CAN Une compétition en cinq feuilletons
SALAH ET HAKIMI DEUX STARS EN SALLE
PhOTO ChArly TriBAlleAu.
AFPMohamed Salah et Achraf Hakimi lors de la CAN 2021.
La Coupe d’Afrique des nations s’ouvre dimanche au Maroc, avec un match opposant le pays hôte aux Comores.
«Libération» braque ses projecteurs sur cinq petites histoires au coeur de la grande.
19 Dec 2025 - Libération
ANTOINE GALINDO, RACHID LAÏRECHE, CÉLIAN MACÉ, ROMAIN MÉTAIRIE ET SAMUEL RAVIER-REGNAT
La cloche tinte. La Coupe d’Afrique des nations (CAN) est de retour. La 35e édition se déroule au Maroc du 21 décembre au 18 janvier. Dimanche, à Rabat, le pays hôte ouvrira le bal face aux Comores. Un mois qui fait vibrer tout un continent, mais pas seulement. La compétition dépasse désormais les frontières de l’Afrique. Qui sera le nouveau roi ? Le Maroc, demi-finaliste de la dernière Coupe du monde, figure forcément en haut de la pile. Le pays hôte et son effectif ultra-complet ne visent que la victoire finale. Le Sénégal est également taillé pour rafler la couronne africaine. Derrière les deux favoris, un tas d’outsiders, parmi lesquels la Côte-d’Ivoire tenante du titre, l’Egypte, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Algérie… La Coupe d’Afrique des nations offre toujours son lot de surprises, de déceptions et de belles histoires. Des questions aussi. Quelle sera l’ambiance en cas d’affrontement entre Marocains et Algériens, en pleine crise diplomatique entre les deux pays ? Le royaume compte profiter de la compétition pour peaufiner la préparation logistique, sécuritaire mais aussi l’accueil du public (de nombreux stades seront pleins) en vue de la Coupe du monde 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal. A quarante-huit heures du début de la compétition, Libé met la lumière sur des joueurs, équipes et dirigeants attirant les regards.
Les deux plus célèbres joueurs du continent sont à court de forme. Le Marocain Achraf Hakimi et l’Egyptien Mohamed Salah – qui n’ont jamais gagné ce trophée avec leur pays– abordent la CAN dans le doute. Le premier s’est blessé lors d’un match de Ligue des champions avec le PSG, le 4 novembre. Entorse à la cheville, au moins six semaines d’absence. Depuis, le pays hôte est suspendu à l’état de santé de son latéral droit de 27 ans, qui reste sous la menace d’un procès pour viol. Jouera ? Jouera pas ? Le sélectionneur Walid Regragui l’a mis dans la liste des joueurs convoqués pour la compétition. Mais sa participation aux premières rencontres est encore incertaine.
Mohamed Salah n’est pas blessé, mais traverse à 33 ans l’une des périodes les plus tumultueuses de sa carrière. L’attaquant vedette de Liverpool a mal vécu cet hiver de voir sa statue de titulaire indiscutable déboulonnée. Début décembre, après un match passé sur le banc des remplaçants, l’Egyptien a dégoupillé : «J’ai l’impression que le club m’a jeté en pâture. […] Il me semble, d’après ce que je vois, que quelqu’un ne veut pas de moi dans le club.» Ses propos visaient l’entraîneur néerlandais des Reds, Arne Slot. La fin de l’aventure avec Liverpool est dans les tuyaux. Son dossier sera réglé après la Coupe d’Afrique des nations. Pas la meilleure manière de la préparer.
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S.R.-R. R.Mé.
SAMUEL ETO’O REPREND TOUS LES POUVOIRS
Il n’est plus sur les terrains, pourtant Samuel Eto’o fait toujours autant parler de lui au Cameroun. Reconverti en 2021 président de la Fecafoot, la fédération nationale, l’ancienne gloire du Barça et de l’Inter Milan fait l’actualité chaque jour depuis sa réélection le 29 novembre. Il était seul en lice, malgré des accusations de détournements de fonds et autres soupçons de matchs truqués. Sa seconde mandature a démarré dans le chaos. Il a viré le sélectionneur, le Belge Marc Brys, vingt jours avant le début de la compétition au Maroc. En toile de fond, un conflit ouvert entre l’ex-capitaine des Lions et le ministère des Sports, à l’origine de la nomination de Brys en 2024 sans avoir consulté la Fecafoot. Ulcéré, Eto’o avait monté un staff concurrent. Avant de se raviser, après un compromis trouvé entre l’Etat et la Fecafoot : Brys à la tête de l’équipe flanqué de techniciens locaux choisis par l’instance.
Une trêve fragile, jusqu’à la récente mise à l’écart de Brys. Un nouveau sélectionneur, David Pagou, un homme du cru, a été nommé en urgence. Le hic : Brys, employé par le ministère des Sports, est toujours sous contrat. Il n’aurait reçu aucune notification de son licenciement. Le Belge attend cependant toujours ses billets d’avion pour se rendre au Maroc, pendant que Pagou, lui, est déjà sur place. La liste des joueurs, elle, a été élaborée par un Samuel Eto’o qui joue gros.
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T. PuGLIA. FIFA. GeTTy IMAGes
L’équipe du Soudan à Doha au Qatar, le 6 décembre.
C. Ma.
UNE COMPÉTITION COMME REMÈDE À LA GUERRE
Dans un pays déchiré par la guerre civile, le football est une rare bulle d’unité nationale. «Les matchs de l’équipe nationale sont le seul moment où l’on s’échappe collectivement de la misérable réalité de la guerre, décrit un jeune habitant de Khartoum. C’est une toute petite chose, mais qui compte beaucoup.» Une manière de souligner l’importance de la CAN pour les Soudanais et la pression qui repose sur les épaules de l’équipe.
Depuis l’éclatement du conflit armé, en mai 2023, l’équipe du Soudan n’a plus de stade, et le pays n’a même plus de championnat. Les Faucons de Jediane –le surnom de l’équipe nationale – se sont envolés un peu partout, ailleurs sur le continent, dans les pays du Golfe ou en Europe. Le football soudanais est devenu un sport d’errance.
En 2024, les deux vieux clubs d’Al-Hilal et Al-Merrikh (qui ont remporté 50 des 54 championnats domestiques) ont été accueillis dans le championnat mauritanien. L’équipe nationale, elle, s’entraîne en Arabie Saoudite et joue ses matchs «à domicile» en Libye. Un exil à double tranchant pour le moral. Les joueurs sont à la fois préservés des horreurs de la guerre, et coupés de leurs proches plongés dans les affres du conflit. «La plupart du temps, on reçoit des messages disant qu’un des garçons a perdu un membre de sa famille, a récemment expliqué le coach de l’équipe nationale, le Ghanéen James Kwesi Appiah. Mais je leur rappelle toujours qu’ils sont les seuls à pouvoir ramener le sourire aux gens. Quand nous jouons, les armes se taisent dans tout le pays.»
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PHoTo APP
Le gardien Luca Zidane, fils de Zinédine,
va disputer sa première CAN.
R.La.
FERME LA PARENTHÈSE FAMILIALE
Un petit événement : le fils de Zinédine Zidane, Luca, va disputer sa première CAN sous les couleurs des Fennecs. Un choix qui a fait causer. Des supporteurs algériens se demandent : «Est-il vraiment de chez nous ?» Et des supporteurs de la France s’interrogent : «Comment le fils de Zizou peut-il jouer avec un autre pays ?» Luca Zidane aurait-il opté pour l’Algérie s’il avait eu la possibilité (et le niveau) de jouer avec la France ? Non, sûrement, mais son choix n’est pas vraiment étonnant lorsqu’on retrace l’histoire familiale.
Zinédine Zidane a tout raflé avec les Bleus. Il devrait être le prochain sélectionneur de l’équipe de France. Mais il a toujours mis en avant ses racines. Son père, Smaïl, est né à Aguemoune, petit patelin entouré d’oliviers et perché dans les montagnes de Kabylie.
Smaïl Zidane a quitté son village pieds nus en septembre 1953, pour mettre au monde des années plus tard un enfant – avec des pieds (et une tête) en or – de l’autre côté de la Méditerranée. Luca Zidane, le petit-fils, ferme la parenthèse. Il a opté pour la sélection algérienne en septembre. Le joueur de 27 ans, qui garde les cages du Grenade CF, en seconde division espagnole, devait être le gardien remplaçant de la sélection algérienne, mais le titulaire, Alexis Guendouz, s’est blessé à un mollet juste avant la compétition et a déclaré forfait. Reste une question centrale : au-delà de son nom qui pèse une tonne, Luca Zidane sera-t-il à la hauteur? Les supporteurs algériens ne lui donneront aucun passedroit après avoir été éliminés au premier tour lors des deux dernières éditions.
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PHoTo MILLA MorIsson.
HAns LucAsA Casablanca, le 4 octobre.
A.Ga.
ESPÈRE UNE TRIBUNE POUR SA COLÈRE
«Nous voulons des hôpitaux, pas des stades.» A l’automne, la colère de la jeunesse marocaine s’est cristallisée autour des moyens engloutis par le royaume chérifien pour la préparation de la CAN puis du Mondial 2030. Des milliards de dirhams investis dans des infrastructures flambant neuves, prêtes à accueillir le million de supporteurs attendus dès cet hiver. Pour les mécontents, c’est autant d’argent qui a échappé aux secteurs de l’éducation et de la santé.
Le décès de huit femmes dans la même semaine, en août à Agadir, a mis le feu aux poudres. Elles étaient venues accoucher par césarienne à l’hôpital Hassan-II. En septembre, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour réclamer des réformes.
Après deux semaines de manifestations pacifiques quasi quotidiennes, le mouvement a fini par s’essouffler. Notamment après un discours du roi le 10 octobre, dans lequel il enjoint le gouvernement à accélérer les réformes. Dans la foulée, un effort budgétaire de 13 milliards d’euros dans les secteurs de la santé et l’éducation a été annoncé pour 2026. D’après une ONG marocaine, plus de 2 400 personnes ont fait l’objet de poursuites, et 1 400 ont été placées en détention. Selon la presse marocaine, les effectifs policiers des six villes hôtes ont été renforcés durant la Coupe d’Afrique des nations par le déploiement de 3 400 nouveaux agents, 6 000 caméras portables, et 16 brigades spécialisées dans la surveillance par drone.
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