le mot d’ordre a été donné: pas de déclarations à la presse.

Un petit homme nous frôle sur le dos d’un scooter. S’arrête. «C’est mon père, déclare Bilal Rabey. Il est le président de l’Association Achraf Hakimi.» Le fils, lui, en est le secrétaire général. Un peu à l’extérieur de la ville, il gère un terrain de proximité qui porte lui aussi le nom du joueur marocain. L’association anime des équipes de foot pour les enfants, filles et garçons, fournit du matériel, organise des tournois, et fait oeuvre sociale. «Il a donné son accord pour qu’on utilise son nom, mais c’est différent de la Fondation Achraf Hakimi», précise tout de suite Bilal Rabey. Le joueur du PSG ne finance pas l’association. La lumière de fin de journée rase le terrain synthétique usé, sur lequel un groupe d’enfants, surtout des filles, s’échangent quelques passes sous le regard de Bilal Rabey. Contre un mur, un rouleau de pelouse neuve attend la fin des pluies pour aller combler les trous. A la pause, les gosses se racontent le match de la veille, débattent de leurs chouchous. Le nom de Brahim Diaz, meilleur buteur de la compétition, revient souvent. Celui du gardien Yassine Bounou aussi. «Contre le Nigeria, il a fait 50 % du travail à lui tout seul», assène Islam en bondissant. Et bien sûr celui de Hakimi. Au jeu des pronostics, le Maroc est invariablement donné vainqueur.

***

«On voit le prince héritier s’affirmer de plus en plus en public»

Pour le journaliste marocain Abdellah Tourabi, les apparitions de Moulay el-Hassan visent à le préparer à prendre les rênes du pays, alors que son père est absent des stades pour raisons de santé.

17 Jan 2026 - Libération
Recueilli par A.Ga.

La Coupe d’Afrique des nations a offert au Maroc une vitrine internationale et fait office de répétition générale avant la Coupe du monde de 2030, que le pays coorganisera avec l’Espagne et le Portugal. Pour le journaliste marocain Abdellah Tourabi, c’est un levier de développement et un outil de soft power important pour le pays, et pas seulement la monarchie.

Depuis le début de la CAN, le roi Mohammed VI n’a pas fait d’apparition publique. Une absence commentée, que faut-il en comprendre ?

Ce n’est pas la première fois que le roi est absent de certains événements. La communication officielle a été transparente à ce sujet : le roi ne s’est pas rendu aux matchs en raison de problèmes de dos. Il est important de noter que la question de la santé du roi n’est pas un tabou au Maroc. Les Marocains sont habitués à cette situation, et l’expression «que Dieu le guérisse» est couramment utilisée ici pour l’évoquer. Le rapport des monarques marocains au foot dépend aussi de leur personnalité. Le roi Hassan II, par exemple, était un passionné. D’après certains témoignages, il lui arrivait même d’intervenir dans la composition des équipes nationales. . La personnalité de Mohammed VI est très différente. Mais lorsqu’il était prince héritier, il assistait déjà à des matchs de l’équipe nationale marocaine. En 2022, on l’a aperçu dans les rues, parmi la foule à Rabat, pour célébrer la qualification du Maroc en quart de finale de la Coupe du monde. Mais les enjeux de cette Coupe d’Afrique vont bien au-delà de la simple institution monarchique et la passion personnelle des rois pour le ballon rond.

Quels sont-ils ?

Le football est un levier très puissant pour le rayonnement du Maroc à l’international, notamment en Afrique. C’est aussi un levier de développement économique et social, et tout cela s’inscrit sur le temps long. Les chantiers lancés pour abriter des compétitions sportives internationales visent à avoir un impact direct sur l’économie du pays. Le football est également un outil de soft power qui fonctionne très bien. Au niveau national, il génère un engouement et une cohésion nationale, surtout lorsque l’équipe nationale réussit. C’est le roi qui chapeaute cette stratégie, évidemment, mais il y a une répartition des rôles.

Justement, quel est le rôle du prince héritier, qui incarne la monarchie au stade depuis le début de la compétition ?

Là encore, il faut regarder tout cela sur le long terme. Depuis longtemps, les princes héritiers représentent le royaume dans tous types d’événements, au Maroc et à l’étranger. Mohamed VI le faisait durant le règne de son père Hassan II. C’est une incarnation de la continuité de la dynastie régnante. Il est donc naturel que Moulay el-Hassan représente le royaume dans des événements officiels. Il est toujours aux côtés de son père, mais en effet, on le voit s’affirmer de plus en plus en public. Il est perçu ici comme un jeune prince, formé au Maroc, passionné de foot, et c’est plutôt reçu de manière positive. Ces apparitions publiques visent à le préparer à prendre les rênes un jour, car il est l’héritier du trône selon la Constitution du pays. Ça dépasse le contexte particulier de la CAN et relève d’une symbolique politique qui met en relief la continuité historique de la monarchie au Maroc.

***

Coupe d’Afrique des nations : le grand rêve du Maroc

Dans leur stade de Rabat, les Lions de l’atlas espèrent remporter un deuxième titre, ce dimanche, face au Sénégal de Sadio Mané.

« Je suis très heureux de pouvoir jouer une finale 
avec les Lions pour ma toute dernière CAN. 
J’espère la remporter et ramener le trophée à Dakar »
   - Sadio Mané - Attaquant de l’équipe du Sénégal

17 Jan 2026 - Le Figaro
Thibaud Jouffrit

Tout un peuple avait coché cette date du 18 janvier 2026. L’heure est venue. Le Maroc a rendezvous avec son destin. Ce dimanche (20 heures, bein Sports/m6), la sélection marocaine affronte le Sénégal en finale de «sa» Coupe d’afrique des nations, au stade Prince-moulayabdellah de Rabat. Les Lions de l’atlas, demi-finalistes de la Coupe du monde 2022, n’ont plus soulevé le prestigieux trophée continental depuis leur victoire de 1976, acquise en Éthiopie. Cinquante ans plus tard, l’occasion de conjurer le sort, à la maison, est trop belle. Histoire de ponctuer une compétition parfaite jusqu’ici. « Vingt-deux ans après, ça fait plaisir. On est heureux parce qu’on sait que ce public mérite d’avoir une grande équipe et de revoir une finale de Coupe d’afrique », savourait mercredi le sélectionneur, Walid Regragui, après le succès arraché au bout du suspense face au Nigeria (0-0, 4-2 aux tirs au but) en demi-finale, faisant référence à la dernière finale jouée et perdue (1-2) par les Marocains. C’était en 2004, face à la Tunisie, vainqueur de la CAN à domicile.

En mission, les hommes de Regragui ont toutes les armes pour imiter leurs bourreaux de l’époque. Puisque, depuis le début du tournoi, ils se montrent intraitables et s’appuient sur la ferveur populaire pour avancer. La défense du Maroc, emmenée par le Parisien Achraf Hakimi et le Marseillais Nayef Aguerd, impressionne par sa solidité (un seul but encaissé en six matchs, sur penalty face au Mali lors du deuxième match). Et elle a encore franchi un cap en réduisant au silence les redoutés attaquants nigérians (Lookman, Osimhen…). Grâce, aussi, à son gardien Yassine Bounou, maître des séances de tirs au but depuis le Mondial au Qatar, qui donne une confiance indéniable au reste de l’équipe. Celle-ci a su grandir au fil des tours de cette CAN, pour même devenir séduisante par séquences dans le sillage du Madrilène Brahim Diaz (5 buts). Les critiques sur le jeu, visant l’homme aux commandes, Walid Regragui, ont alors disparu. « Je n’ai pas été que chahuté, ce n’était pas une campagne correcte. Mais ce n’est pas grave, on l’a accepté, le groupe m’a protégé, répondait le principal intéressé au diffuseur bein Sports, une fois la qualification en finale dans la poche. Les joueurs aiment leur coach, je leur ai dit de me le rendre sur le terrain. »

En poste depuis août 2022, le sélectionneur des Lions de l’atlas assure récolter aujourd’hui « l’âge d’or du football marocain » et répète à l’envi que se dispute au Maroc la CAN « la plus relevée de l’histoire.» Pour ce qui est de l’affluence dans les stades, de l’état des pelouses et de la qualité des infrastructures, difficile de lui donner tort. Côté football, les plus sceptiques évoqueront une compétition qui a manqué de saveur et de rebondissements. Sans oublier les polémiques liées à l’arbitrage, revenues sur la table à chaque match ou presque du pays hôte. La petite musique d’un «arbitrage maison» arrivant jusqu’aux oreilles des principaux acteurs. «Notre seul avantage est de jouer devant 65 000 spectateurs. Les statistiques nous donnent toujours meilleurs que les autres. On gagne sur le terrain », se révoltait Regragui après la victoire (2-0) contre le Cameroun en quart de finale, rappelant que son Maroc est « l’équipe à battre. »

Sur le chemin de la finale, personne n’y est parvenu. Seul le Sénégal, tombeur logique de l’égypte (1-0) dans l’autre demi-finale, peut désormais gâcher la fête. Les Lions de la Teranga, entraînés par Pape Thiaw, placés dans le groupe des Bleus lors de la prochaine Coupe du monde en Amérique du Nord, convoitent une deuxième CAN après 2021. Un nouveau sacre viendrait surtout asseoir leur domination continentale (trois finales en quatre éditions depuis 2019) et renforcer la légende écrite par la star Sadio Mané (33 ans), auteur de deux buts et trois passes décisives en six matchs. « Je suis très heureux de pouvoir jouer une finale avec les Lions pour ma toute dernière CAN. J’espère la remporter et ramener le trophée à Dakar », annonçait l’ancien attaquant de Liverpool, encore bourreau sur le sol africain de son ex-coéquipier égyptien Mohamed Salah.

Ce dimanche, dans cette affiche inédite au sein de la CAN, Mané et sa bande connue de la Ligue 1 (Gueye, Niakhaté, Sarr, Ndiaye, Mendy, Camara…) joueront le rôle des méchants de l’histoire. Afin de briser le rêve des Marocains guidés par le Ballon d’or africain Hakimi, pour qui c’est le match d’une vie.

«C’est un moment unique pour nous, confiait cette semaine le latéral du PSG. On est très fiers, mais on n’a pas encore fini le travail. » Reste la dernière marche à gravir, souvent la plus difficile…

Commenti

Post popolari in questo blog

I 100 cattivi del calcio

Dalla periferia del continente al Grand Continent

Chi sono Augusto e Giorgio Perfetti, i fratelli nella Top 10 dei più ricchi d’Italia?