ARSENAL - Du rouge pour un canon
D’abord bordeaux, le maillot d’Arsenal est rouge à manches blanches depuis les années 1930. Herbert Chapman, le manager, voulait que ses joueurs reconnaissent plus facilement leurs partenaires.
“Voir JVC sur le maillot, c’est comme voir une partie de mon enfance ''
- TONY ADAMS, CAPITAINE HISTORIQUE D’ARSENAL
26 Nov 2025 - L'Équipe
VINCENT DULUC
Maillot rouge, manches blanches. En France, cela a représenté, longtemps, le Stade de Reims et Raymond Kopa, l’équipe la plus populaire du pays, la première à intégrer le récit national de l’après-guerre. En Angleterre et au-delà, cela reste les couleurs d’Arsenal. Mais, comme souvent, la couleur vient d’ailleurs, de joueurs de passage ou du hasard, et il ne s’agit pas du même rouge, d’ailleurs. En 1886, trois joueurs de Nottingham Forest, Fred Beardsley, Bill Parr et Charlie Bates, rejoignent le club de Dial Square FC, à Woolwich, juste à côté du Royal Arsenal, au sud de la Tamise, à l’est de Londres. Ils débarquent avec leur maillot rouge qui tire sur le bordeaux, avec un col et trois boutons, et pour limiter les dépenses, le club décide d’acheter huit autres maillots rouges plutôt qu’un jeu de maillots complet. La thèse alternative est que Nottingham Forest a carrément offert un jeu de maillot, et que la couleur originelle d’Arsenal est le fruit de cette générosité.Thierry Henry sous le maillot iconique des Invincibles, champions d’Angleterre en 2004 sans perdre un seul match en Premier League.
Quand le club devient Woolwich Arsenal, en 1891, puis Arsenal, en 1913, l’année où il quitte Woolwich pour le quartier d’Highbury, les Gunners portent ce mêmemaillot rouge sombre, plutôt bordeaux. Les influences en la matière sont si décisives qu’un dirigeant du Sparta Prague, le Dr Petric, de passage à Woolwich Arsenal en 1906, retournera en Tchécoslovaquie avec cette idée, si bien qu’aujourd’hui encore, le Sparta Prague évolue en maillot bordeaux. En hommage, Arsenal avait porté un maillot domicile de cette teinte pendant toute la saison des adieux à Highbury, en 2005-2006.
Le rouge est arrivé avec le manager emblématique, Herbert Chapman (1925-1934), en même temps qu’une autre composante essentielle: les bandes blanches. Pour Chapman, rien ne se fait au hasard. Il pousse à la retransmission des matches à la radio et à la télé, fait débaptiser la station de métro Gillespie Road en Arsenal, et sur le terrain, réfléchit aux gains marginaux, déjà : le choix des manches blanches et des chaussettes rayées rouges et blanches n’est pas un choix esthétique, mais un parti pris sportif. Il estime que ses joueurs verront plus vite leurs partenaires pour leur transmettre le ballon, à une époque où les couleurs peuvent être proches. L’idée des manches blanches, elle aussi, fait l’objet de deux théories : il a vu un de ses joueurs porter un maillot pardessus un pull blanc, à l’entraînement, ou alors a joué au golf avec Tom Webster, alors célèbre caricaturiste de sport dans la presse anglaise, qui était ainsi habillé dans leur partie. Chapman résumera ainsi le virage: « Arsenal devait se distinguer, sur le terrain comme dans l’esprit des supporters. Les manches blanches étaient une marque d’élégance et de confiance. »
L’évolution, au fil du temps, est ensuite celle du logo (d’abord le badge du club, mais le canon apparaît dès 1967), puis de l’équipementier (Umbro apparaît à la fin des années 70), et enfin celle du sponsor maillot, qui sera JVC de 1981 à 2000, avant Dreamcast (2000), O2 (2002) et Fly Emirates (depuis 2006). « Voir JVC sur le maillot, c’est comme voir une partie de mon enfance » , dira Tony Adams, capitaine historique. Quand Nike arrive, en 1994, Arsenal a déjà exploré tous les concepts avec Adidas, jusqu’à « la banane écrasée » , de Ian Wright et ses amis, en 1993, un maillot jaune avec des formes géométriques noires. Mais quand il s’agit du maillot domicile, la sobriété et l’élégance du maillot rouge et des manches blanches demeurent la base, ainsi résumée par Arsène « Le maillot d’Arsenal doit représenter la classe, mais aussi la simplicité. Ce n’est pas un costume: c’est une identité sportive. »
Grande spécialiste d’Arsenal, autrice de plusieurs livres et documentaires sur le club, notamment sur le titre de 1989 et la saison des Invincibles, en 2003-2004, Amy Lawrence avoue sa préférence: « L’âge est un facteur important dans ces choix. J’adore le maillot du doublé, en 1971, très simple: rouge à manches blanches et orné d’un discret canon. C’était un maillot iconique, et c’était mon premier. Avec trois nouveaux maillots chaque année, les goûts varient énormément. Mais le maillot “banane écrasée”, et ses variantes, a toujours beaucoup de succès. Et cette année, je sais que le troisième maillot blanc avec des touches de rouge foncé est très tendance. » Depuis 2019, Adidas est aux commandes, sans s’écarter de la devise du club, régulièrement apparue sur le revers du col: « Victoria Concordia Crescit ». La victoire à travers l’harmonie, mais plutôt en rouge, et avec un canon sur le coeur.
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