Sculpté par ses rivaux
Mathieu et David van der Poel, dans le bus de leur
équipe en décembre 2015, avant le cyclo-cross de Namur.
Un huitième titre mondial aujourd’hui à Hulst élèverait Mathieu van der Poel en légende absolue du cyclo-cross. Pour ne jamais se reposer sur son talent, le surdoué s’est nourri au cours de sa carrière de trois oppositions qui l’ont sublimé.
1 Feb 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
HULST (HOL) Une météorite pourrait bien s’écraser sur le circuit de Hulst, cet après-midi, Mathieu van der Poel déclipserait pour l’enjamber, remonterait gracieusement sur son vélo et continuerait d’appuyer aussi fort pour s’avancer vers l’inéluctable : un huitième titre mondial de cyclocross et ce statut d’unique détenteur du record de la discipline juste devant Eric De Vlaeminck (sept titres).
Invaincu depuis plus de deux ans dans les labourés, van der Poel a triomphé lors de ses douze apparitions cet hiver. « Sur un Mondial, tout peut arriver, tempère-t-il. J’ai déjà connu cela, arriver en favori et ne pas réussir. » Mais même deux crevaisons comme à Maasmechelen samedi dernier ou une chute telle qu’à Namur et à Baal plus tôt cette saison, ne semblent pouvoir enrayer cette machine techniquement et physiquement supérieure, notamment en l’absence de Wout Van Aert, blessé depuis leur dernier duel magnifique dans la neige de Mol, début janvier. À 31 ans, le Néerlandais s’est habitué à dominer, mais cela l’ennuie. Au-delà des records, ce sont les rivalités qui l’ont toujours animé.
Les jeux avec son frère
De deux ans et demi son aîné, David van der Poel fut le premier à lui résister à l’adolescence. « Il gagnait assez facile ment ses compétitions alors que moi j’arrivais à lui faire mal, se remémore le grand frère. Mathieu a toujours été meilleur techniquement, il avait quelque chose de spécial. Mais j’étais plus fort physiquement, ça le frustrait et le motivait énormément, il râlait, pleurait… Puis les premières fois qu’il a réussi à me battre, il était plus heureux qu’en remportant ses courses (rires). »
Encore éparpillés à la pratique de plusieurs sports, les frères van der Poel envisagent alors le vélo comme un jeu. « On essayait de monter une bosse de sable le plus haut possible, on s’affrontait au sprint… Des petites choses sans se prendre la tête. Et finalement c’est proche des exercices qu’il fait encore aujourd’hui. » Pendant plusieurs années, Mathieu est d’ailleurs resté sous le joug de David au sprint. Sauf après de longs efforts, « il me battait au bout de six heures de vélo, c’est vraiment son point f or t » , s oul i gne le grand frère.
Déjà aligné en Élites juste avant ses 20 ans, le « petit » van der Poel domine David au Championnat national en 2015. « Je savais déjà, comme les coureurs d’aujourd’hui, qu’il fallait savourer une 2e place comme une victoire parce que la différence était trop grande, se souvient l’aîné. Dès qu’il est passé en juniors, il était presque aussi fort que moi en Espoirs. Alors la rivalité avec Wout (Van Aert) est assez vite arrivée. »
Le feuilleton avec Van Aert
Encore d’actualité, les affrontements avec Van Aert remontent environ à leurs 8 ans. « Mais ça a vraiment commencé en juniors, nuance David van der Poel.
Quand ils vont arrêter, on parlera quand même d’une rivalité de près de vingt ans, c’est quelque chose d’assez rare dans le sport. » « C’était impossible qu’on soit amis, reconnaissait le Belge en 2021 dans L’Équipe. Comment voulez-vous qu’on puisse avoir de la sympathie l’un pour l’autre puis se bagarrer ensuite en compétition ? Ce qui nous motive justement, c’est de ne pas s’aimer. » Au-dessus du lot, ils ferraillent alors une trentaine de fois par hiver, presque toujours en duel. « À l’époque, quand il était battu par Wout, Mathieu était irrité, il ne parlait pas », raconte Gerben De Knegt, le sélectionneur néerlandais.
Alors qu’il fut le premier à ravir le titre mondial chez les Élites en 2015, Van der Poel a souffert dans la foulée de trois années de privation. « On a cru que ça tournait en faveur de Wout », concède le grand frère du Néerlandais. Mais leur arrivée presque concomitante sur la route a exporté la rivalité sur les classiques pavées, « où Mathieu s’est montré légèrement supérieur, avec cette victoire au sprint au Tour des Flandres 2020 qui a certainement été la bascule, d’après David van der Poel. C’est la première fois que ça a commencé à pencher du côté de Mathieu, puis Wout a été bloqué dans son évolution par toute sa malchance alors que Mathieu franchissait des paliers. »
Le renouveau avec Pogačar
Jamais battu depuis par Van Aert sur un Championnat de cyclocross ou à l’issue d’un Monument, van der Poel a dû chercher un nouvel adversaire à sa taille. « Avec Tadej (Pogačar), ils se sont pas mal retrouvés sur les Classiques, c’est sa nouvelle rivalité » , avance le grand frère. Depuis Liège 2022, ils ont conquis à eux deux 14 des 16 derniers Monuments. « Ce que Pogačar a apporté sur la route… Mathieu a dû s’y adapter, abonde De Knegt. Il a déménagé en Espagne il y a deux ans pour y vivre et s’entraîner. Il a compris qu’il devait monter d’un cran. »
Toujours souverain à San Remo et à Roubaix, van der Poel a été dominé les deux dernières fois qu’il a affronté le Slovène au Tour des Flandres (en 2023 et 2025), (presque) chez lui. D’après son grand frère, il se préparerait désormais spécifiquement à résister aux attaques du champion du monde dans la montée la plus longue (2 200 m) du Monument. « Je sais ce que ça fait de ne pas être capable de suivre Pogačar dans le Vieux Quaremont, a confessé le Néerlandais, jeudi. Pour moi, cela génère de la motivation. Ça me fait tr av ailler encore plus dur. » Comme un message envoyé à ses concurrents à Hulst: la rivalité est frustrante mais stimulante.
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Mathieu e David van der Poel, sull'autobus della loro
squadra nel dicembre 2015, prima del ciclocross di Namur.
Scolpito dai suoi rivali
Un ottavo titolo mondiale oggi a Hulst eleverebbe Mathieu van der Poel a leggenda assoluta del ciclocross. Per non riposare mai sugli allori, il talentuoso corridore ha attinto nel corso della sua carriera a tre sfide che lo hanno reso ancora più grande.
1 febbraio 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
HULST (HOL) - Un meteorite potrebbe schiantarsi sul circuito di Hulst questo pomeriggio, Mathieu van der Poel si sgancerebbe per scavalcarlo, risalirebbe con grazia sulla sua bicicletta e continuerebbe a spingere con forza per avanzare verso l'inevitabile: un ottavo titolo mondiale di ciclocross e lo status di unico detentore del record della disciplina, proprio davanti a Eric De Vlaeminck (sette titoli).
Imbattuto da oltre due anni sui terreni accidentati, van der Poel ha trionfato nelle sue 12 apparizioni quest'inverno. «In un Mondiale può succedere di tutto», afferma con moderazione. «L'ho già provato, arrivare come favorito e non riuscire a vincere». Ma nemmeno due forature come quelle di sabato scorso a Maasmechelen o una caduta come quelle di Namur e Baal all'inizio della stagione sembrano poter fermare questa macchina tecnicamente e fisicamente superiore, soprattutto in assenza di Wout Van Aert, infortunato dopo il loro ultimo magnifico duello sulla neve di Mol, all'inizio di gennaio. A 31 anni, il neerlandese si è abituato a dominare, ma questo lo annoia. Al di là dei record, sono le rivalità che lo hanno sempre animato.
I giochi con suo fratello
David van der Poel, di due anni e mezzo più grande, è stato il primo a resistergli durante l'adolescenza. «Vinceva abbastanza facilmente le sue gare, mentre io riuscivo a dargli filo da torcere», ricorda il fratello maggiore. Mathieu è sempre stato tecnicamente più bravo, aveva qualcosa di speciale. Ma io ero più forte fisicamente, questo lo frustrava e lo motivava enormemente, si lamentava, piangeva... Poi, le prime volte che è riuscito a battermi, era più felice che quando vinceva le sue gare (ride)».
Ancora dediti alla pratica di diversi sport, i fratelli van der Poel consideravano la bicicletta come un gioco. «Cercavamo di salire il più in alto possibile su una collina di sabbia, ci sfidavamo in volata... Piccole cose senza prendersi troppo sul serio. E alla fine è simile agli esercizi che fa ancora oggi». Per diversi anni, Mathieu è rimasto sotto il giogo di David nello sprint. Tranne che dopo lunghi sforzi, «mi batteva dopo sei ore di bicicletta, è davvero il suo punto di forza», sottolinea il fratello maggiore.
Già schierato nella categoria Elite poco prima dei 20 anni, il “piccolo” van der Poel ha dominato contro David ai Campionati Nazionali del 2015. «Sapevo già, come i corridori di oggi, che bisognava godersi un secondo posto come una vittoria perché la differenza era troppo grande», ricorda il maggiore. «Non appena è passato alla categoria juniores, era già forte quasi quanto me nella categoria Under 23. Quindi la rivalità con Wout (Van Aert) è nata abbastanza rapidamente».
La saga con Van Aert
Ancora attuali, gli scontri con Van Aert risalgono a quando i due avevano circa 8 anni. «Ma è iniziato davvero nella categoria juniores», precisa David van der Poel. Quando smetteranno, parleremo comunque di una rivalità durata quasi vent'anni, cosa piuttosto rara nello sport». «Era impossibile che fossimo amici», ha ammesso il belga nel 2021 a L'Équipe. «Come potevamo provare simpatia l'uno per l'altro e poi litigare in gara? Ciò che ci motiva è proprio il fatto di non piacerci». Al di sopra della media, si sfidano una trentina di volte ogni inverno, quasi sempre in duello. «All'epoca, quando veniva battuto da Wout, Mathieu era irritato, non parlava», racconta Gerben De Knegt, il selezionatore neerlandese.
Dopo essere stato il primo a conquistare il titolo mondiale nella categoria Elite nel 2015, van der Poel ha sofferto per tre anni di privazioni. «Credevamo che le cose stessero volgendo a favore di Wout», ammette il fratello maggiore del neerlandese. Ma il loro arrivo quasi contemporaneo sulle strade ha esportato la rivalità sulle classiche su pavé, «dove Mathieu si è dimostrato leggermente superiore, con quella vittoria in volata al Giro delle Fiandre 2020 che è stata la svolta», secondo David van der Poel. È stata la prima volta che la bilancia ha iniziato a pendere dalla parte di Mathieu, poi Wout è stato bloccato nella sua evoluzione da tutta la sua sfortuna, mentre Mathieu superava nuovi livelli».
La rinascita con Pogačar
Mai battuto da Van Aert in un campionato di ciclocross o alla fine di un Monumento, van der Poel ha dovuto cercare un nuovo avversario alla sua altezza. «Con Tadej (Pogačar), si sono ritrovati spesso nelle classiche, è la sua nuova rivalità», afferma il fratello maggiore di Mathieu. Dalla Liegi 2022, insieme hanno conquistato 14 delle ultime 16 monumento. «Quello che Pogačar ha portato sulla strada... Mathieu ha dovuto adattarsi», concorda De Knegt. Si è trasferito in Spagna due anni fa per viverci e allenarsi. Ha capito che doveva fare un salto di qualità».
Sempre sovrano a San Remo e Roubaix, van der Poel è stato dominato nelle ultime due occasioni in cui ha affrontato lo sloveno al Giro delle Fiandre (nel 2023 e nel 2025), (quasi) a casa sua. Secondo suo fratello maggiore, ora si starebbe preparando specificamente per resistere agli attacchi del campione del mondo nella più lunga salita (2.200 m) della Ronde. «So cosa significa non essere in grado di stare al passo con Pogačar nel Vecchio Kwaremont», ha confessato il neerlandese giovedì. «Per me è una fonte di motivazione. Mi spinge a lavorare ancora più duramente». Come un messaggio inviato ai suoi concorrenti a Hulst: la rivalità è frustrante ma stimolante.
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