« JE LES AI SAOULÉS POUR FAIRE DU VÉLO »


“Je suis assez mince et je n’ai peut-être pas encore ma forme adulte. 
Je serai peut-être un peu plus étoffé dans deux ou trois ans, et ça fera la différence"

“Les médias s’enflamment très vite. Finalement, 
c’est plus simple d’être le meilleur d’une génération 
plutôt que le meilleur de toutes les générations"

“Ce que je voulais en début d’année, c’était apprendre. 
Performer, c’était du bonus"

14 Oct 2025 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

Dans le cadre d’une rencontre avec des abonnés de « L’Équipe », hier, Paul Seixas, 3e des Championnats d’Europe et 7e du Tour de Lombardie pour sa première saison chez les professionnels, et révélation de l’année, a notamment avoué avoir, enfant, seriné sa famille pour commencer son sport…

Le Tour de France lui a servi de comité d’accueil. Christian Prudhomme, le patron de la Grande Boucle, en compagnie de son adjoint Pierre-Yves Thouault, et de Thierry Gouvenou, le directeur technique d’ASO, étaient dans le hall d’entrée lorsque Paul Seixas est arrivé à L’Équipe, peu après 10 h15 hier matin. La jeune pépite française (19 ans) venait rencontrer dix de nos abonnés. Lesquels avaient plein de questions à lui poser pour mieux le comprendre, le cerner et rêver avec lui de son avenir ou des attentes qui l’escorteront désormais durant sa carrière. Pendant quasiment une heure, le coureur de Decathlon-AG2R La Mondiale, qui vient de conclure une exceptionnelle première saison samedi au Tour de Lombardie (7e), s’est livré, détendu, face à un casting passionné devélo lui aussi.

MATTEO: Quelles courses aimeriez-vous faire la saison prochaine ou dans les années à venir?

Il y enatellement dans le calendrier que je nesais parfois plus oùdonner dela tête. Lerêve, bien sûr, c’est defaire le Tour de France. C’est la plus grande course pour moi. Mais il y ale rêve et la réalité. Et la réalité, c’est derester mesuré. Quandon fait unprogrammedecourses, il faut que ce soit intelligent, pertinent. C’est pour ça qu’on n’a pas encore décidé si je faisais le Tour en2026. Ons’est dit qu’on ferait un grand Tour, mais je nesais pas lequel. Sur les Classiques, Liège-Bastogne-Liège est celle qui m’intéresserait le plus, l’année prochaine. J’aimerais bien découvrir les Strade Bianche assez tôt, mais je nesais pas si ça correspondra avec les courses d’une semaine World Tour. Paris-Nice ouTirreno-Adriatico, c’est assez proche dans les dates.

BERTRAND: Vous parliez de Liège-Bastogne-Liège et je suis de Bastogne... Quel est votre rapport à cette course, à ses côtes? La connaissez-vous?

Petit, je n’ai pas eul’occasion d’y aller, mais je la regardais souvent àla télé. L’an dernier, je l’ai gagnée enjuniors. J’ai tout desuite accroché, ce type d’efforts mecorrespond vraiment bien. Les efforts detrois àsix-sept minutes, c’est untravail différent depur grimpeur quandonjoue unclassement général ousur unchrono. Aller sur cette classique permet d’être uncoureur complet, debosser cela. Donc, ça m’intéresse. LaRedoute, par exemple, me conviendrait vraiment bien. C’est pour ça que Liège-Bastogne-Liège est aussi une des étapes pour la saison prochaine. J’aimerais bien faire Paris-Roubaix unjour, mais je pense quej’avais plus dechance chez les juniors oules Espoirs (rires). Mais j’aime vraiment les pavés!

Avec vo'tr'eéquipe, FAYÇAL: avez-vous déjà quantifié votre pourcentage d’évolution et d’amélioration physiquement pour les trois prochaines années?

Onnel’a pas fait. Onnepeutpastrop prévoir ça. Je sais enrevanche queje peux augmenter les charges d’entraînement. Il y atoujours des axes deprogression quandonest néo-pro. J’ai euplein d’enseignements aufil dela saison, certaines choses ont été mises enplace, d’autres le seront ensuite. Il y aaussi un développement physique queje peux avoir avec les années. Je suis assez mince et je n’ai peut-être pas encore ma forme adulte. Je serai peut-être unpeuplus étoffé dans deux outrois ans, et ça fera la différence. Entre 18 et 21 ans, il y aencore du développement musculaire.

ARTHUR: Comment voyez-vous votre profil?

Je ne me compare pas trop aux autres coureurs. Je préfère rester sur ce queje fais. Je suis jeune, je progresse différemment d’un athlète de 25-26 ans. Si je devais prendre mondébutdesaison et la fin, j’ai progressé et ce n’est plus la même histoire. Les gens peuvent penser beaucoup debien demoimaissi, à la fin, je nesuis pas le plus grand coureur, ce sera mon problème. Si je n’arrive pas à faire ce que les gens attendent de moi, ils seront déçus, mais moije fais ce queje peux.

MARC: Commevous êtes constamment mis en avant, comment gérez-vous l’exercice médiatique? Avez-vous fait du media training?

Je nem’entraîne pas pour ça, mêmesion enafait uneoudeuxfois, sur des axes particuliers. C’est aussi la fréquence à laquelle onenfait qui aide. Si tu enfais souvent, tu progresses assez vite. Depuis quej’ai 14 ans, je fais des interviews régulièrement, donc je suis àl’aise…

VINCENT: On a vu, parfois dans d’autres sports, des gens précoces qui ne franchissaient pas nécessairement le pas ensuite. Comment éviter les pièges pour arriver au plus haut niveau sur la durée?

Il y a beaucoup degrands talents annoncés, les médias s’enflamment très vite. Finalement, c’est plus simple d’être le meilleur d’une génération plutôt quele meilleur detoutes les générations. Mais il faut voir la qualité dela génération aussi, qui peut biaiser les avis. Le deuxième facteur, c’est la mentalité, la gestion des choses. Leplus important, c’est de donner le meilleur de moi-même. Onn’a aucune certitude, tout simplement. Si mon meilleur résultat encarrière, c’est cinquième sur le Tour deFrance, ehbien ce sera cinquième sur le Tour de France. Mais je vais tout mettre en place pour réussir. Il faut prendre les bons conseils aux bons endroits et éviter les erreurs.

SÉBASTIEN: À quel moment avez-vous eu un déclic pour devenir un champion et que voulez-vous avoir coché dans dix ans?

Je ne me suis jamais mis de barrières, je me suis toujours donné à fond et c’est venu avec le temps. Petit à petit, étape après étape, course après course, j’ai commencé à gagner et j’ai toujours voulu faire mieux à chaque fois. C’est un peu fou. Je ne me suis pas dit à tel moment, tiens, je vais passer pro, tiens, je vais finir troisième des Championnats d’Europe. La première course quej’ai gagnée, j’avais 8 ou 9ans, à Bourg-en-Bresse. C’est la toute première à laquelle j’ai pris part. Et pour dans dix ans, je n’ai pas forcément d’objectifs en termes de courses. Je ne peux pas dire comment je vais progresser.

NOLAN: Après quoi courez-vous finalement? Qu’est-ce qui vous rend heureux actuellement?

C’est untout. Pour faire ce sport, ce métier, il faut que ça reste une passion. Je suis un très grand passionné de vélo. Personne n’en faisait dans ma famille, je les ai saoulés pour enfaire. Je prends du plaisir sur mon vélo, en course mais aussi à l’entraînement. C’est parfois moins drôle lors des séances, il y adeshauts et des bas, mais le plus important, c’est la constance. Si onest tout le temps dans le stress, c’est difficile. Il faut se faire plaisir sur un vélo. La performance vient avec le plaisir. Il y atoujours des petits objectifs oudes sous-objectifs. Suivre les plus grands, c’est unrêve. Quand je les voyais l’an dernier à la télé, je ne me disais pas queje serais dans leur roue. C’est ça qui me fait vibrer. J’aime voir les plus grandes performances et m’en inspirer.

ALIX: Une de vos performances vous a-t-elle déçu cette saison?

Je mere tourne rarement vers le passé. Je fais le bilan quandj’ai fini la course, les décisions prises qui ont été bonnes ou mauvaises, mais ensuite je regarde plus loin. Sinon, cette année, j’ai puêtre déçu sur le chrono des Mondiaux (il a terminé 6e à plus de 4'). Il y avait des conditions extrêmement difficiles, j’étais dans une mauvaise journée, ça arrive et il n’y arien à faire. Il faut juste accepter d’être moins bien. Ça fait partie de l’apprentissage. J’ai de la chance jusqu’à présent, je fais souvent des bonnes performances, je continue ma progression, mais c’est sur tout parce que je suis jeune. Ce que je voulais en début d’année, c’était apprendre. Performer, c’était du bonus.

QUENTIN: Je vous ai suivi en voiture lors du chrono des Championnats de France, fin juin. Travaillez-vous spécifiquement cet exercice, notamment en soufflerie, ou y a-t-il une part d’inné?

Le chrono, c’est unetrès petite part d’inné et unegrosse part detravail. Il faut tenir très longtemps la position, elle n’est pas agréable, c’est très dur mentalement. Chaqueannée, si onregarde bien, des détails changent, la position oule matériel. Onpeutgagner sur l’aérodynamisme, j’ai fait énormémentdetests ensoufflerie déjà. Par rapport àcertains coureurs, j’ai un gabarit différent. Je suis plutôt fin, mais pas très large d’épaules, donc c’est avant ageux en termes d’aérodynamisme. Il faut savoir mettre la puissance qu’il faut avec la position. C’est une très belle discipline. Quandje prépare unchrono, je fais deux ou trois séances par semaine. J’aime bien faire des intensités enchrono, c’est complet, je progresse aussi pour la route. Cet exercice sollicite également le haut du corps et le gainage, pas seulement les jambes. C’est ce qui permet par exemple à Tadej Pogačar derester assis sur la selle longtemps, il aunevraie force dans les reins, il met beaucoup de puissance sur son vélo longtemps. Chaque position est vraiment la plus optimisée pour chaque coureur. Il y a des évolutions en permanence.

MARC: Votre contrat avec Decathlon-AG2R La Mondiale se termine en 2027. Avez-vous déjà entamé des négociations pour une prolongation?

J’ai passé mes deux dernières années à négocier des contrats. Cette année, j’ai souhaité couper complètement ça, je ne négociais plus rien. Je ne suis pas encontrat jusqu’à 2030, c’est vrai, mais je voulais profiter de ma saisons ans penser à l’après-après-après. J’ai signé trois ans, je suis bien dans l’équipe, j’ai déjà passé une bonne année et je préfère pour l’instant rester là-dessus sans réfléchir à l’avenir. Il semble bien avec l’équipe, mais je préfère attendre. J’ai un agent qui me représente bien sûr, mais lui aussi m’adit de ne pas y penser tout le temps. Il y a suffisamment de choses à penser à côté. Je préfère rester concentré sur ce que je fais, c’est compliqué sur le vélo si on pense tout le temps aux contrats. »

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