SEIXAS Coeur lyonnais

Avant d’être coureur professionnel sous les couleurs de Decathlon-CMA CGM, Paul Seixas a remporté, enfant, ses premiers bouquets avec le Lyon Sprint évolution (photo du haut).

À Lyon et dans le Beaujolais, « L’Équipe » est allée retracer l’itinéraire du coureur de 19 ans, qui entame sa saison sur le Tour de l’Algarve aujourd’hui.

“Le vélo a été une libération. 
Paul a pu exprimer un trait de caractère : 
la volonté de gagner, 
d’en faire plus, d’être un battant"
   - PAUL, LE PÈRE DE SEIXAS 

“Il avait une démarche intelligente et collective à chaque fois. 
C’était naturel pour lui '' 
   - YANN BERNY, DIRECTEUR SPORTIF 
     DE PAUL SEIXAS AU VCVB

18 Feb 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL THOMAS PEROTTO

LYON ET VILLEFRANCHE-SUR-SAÔNE – Avant d’être Paul Seixas, il a été « le petit Paul », « Polo » ou bien seulement Paul, cet enfant dégingandé, les cheveux en bataille et l’esprit un peu ailleurs. Les choses n’ont pas fondamentalement changé mais, devenu grand, longiligne, Paul incarne aujourd’hui, à 19 ans, l’avenir du cyclisme français. Partir sur les traces de ses premiers coups de pédale, à Lyon et ses environs, c’est entrer dans un monde de souvenirs et d’anecdotes que chacun reprend, déforme ou enjolive, mais c’est d’abord la vie d’un petit garçon qui a trouvé, sur deux roues, la libération qu’il cherchait sur deux jambes.

« Il a fait 85 sports avant de commencer le vélo, sourit Emmanuel, son père, qui a donné rendez-vous à Pommiers pour le déjeuner, à un kilomètre de la maison familiale d’Anse, dans le Beaujolais. Il en parlait à sa maman, il me le disait aussi, mais ça entrait par une oreille et ressortait par l’autre.» L’intéressé en riait, en octobre: «Personne ne faisait du vélo dans ma famille, je les ai saoulés pour en faire.»

Ses prédispositions pour le sport d’endurance et les grands espaces avaient pourtant frappé ses parents depuis quelque temps. «J’ai souvenir d’une longue balade dans le Valais, en Suisse, il avait 2 ans. Il avait marché jusqu’à l’épuisement et il avait aimé ça. En montagne, les gamins se posent parfois sur une pierre parce qu’ils en ont marre. Paul était devant et nous attendait. En deux ou trois ans, il s’est mis à faire des listes au Père Noël, avec les sommets autour de nous où il voulait aller.»

S’amuser « jusqu’à l’overdose »

En juin 2014, par l’intermédiaire de son oncle, «Polo» pousse le portail du vélodrome Georges-Préveral et de son club, Lyon Sprint Évolution (LSE). «Mon premier souvenir, c’est d’avoir emmené les gamins faire une bosse d’un kilomètre et demi à l’est de Lyon, pour l’un des rares entraînements en dehors de la piste et des exercices, raconte Guy Chabrier, le président du LSE, au côté de Marc Pacheco, responsable de la piste au club. Normalement, chacun monte à son rythme, il ne faut pas partir trop vite pour espérer finir. Paul, lui, est presque parti au sprint, j’ai pris sa roue et j’ai explosé au bout d’un kilomètre. Aujourd'hui, d'accord, mais, à l'époque, j'avais dix ans de moins et lui aussi...»

En jetant un oeil au parcours de cyclocross sur sa gauche, puis en pointant le centre du vélodrome, fait de béton meublé de paniers de basket et de cages de hand, Pacheco décrit : « C’est ici qu’on faisait nos exercices le mercredi. Paul s’adaptait toujours très vite. On a commencé par des jeux d’habileté, des sprints sur 60 mètres, des petites boucles. On ne l’a jamais entendu se plaindre d’un entraînement ou râler.» De retour chez lui, le gamin passait deux heures par semaine dans le garage, avec sa mère, à tourner autour de quilles pour progresser.

« À 9 ans, Paul était chétif, il avait du mal à coordonner ses mouvements, confie Mickaël Buffaz, son premier éducateur au club. Je l’ai poussé à aller faire de l’escalade pour qu’il travaille sa coordination entre le haut et le bas du corps. Le plus difficile était de le freiner. Il s’amusait jusqu’à l’overdose, il avait du mal à s’arrêter. J’avais parfois peur pour lui.» Ancien coureur pro, notamment chez Cofidis (2007-2012), Buffaz ajoute :

« On sentait qu’il lui fallait se libérer, s’ouvrir aux autres.» Le paternel confirme: «Le vélo a été une libération. Paul a pu exprimer un trait de caractère: la volonté de gagner, d’en faire plus, d’être un battant. On a écouté ce qu’il voulait faire. Il a un côté rêveur, mais je ne le voyais plus lorsqu’il montait sur un vélo, et c’est encore le cas aujourd’hui. C’est un acharné. » Buffaz livre une autre analyse :

«Il était introverti. Il fallait lui apprendre à accepter qu’il pouvait être moteur dans un groupe, qu’il pouvait se transformer en capitaine de route pour les copains. Au début, il ne parlait pas du tout, je me disais que c’était peut-être maladif, même si on voyait bien qu’il avait une bonne éducation et qu’il était câblé. Il a forgé son adolescence au club, le vélo l’a aidé à grandir. »

Au LSE de 9 à 14 ans, Seixas tourne autour de la trentaine de victoires annuelles. Les entraînements l’animent pendant la semaine, les courses du week-end sont un exutoire. « On n’utilisait pas encore le mot “phénomène”, mais on voyait bien qu’il était au-dessus du lot. Il vivait pour le vélo. À 10 ans, il ne parlait que de ça et il avait une meilleure connaissance du cyclisme que nous» , se marre Guy Chabrier. Une mutation professionnelle de sa mère, enseignante, le mène à Anse, à moins de dix kilomètres de Villefranche-sur-Saône. C’est là qu’il intègre le VCVB (Vélo Club Villefranche Beaujolais) en septembre 2021.

« Lors du premier stage de cohésion, chez les cadets 1, je vois arriver un gamin un peu perché, un peu différent des autres et je me dis que ça va être compliqué, rembobine Lilian Ruet, son directeur sportif en U17. Mais sur l’un des premiers jeux, j’ai vu son comportement avec les autres, comment il devenait leader en deux secondes, alors qu’il ne connaissait personne. Son côté humain était très affirmé et il a rapidement eu tous ses copains autour de lui. Il avait cette dégaine de mathématicien, de savant un peu fou, dans son monde, mais finalement la tête sur les épaules. Le gamin toujours à l’heure et qui ne fait jamais d’histoires.»

Dossard oublié et esprit de sacrifice

Yann Berny, lui aussi directeur sportif en 2021, a gardé une grande proximité avec Seixas. Dans les locaux du VCVB, il évoque les anecdotes de déplacements, les fois où «Polo» oubliait son sac, cherchait ses affaires pendant des heures avant de se faire engueuler, et même cette course de Coupe de France, pour laquelle il s’est présenté sans dossard. «La proximité d’âge, par rapport à d’autres entraîneurs, nous a sûrement liés. On se faisait confiance. Paul savait qu’il avait des qualités et un niveau, mais il avait envie de jouer, ça m’a marqué », soutient Berny (27 ans), en déambulant dans le club où les maillots de Seixas et les photos dédicacées du désormais coureur de Decathlon CMA-CGM trônent toujours en bonne place, malgré un passage au club finalement assez court.

« Ce n’était pas celui qui faisait le plus de bruit, mais il s’est intégré facilement. Parfois effacé, parfois tête en l’air, ses performances sur le vélo amenaient les mecs à lui faire confiance et à l’écouter », retrace Berny, qui échange encore régulièrement avec le médaillé de bronze des derniers Championnats d’Europe. « On était hyper-contents de partir avec lui sur des courses, car on savait qu’on pouvait gagner gros. Un élément comme ça, tu ne peux que l’aider. Il y avait toujours une bonne ambiance entre nous» , assure Cyprien Maisson, l’ un de s es meilleurs amis, rencontré en 2022 au VCVB.

Largement plus fort que les autres, empilant les titres de champion de France dans toutes les catégories et plusieurs disciplines, Paul Seixas n’est pourtant pas du genre à tirer la couverture à lui. «Au Tour de Gironde, en mai 2023, je cherchais comment lui expliquer que le Tour de Valromey, en juillet, lui correspondait mieux et qu’il fallait peut-être cette fois travailler pour un coéquipier qui avait ses chances,

Berny. Quand je lui en ai parlé, il m’a dit: “Je ne voyais pas les choses autrement, ne t’inquiète pas.” Et il s’est mis à la planche. Là, je me suis dit: “Lui, c’est quelqu’un…”»

Un exemple pioché parmi tant d’autres dans ses premières années de compétition. « Il avait une démarche intelligente et collective à chaque fois. C’était naturel pour lui. Tous ses débriefs étaient pertinents et réfléchis » , poursuit Berny, ému de raconter ces amitiés pérennes avec ses autres coéquipiers: «C’est la meilleure des récompenses pour nous, notre fierté. Il avait la culture du remerciement. Quand il est parti, c’était un oiseau qui quittait son nid et il m’a dit qu’il n’oublierait jamais ce que j’avais fait pour lui.»

«Je pleure à chaque fois que je le vois dans les bras d’un de ses potes, ajoute Lilian Ruet, le regard baissé en touillant son café. Il avait des valeurs et un coeur. Au Dauphiné (qu’il a terminé à la 8e place au général), sur l’avantdernière étape, après avoir passé la ligne, je l’ai vu à la télé faire demi-tour pour aller voir ses potes venus pour lui. Ça, c’est Paul. » Deux personnalités, celle dans son monde et tête en l’air au quotidien, celle animée par autre chose une fois sur son vélo. Au fond, le Paul Seixas de 2026 n’a pas tellement changé par rapport à celui des débuts lyonnais.

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