Dembélé, le diamant brut devenu buteur en or
Ousmane Dembélé reçoit le Ballon d’or,
lundi soir, au Théâtre du Châtelet, à Paris.
Sixième joueur français lauréat de la prestigieuse récompense, l’attaquant longtemps inconstant est devenu un tueur des surfaces.
« Comme Luis Enrique le dit, les titres collectifs sont les plus importants et amènent aux titres individuels. Ce Ballon d’or clôture une très belle saison, lors de laquelle on a dominé le football mondial »
- Ousmane Dembélé Attaquant du PSG
24 Sep 2025 - Le Figaro
Christophe Remise
Qui l’eût cru ? Au début de la saison dernière, peu nombreux sont les observateurs qui auraient misé un kopeck sur Ousmane Dembélé comme lauréat du Ballon d’or. Encore moins nombreux que ceux qui auraient imaginé le PSG sur le toit de l’europe. Un PSG départi de ses superstars au fil des années, tourné vers la patience, la jeunesse, la construction, le collectif. Le projet avait de l’allure, faisait sens, mais il réclamait du temps. Du moins, c’est ce qu’on croyait. Quant à Dembélé, on connaissait sa faculté à éliminer, à provoquer, à « brûler la rétine », selon une expression «mbappesque». Pour ce qui est de la finition, des chiffres, du dernier geste, ce n’était pas son fort. Un lieutenant de luxe, celui de Lionel Messi au Barça et Kylian Mbappé au PSG et en Bleu. Le plaisir avant les stats. Mais ça, c’était avant.
Et voilà le nouveau Dembélé paré d’or après avoir guidé Paris jusqu’aux plus hauts sommets européens la saison passée. Consacré lundi soir au Théâtre du Châtelet, alors que la plupart de ses coéquipiers étaient… à Marseille pour le Classique (perdu) contre L’OM (1-0). Nasser al-khelaïfi, lui, était présent. Les Ultras parisiens aussi. Sa famille et ses proches, bien sûr. « Je ne comptais pas pleurer, je voulais rester fort en remerciant tout le monde. Mais dès que j’ai commencé à parler de ma famille, de ceux qui sont là depuis le début, ça a lâché », a commenté le successeur de Rodri (Manchester City) au palmarès, le troisième Parisien à décrocher la timbale après George Weah (1995) et Léo Messi (2021, 2023). « Comme le coach le dit, les titres collectifs sont les plus importants et amènent aux titres individuels. Cela clôture une très belle saison, lors de laquelle on a dominé le foot mondial », résume l’intéressé.
«Dembouz» a notamment devancé largement le prodige barcelonais Lamine Yamal (18 ans) dans les votes, « un joueur extraordinaire », alors qu’on retrouvait neuf champions d’europe parmi les trente nommés. Une razzia. Le Portugais Vitinha a pris place sur le podium. D’ailleurs, l’ex-parisien Gigio Donnarumma a hérité tu Trophée Yachine (meilleur gardien) et le PSG a logiquement été élu meilleur club. Qui pour le titre de meilleur coach ? Luis Enrique, bien sûr…
Dembélé Ballon d’or ? Improbable au début de la saison écoulée, on l’a dit. En fait, personne n’aurait parié sur cette issue début décembre 2024, quand le PSG naviguait en dehors du top 24 de Ligue des champions. «Dembouz» n’était pas plus brillant que le reste de ses petits camarades, lui qui avait été bêtement expulsé lors de la défaite 1-0 à Munich, là où il serait sacré champion d’europe quelques mois plus tard. Il avait d’ailleurs été suspendu par son coach à l’automne, suite à un retard. «Ma meilleure décision de la saison», soufflait « Lucho » début 2025. « J’avais fait une petite bêtise. Il avait pris la bonne décision », reconnaît Dembélé. Improbable aussi car personne n’aurait pu imaginer sa mue sur la deuxième partie de saison, enfilant à la perfection le costume de « faux 9 ». Bien vu, Luis Enrique, artisan de cette transformation.
Ousmane Dembélé en 2024-2025, c’est un quadruplé avec le PSG (Ligue des champions, Ligue 1, Coupe de France, Trophée des champions) et une finale à la Coupe du monde des clubs. Une demi-finale de Ligue des nations avec les Bleus aussi. Les statistiques ? 35 buts en 53 matchs avec le club rouge et bleu, dont 21 en Ligue 1 (meilleur buteur). «On connaissait ses qualités individuelles, avec sa percussion, sa vitesse et ses dribbles. Maintenant, il a ajouté une chose essentielle : marquer des buts, note l’ancien buteur parisien Vahid Halilhodzic. Quand tu commences à marquer des buts, cela crée un désir, une soif de marquer tout le temps, c’est une maladie. Cela devient obsessionnel.» Meilleur joueur du championnat de France et de la Ligue des champions, compétition dans laquelle il a marqué huit fois, dont à Anfield (0-1) et à l’emirates (0-1). Six passes décisives en prime, dont deux en finale contre l’inter (5-0). Improbable au départ, tellement logique à l’arrivée.
La récompense du talent, bien sûr, mais aussi du travail, de la patience, du sérieux qu’il a appris au fil des ans, histoire de devenir un joueur fiable, rarement blessé, et qui peut répéter les efforts, les courses à haute intensité, le pressing cher à Luis Enrique. Depuis ses débuts, il a tout changé ou presque dans le travail invisible. Modèle. Certes, il est actuellement à l’infirmerie pour environ six semaines, mais, après la saison que les Parisiens viennent de vivre, on évitera d’imputer ce pépin à son ex-fragilité. 28 ans, l’âge de la maturité pour celui qui ne rêvait sans doute pas au Ballon d’or avant son pote Kylian Mbappé. « Ce sont les émotions, mon frère! Tu mérites × 1 000 », s’enthousiasme le Madrilène, parti un an trop tôt. Qui va à la chasse…
Et voilà Dembélé à la prestigieuse table de Raymond Kopa (1958), Michel Platini (1983 à 1985), Jean-pierre Papin (1991), Zinédine Zidane (1998) et Karim Benzema (2022). Le sixième Français lauréat du Ballon d’or. «C’est exceptionnel, d’entendre le nom de ces légendes et de faire partie de cette liste, s’est-il ému après avoir reçu son trophée. Je pense qu’il y aura encore beaucoup de Français qui la rejoindront, en tout cas je leur souhaite.»
L’artiste devenu tueur. Le showman devenu vainqueur. « Avec une qualité de finition supérieure, Dembélé serait peutêtre Ballon d’or», disait son ancien entraîneur Julien Stéphan, en 2024, lui qui l’a eu sous ses ordres à ses débuts, à Rennes. C’est fait. Après Rennes, «Dembouz» a exporté ses talents à Dortmund (2016-2017) puis à Barcelone (2017-2023), où il a si souvent été freiné par les blessures. Et avec les Bleus ? Le natif de Vernon (Eure) a soufflé le chaud et le froid (57 sélections, 7 buts), participant à la conquête de la Coupe du monde en 2018 depuis le banc et à l’épopée de 2022 au Qatar, où il avait été remplacé… à la mi-temps de la finale par Didier Deschamps. « Il le mérite, et c’est une bonne chose pour le football français », a salué le sélectionneur, décrivant un garçon « très sensible. Il a eu un parcours footballistique compliqué, avec des blessures, mais il a une force de caractère incroyable. »
Pour ce qui est de sa transformation en goleador, le meilleur buteur de l’histoire de la Ligue 1, Delio Onnis, souligne que «ce n’est plus du tout le même joueur, c’est devenu un vrai attaquant », relevant que « c’est un enfer d’affronter Dembélé pour les défenseurs. Quand il attaque, tu ne sais pas ce qu’il va faire avec ses pieds et ses appels, c’est un diable». «Il a découvert qu’il aime marquer, qu’il peut marquer, décrypte pour sa part Sonny Anderson, l’ancien attaquant de Monaco, Lyon, Marseille ou encore Barcelone. Les efforts défensifs, c’est ce qui le rend encore plus performant. On progresse à tout âge mais c’est tout à son honneur d’avoir eu l’intelligence de dire : “Il faut que je change, que j’évolue.” Chapeau à lui d’accepter ce changement, de vouloir changer, encore progresser. » C’est la clé. Le potentiel, il l’a toujours eu. Encore fallait-il l’exploiter pleinement. Dembélé l’a fait. La clé des champs.
Ousmane Dembélé dans toute sa splendeur. L’inconstant artiste, l’ambianceur de vestiaire est devenu un modèle de régularité et de discipline, lui que Luis Enrique voulait voir récompensé «pour sa manière de défendre» encore plus que pour ses buts. Pour ce Paris Saint-germain où le « nous » est désormais plus fort que le «je», le symbole aurait peut-être été encore plus beau en cas de sacre d’achraf Hakimi (finalement 6e), mais le football est ce qu’il est. Les buts, les passes décisives, les statistiques, ça compte. Ousmane Dembélé, un Ballon d’or à l’image des champions d’europe. Brillant mais tourné vers le collectif. La pépite Lamine Yamal entamera bien assez tôt sa moisson de Ballons d’or. Ce n’est qu’une question de temps pour le prodige. En attendant, c’est l’heure de gloire du PSG et d’Ousmane Dembélé.
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Roi du Paris SG… mais pas encore de l’équipe de France
24 Sep 2025 - Le Figaro
Baptiste Desprez
Lundi soir au Théâtre du Châtelet, Didier Deschamps, assis aux premières loges, n’a pas perdu une miette du sacre d’ousmane Dembélé. Après la cérémonie, les deux hommes se sont retrouvés en coulisses, le premier félicitant chaudement le second. Entre empoignades et poignées de main chaleureuses. Signe d’une proximité non feinte, Dembélé a eu un mot pour son sélectionneur dans son discours de victoire, le remerciant pour « sa confiance depuis des années dans les bons et les mauvais moments », ambitionnant même de « gagner une Coupe du monde pour lui », l’été prochain aux États-unis.
De son côté, «DD», qui a lancé en Bleu le nouveau Ballon d’or en septembre 2016, a tenu à saluer « sa force de caractère incroyable » dans un « grand soir pour lui et le football français ». Du président de la FFF (Diallo), en passant par la LFP (Labrune), ou encore ses (ex-)coéquipiers de sélection (Mbappé, Giroud…), de clubs (Kimpembe, Hakimi, Rennes, Évreux…), Ousmane Dembélé a suscité l’adhésion de l’ensemble du football français. Une rareté dans la séquence actuelle. La victoire rassemble, ce n’est pas nouveau.
Reconnaissance planétaire
Tête de gondole d’un Paris SG exceptionnel la saison passée (35 buts en 53 matchs), Ousmane Dembélé, 28 ans, ne jouit pas pour autant du même statut en équipe de France. Champion du monde en Russie, présent dans toutes les campagnes depuis ses débuts (Mondial 2018-2022, Euro 2021-2024), le natif de Vernon (57 sélections, 7 buts), est un membre essentiel des Bleus sur et en dehors du terrain. Mais il reste malgré tout, dans la hiérarchie, derrière un certain Kylian Mbappé (92 sélections, 52 buts), deuxième meilleur buteur de l’histoire et numéro un dans l’esprit du sélectionneur au poste de numéro 9. Problème de riche.
Questionné lundi soir sur la supposée nouvelle pression de gérer un Ballon d’or, Didier Deschamps a réfuté cette idée. « Non, ce n’est pas ça, balaie-t-il d’un revers de main. “Ous” restera “Ous”, même s’il est mis dans la lumière mondialement aujourd’hui, c’est tout ce qu’il ne recherche pas. Il ne changera pas pour autant. » Replacé dans une position d’avant-centre - plutôt de faux n° 9 par Luis Enrique au PSG, avec la réussite qu’on lui connaît, Ousmane Dembélé n’est pas utilisé à ce poste chez les Bleus. Notamment parce que Mbappé occupe la place. Les deux hommes n’ont pas le même profil mais jouent malgré tout au même endroit. « Ousmane n’est pas tout le temps à droite, rien n’est figé, avançait le technicien basque en juin dernier avant Espagne-france (5-4). C’est un équilibre à trouver, mais je ne vais pas modifier la position de Kylian. “Ous” peut alterner entre droite et gauche avec les autres offensifs. » Mais pas dans l’axe.
La reconnaissance planétaire de Dembélé lundi soir, devant des clients comme Yamal, Mbappé, Salah, Haaland ou encore Vinicius et Kane, peut-elle amener Didier Deschamps à changer ses plans, voire à bousculer la hiérarchie établie ? Pas certain. La saison à venir apportera ses réponses. Reste à savoir aussi comment l’ancien Rennais digérera son sacre, en club comme en sélection. Sa vie a changé. Les attentes aussi.
En mai dernier, au moment de recevoir son titre de meilleur joueur de Ligue 1, Ousmane Dembélé avait chambré Didier Deschamps sur son positionnement en Bleu. «Il me met encore à droite », a-t-il plaisanté devant l’assistance. « Je vais te mettre à gauche » ,a rétorqué Deschamps présent à ses côtés. Quatre mois plus tard, l’attaquant du PSG a été élu meilleur joueur du monde. Charge à lui de confirmer. Et à l’équipe de France d’en profiter.
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