Le nouveau tour de force de Tadej Pogacar


Tadej Pogacar à l'arrivée du contre-la-montre 
en montagne, vendredi à Peyragudes.

19 Jul 2025 - Le Figaro
Jean-Julien Ezvan Envoyé spécial à Peyragudes

Son visage juvénile est un masque, son sourire un leurre. Tadej Pogacar cache une volonté de fer portée par des jambes de feu. Rien n’échappe à sa voracité. Le Slovène a, ce vendredi, survolé le contre-la-montre en montagne (le premier sur la route du Tour depuis l’alpe d’huez en 2004) tracé entre Loudenvielle et Peyragudes (13e étape). Un exercice atypique : 10,9 km haut perchés, pour un effort violent, spectaculaire qu’il a dominé sans trembler (en tête à tous les points de passage intermédiaires) en donnant l’impression d’avoir emprunté la télécabine Skyvall, l’ascenseur valléen qui rejoint Loudenvielle (900 m) à la gare d’arrivée au pied des pistes à Peyresourde (1 600 m).

Tadej Pogacar, toujours plus haut. Le leader de l’équipe UAE Team Emirates a empoché sa 21e victoire d’étape sur le Tour (la 4e cette année, après Rouen, 4e étape; Mûr-de-bretagne, 11e étape et Hautacam, 12e étape). Il se hisse à la 6e place des collectionneurs, seuls Mark Cavendish (35), Eddy Merckx (34), Bernard Hinault (28), André Leducq (26) et André Darrigade (22) devancent encore au palmarès de la Grande Boucle un phénomène qui a sûrement d’autres rendezvous en tête cette année. Au sommet du mont Ventoux (16e étape), pour l’histoire. En haut du col de la Loze (18e étape), pour régler un vieux compte. En 2023, victime d’une défaillance, avalé par la pente, le Slovène avait vécu une journée en enfer. Et comme il n’aime pas faire deux fois les mêmes erreurs…

Le Caméléon

À 26 ans, Tadej Pogacar a fait le vide autour de lui. Un 4e Tour victorieux (après 2020, 2021 et 2024) lui tend les bras, lui offrirait de s’asseoir à côté de Chris Froome. À une marche seulement du club des cinq, les recordmen Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Vidé de suspense, le Tour a encore beaucoup à offrir. Dans le dos de Tadej Pogacar, le match pour la troisième marche du pogacar, dium (5 coureurs en 1 min 26) s’annonce passionnant (Vingegaard, deuxième ce vendredi, à 36 s et requinqué, semble bien accroché à la place de dauphin).

Démiurge de lumière et d’ombre, Tadej Pogacar avancera, lui, vers Paris avec le poids des questions accrochés à ceux qui exercent une domination sans partage. Héritage d’une discipline qui, après avoir beaucoup souffert du poids des affaires, de la déferlante des scandales, s’impose un devoir de vigilance. Pogacar le sait, s’en accommode. Conscient de l’histoire, des enjeux. Pola cible. Pogacar, unique. Capable de lutter avec les meilleurs coureurs de classiques, avant de s’avancer en favori sur les courses par étapes, notamment sur la prestigieuse d’entre elles, le Tour de France. Pogacar, le caméléon, l’homme de toutes les saisons.

Un courant d’air

À l’ombre d’un Tour qui avance vite, certains souffrent et s’effacent, comme le malheureux Bryan Coquard, victime d’une fracture d’une phalange de l’annulaire droit et contraint à l’abandon. Ce samedi, au départ de Pau (lire ci-dessous), le peloton verra se dresser les difficultés : le Tourmalet (19 km à 7,4 %), puis le col d’aspin (5 km à 7,6 %), le col de Peyresourde (7,1 km à 7,8 %), avant la montée finale de Luchon-Superbagnères (12,4 km à 7,5 %). Christian Prudhomme, le directeur du Tour, présente : « C’est un retour, une renaissance. Lorsque la route menant au sommet de Superbagnères a été construite, le Tour de France est venu tout de suite (victoire de l’italien Imerio Massignan en 1960, de l’espagnol Federico Bahamontes en 1961, NDLR). Pour moi, c’est ensuite un souvenir, au lendemain de la chute de Luis Ocaña dans le col de Menté (succès de l’espagnol José Manuel Fuente en 1971), puis Bernard Hinault, vainqueur en 1979. Hinault encore en 1986 dans le cadre du duel avec Lemond. Hinault, qui avait lâché tout le monde la veille, a de nombreuses minutes d’avance. Il attaque encore ce jour-là avant d’avoir un coup de moins bien. Il perd de nombreuses minutes et Lemond se rapproche du Maillot jaune. C’est l’instant de la bascule… Enfin, 1989, c’était Lemond-Fignon. Superbagnères, c’est une journée de mythe.»

Tadej Pogacar pourrait lâcher un peu les rênes, offrir un peu de liberté, un courant d’air. À moins que la fureur de vaincre (15 victoires cette saison) ne vienne (encore) agir comme un démon, le rende irrésistible. Et le hisse dans un monde à part…

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