«On a une action humanitaire»
Vainqueur du Nicaragua mardi, Haïti a validé son billet pour sa première Coupe du monde depuis 1974. Un exploit retentissant pour une sélection forcée de s’exiler à cause de la situation sécuritaire du pays.
20 Nov 2025 - L'Équipe
ELIO BONO et MATTEO AMGHAR
Le 18 novembre est décidément une date symbolique dans l’histoire d’Haïti. Le jour de la bataille de Vertières en 1803, synonyme de capitulation de l’armée française quelques semaines avant l’indépendance du pays, est également celui, deux cent vingtdeux ans plus tard, de qualification à la Coupe du monde. « On voulait se qualifier à cette date» , indique le gardien et capitaine Johny Placide. Les Grenadiers sont de retour dans la compétition cinquante et un ans après leur seule participation, en 1974 (éliminés au premier tour), grâce au succès contre le Nicaragua (2-0), combiné au nul entre le Costa Rica et le Honduras (0-0).Ci-dessus, la joie des joueurs et du staff haïtiens dans la foulée de leur qualification. Ci-contre, une scène de liesse dans la capitale, Port-au-Prince.
Un exploit retentissant acquis à Curaçao, où les Haïtiens sont forcés de s’exiler depuis 2021 et leur interdiction de jouer à domicile au vu de la situation sécuritaire du pays. «On a peu de moyens, on joue tous nos matches à l’extérieur et sur un synthétique, le décalage horaire est de 8 heures pour la plupart de nos joueurs… C’est juste incroyable ce qu’on a réussi en 13 rassemblements», jure Alexandre Dellal, préparateur physique de la sélection depuis mars 2024.
En interne, on refuse toutefois de qualifier la performance de « surprise » . Car si Haïti s’est extirpé du groupe le plus costaud de la zone Concacaf, le succès a surtout été vécu comme une «libération» , comme l’illustre Placide, du haut de ses 37 ans, dont quinze avec la sélection (79 capes). En témoignent les scènes de liesse à Port-au-Prince, la capitale, et dans tout le pays.
L’apport des binationaux
«Tout le monde m’a pris pour un fou lorsque j’ai accepté ce défi, mais j’avais bien observé l’équipe, rejoue Sébastien Migné, sélectionneur depuis un an et demi. Je savais que plusieurs binationaux pouvaient nous rejoindre et qu’on avait une fenêtre supplémentaire en l’absence du Canada, du Mexique et des États-Unis (qualifiés d’office comme pays organisateurs). » Jean-Ricner Bellegarde (Wolverhampton), Josué Casimir (Auxerre) ou Hannes Delcroix (Burnley) se sont ainsi greffés au projet cette année, en attendant d’autres éventuelles nouvelles têtes. Od sonne Édouard (Lens) ou Wilson Isidor (Sunderland) sont éligibles et ont félicité la sélection sur Instagram. «On a des certitudes avec des éléments présents depuis le début de cette aventure, donc on fera attention pour ceux qui prendront le chemin en route» , explique Migné.
Les piliers se nomment Carlens Arcus (Angers, 51 sélections) ou Frantzdy Pierrot (AEK Athènes, 47). Un vrai saut qualitatif pour une sélection longtemps victime de son instabilité. « La première fois que j’y suis allé (en février 2008), le sélectionneur est parti au milieu du rassemblement, illustre Romain Genevois, ex-défenseur (10 capes). Il y avait des problèmes de paiement, de mauvaise gestion…»
Si la Fédération s’est, depuis, structurée, la situation au pays, qui est l’un des plus pauvres au monde, reste chaotique. Depuis 2022, 16000 Haïtiens ont été tués, selon l’ONU, dans un pays en proie à la guerre des gangs. Haïti n’a plus de chef d’État depuis l’assassinat en 2021 du président Jovenel Moïse. « Les gens n’imaginent pas ce qui se passe en Haïti, contextualise Dellal. Il y a une guerre civile, mais ce ne sont pas deux camps qui s’opposent, ce sont des gangs. Des gens sont chassés de leur maison, c’est inimaginable. Au-delà du football, on a une action humanitaire.»
Sans possibilité de se rendre en Haïti, le groupe de Migné trouvera un élan populaire cet été, surtout si le tirage au sort, prévu le 5 décembre, place les Grenadiers aux États-Unis ou au Canada, deux pays à fortes diasporas haïtiennes. « À la Copa América 2016 (la seule de l’histoire du pays), on avait affronté le Brésil à Orlando (Floride), rejoue Genevois. On en avait pris 7, mais dès qu’on a mis un but (1-7 score final), le stade a fait un tel bruit… Ça tremblait ! » « J’espère juste qu’on ne jouera pas au Mexique, rigole Placide. Mais bon, on sera là pour kiffer et rendre fier le peuple.»

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