TOUS CONQUIS
Paul Seixas les a tous mis d’accord. Ils sont sept anciens champions cyclistes français (ci-dessus) à prédire le meilleur pour leur jeune compatriote.
SEIXAS LES ENFLAMME TOUSUS
Les anciens coureurs français portent déjà un regard admiratif sur Paul Seixas, qui disputera, demain, le Tour de Lombardie. Tout en pointant du doigt la pression qui va l’escorter toute sa carrière.
10 Oct 2025
L'Équipe
UN POTENTIEL QUI FAIT L’UNANIMITÉ
« Je ne suis pas quelqu’un qui s’enflamme, mais là… »
JEAN-FRANÇOIS BERNARD
JEAN-FRANÇOIS BERNARD
Bluffés, impressionnés, admiratifs. Les qualificatifs sur le potentiel de Seixas et sa saison 2025 ne manquent pas dans la bouche de nos intervenants. « On est sur un coureur de gros calibre, qui en plus a une marge de progression, relève Jean-François Bernard, 3e du Tour 1987. En plus, ce qui est assez intéressant, c’est qu’il sait faire des choix, il a des idées bien arrêtées. Pour moi, c’est du lourd. Je n’en ai pas beaucoup vu de Français, à ce niveau-là… Je ne suis pas quelqu’un qui s’enflamme, mais là le gamin… » « Il a la tête sur les épaules, complète Charly Mottet, vainqueur du Tour de l’Avenir 41 ans avant Seixas. Il a un potentiel important et il est très structuré. Il apprend très vite de lui-même. » «Ça fait très longtemps qu'on n'avait pas eu un coureur de ce potentiel-là, remarque Bernard Thévenet, vainqueur du Tour 1975 et 1977. Maintenant, on peut déceler le potentiel d'un jeune grâce à des tests effectués très tôt et les siens démontrent quelque chose d'énorme. Je pense qu'on n'a pas vu ça depuis Hinault. » Bernard retient également son sens de la course aux Championnats d'Europe, où il est allé chercher dans le final la médaille de bronze: « Il a compris le truc... Certains disent que ce ne sont que les Europe, OK, mais il y avait Pogačar, il y avait Evenepoel, et c'est lui qui finit sur le podium, alors que derrière c'est quand même des costauds. » « Évidemment, ça veut dire beaucoup, enchaîne la référence Bernard Hinault. On ne peut pas être aussi performant à ce niveau par hasard, il ya quelque chose chez lui qui inspire beaucoup d'optimisme pour la suite. »
« On ne peut qu'être admiratif de ses performances, c'est un signal fort que les barrières d'entrée peuvent vite sauter avec le talent, c'est hyper encourageant, apprécie le néo-retraité Romain Bardet, 2o du Tour 2016, 3o en 2017. On est certainement face à un phénomène vraiment unique. Avant, ils voulaient tous devenir des "Remco", maintenant ce seront certainement des "Paul" ».
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LE TOUR DE FRANCE DÈS 2026?
« Si j’étais lui, je passerais mon tour »
BERNARD HINAULT
Seixas n’ayant pas encore couru de Grand Tour, les avis sont nuancés sur sa présence en France en juillet prochain. « Le Tour, ce serait prématuré, mais un des deux autres, oui » , affirme Thévenet, lancé sur la Grande Boucle à 22 ans et demi. « C’est lui seul qui sait s’il a vraiment envie de le faire ou pas, pose pour sa part Hinault, qui a remporté le Tour (à 23 ans et 7 mois), le Giro et la Vuelta à sa première participation. J’espère qu’il aura aussi le droit de donner son avis, car ça le concerne en premier lieu. Est-ce qu’il ne faudrait pas commencer plutôt par le Giro ou la Vuelta pour se dire: “Tiens, je vais voir comment je me comporte avec des très bons”, plutôt que d’attaquer directement avec le Tour de France où il tombera obligatoirement sur Pogačar? Si j’étais lui, je passerais mon tour pour 2026, pour me faire les dents face à des adversaires plus à ma portée. »
« J’espère qu’ils vont le préserver, au moins du Tour de France. Les Mondiaux, en 2027, c’est là où il va commencer sa carrière de grand champion, soutient Mottet. Il est encore en formation. Il faut l’épauler, avec l’expérience des anciens. C’est très impor tant. Il ne faut pas se brûler les ailes. » Jérôme Coppel, 4e du Tour de l’Avenir en 2008 et qui avait à peine 23 ans lorsqu’il a découvert le Tour en 2009, ne ferme aucune porte à Seixas, qu’il connaît bien : « Je ne serais pas étonné de le voir au Tour l’an prochain. Physiquement, il a les capacités de se lancer là-dedans. Pas pour viser un classement général, mais pour voir ce qu’est un Tour de France. Il faut qu’il apprenne, qu’il voit comment son corps réagit après 12, 15, 18 jours de course. Le reste, c’est du bonus. S’il finit avant-dernier, on s’en fout, peut-être même qu’il aura gagné une étape. On peut m’expliquer ce qu’on veut, mais on ne peut pas simuler un grand Tour en allant faire le Dauphiné ou le Tour de Romandie. » « Il peut découvrir le Tour sans faire n’importe quoi, souffle aussi Bernard. En plus, il est dans une équipe où on a la tête sur les épaules, je pense. Il n’est pas obligé d’être tous les jours au charbon, personne ne doit attendre quelque chose de lui, qu’on ne lui dise pas: “Tu dois finir dans les cinq premiers du Tour.” »
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LA PÉPITEl, LE SUCCESSEUR, LES ATTENTES
« Il faut le laisser prendre de la maturité tranquillement »
LUC LEBLANC
Il serait « le » coureur français qui succédera à Hinault, dernier vainqueur du Tour de France en 1985. La petite musique a déjà commencé à monter et elle n’est pas près de s’arrêter. Pour le pire et le meilleur. « Si on dit aujourd’hui qu’il est susceptible de gagner le Tour, on peut être déçus, freine pourtant Luc Leblanc, champion du monde en 1994 et vainqueur de deux étapes sur la Grande Boucle. Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu un coureur français de sa trempe, c’est sûr, donc on peut s’enflammer tous ensemble. Mais il faut rester vigilant, le laisser prendre de la maturité tranquillement. Ça peut être la locomotive que le cyclisme français attend. »
« Ce grand statut de futur vainqueur du Tour, c’est peut-être aller un peu vite en besogne, tempère Mottet. Le risque, c’est qu’on attende beaucoup de lui trop tôt. Comme Romain Bardet à l’époque, il va grandir tout seul en France et être exposé. Quand je passe pro, en 1983, dans mon équipe, j’avais Hinault, LeMond, Fignon, (Marc, ndr) Madiot… » « On cherche le Français qui va gagner le Tour, mais il faudrait déjà qu’on cherche le Français qui va gagner Paris-Nice, celui qui va gagner le Dauphiné, pointe Bernard. S’il les gagne, il prendra une autre dimension. » Bardet craint forcément l’écueil de la pression mais entrevoit chez lui une solidité mentale: « Il a l’air armé pour affronter ça. De tout ce que j’entends, il a un recul, une insouciance et surtout des jambes qui vont le mener loin. » « Je suis marqué par son état d’esprit, la façon dont les choses et la pression glissent sur lui, observe aussi Coppel. On cherche le successeur depuis tant d’années. Dès qu’un garçon a des résultats, on lui en parle… Et lui, c’est le premier dont on sait, dont on est sûr, qu’il a ça dans les jambes. Il arrive, il fait du vélo et il s’en fiche de ce qu’on dit de lui. Ça m’épate. Les attentes n’ont pas l’air de le toucher. »
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LA RUBRIQUE CYCLISME
« Il n’y a qu’une chose à dire c’est: chapeau, oui vraiment chapeau! Qui pourrait dire le contraire pour un jeune de 19 ans? » L’homme qui parle s’appelle Bernard Hinault et compte, au milieu d’un palmarès gargantuesque, 5 Tours de France. Il évoque Paul Seixas, 3e des derniers Championnats d’Europe, 13e des Mondiaux, 19 ans depuis quelques jours et pépite annoncée du cyclisme français. Les anciens coureurs, d’hier, avant-hier et plus loin encore, jugent chacun avec leurs mots la promesse de Decathlon-AG2R La Mondiale, qui disputera son premier Monument, samedi, sur le Tour de Lombardie.

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