TotalEnergies - «Un rapport qualité-prix imbattable »
Jean-René Bernaudeau, PDG de TotalEnergies (en haut) et Stéphane Heulot, nouveau manager (en bas) encadrent leurs cyclistes dont Anthony Turgis, Émilien Jeannière et Jordan Jegat (de gauche à droite).
Avec le départ de TotalEnergies en 2027, la formation vendéenne va devoir trouver un nouveau partenaire sans perdre son âme, selon Jean-René Bernaudeau.
"Je ne vois pas un monde sans équipe vendéenne"
- ÉMILIEN JEANNIÈRE, CYCLISTE
DE TOTALENERGIES
“On a conscience que cela peut créer du
questionnement mais on ne les trahira pas"
- STÉPHANE HEULOT, MANAGER
DE TOTALENERGIES
29 Jan 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS (avec Th. P.)
Plusieurs équipes ont récemment disparu et le peloton est désormais soumis au budget démentiel des grosses structures. À l’entame de la nouvelle saison, les formations françaises sont, elles, chacune à un carrefour déterminant pour leur survie.
Les deux ne se quittent plus. La semaine passée, Jean-René Bernaudeau présentait Stéphane Heulot à son informel « conseil des sages », qui réunit les anciens partenaires historiques de la formation vendéenne (La Boulangère, Bouygues Telecom, Philippe Guillemot, ancien patron d’Europcar aujourd’hui à la tête de Vallourec…) et même les futurs anciens (TotalEnergies).
Lundi, les deux dirigeants planchaient sur l’avenir de l’équipe avant de répondre à cette interview… ensemble ! « On est dans la fusion de nos valeurs, estime Heulot, arrivé début décembre. On a conscience qu’on écrit les prochaines années de cette belle entreprise. Et, lors du conseil des sages, j’ai été très impressionné de voir ces gens engagés autour d’une réflexion profonde pour la continuité de l’histoire : vingt-sept ans d’équipe professionnelle ( depuis Bonjour en 2000) et presque trente-cinq depuis le départ de l’histoire (1991 et le Vendée U). Leur soutien à Jean-René m’a bluffé. »
Mais aucune promesse financière n’a été posée sur la table alors que TotalEnergies, au côté d’Ineos Grenadiers comme sponsor maillot, se retirera à l’issue de cette saison. « L’idée n’était pas de leur faire les poches, sourit l’ancien manager de Lotto qui, ces trois dernières années, a permis aux Belges de retrouver le niveau World Tour. On était là pour collaborer, réfléchir à la direction qu’on prenait. » « Ils ont envie d’ouvrir les portes car c’est une question de réseaux, appuie Bernaudeau. On a un sport qui est rentable : très cher quand c’est un projet national, très accessible quand il est européen et c’est cadeau sur le plan mondial. On commence par approcher des boîtes qui ont une envergure internationale. »
Et le dirigeant de 69 ans n’a pas l’intention de changer son discours. « Le chemin de demain, c’est l’éducation, l’éducation et l’éducation, insiste-t-il, conscient d’être un dinosaure dans le peloton actuel, encore plus avec les transformations de Groupama-FDJ et Decathlon CMA CGM. Dans le cyclisme, il y a du jeunisme, des burn-out, de la consommation extrême de coureurs, je ne suis pas dans le sport pour ça mais pour avoir des larmes de joie qu’on ne peut pas acheter. » Une vision romantique, probablement désuète dans un cyclisme dirigé par des budgets déments et soutenus de plus en plus par des États.
S’il ne veut pas n’être qu’un îlot de résistance éphémère, porter encore le flambeau de l’équipe Vendée U, il devra pourtant trouver des sous et coller à un pragmatisme de points (5 236 points UCI, 13 victoires l’an passé) qui, depuis quelques années, ruisselle sur toutes les formations. « Ni jaloux des grandes équipes, ni inquiet » , il estime que sa structure « a un rapport qualité-prix imbattable. Il faudra avoir du culot, de l’audace, une sorte de liberté pour se démarquer des autres. C’est de plus en plus dur de gagner en professionnel mais il y aura des fenêtres de tir. Benoit Genauzeau (directeur du sport) a bien travaillé avec le pôle performance, on va arriver avec des pics de forme bien gérés. »
La forte communauté de fans attachés au côté familial de sa formation reste un atout, selon Émilien Jeannière, tout comme le « tissu de partenaires existants assez stable en Vendée, observe le troisième de la récente Classique de Valence. Notre équipe a une belle image, des valeurs proches du public. Comment ça pourrait ne pas continuer ? Je ne vois pas un monde sans équipe vendéenne. Je n’ai connu que cette structure, j’ai commencé le vélo avec elle, j’ai fait le sport-études à La Roche-sur-Yon, le Vendée U… C’est mon équipe de coeur, je voulais absolument y être. »
Ce discours va plaire à son patron, qui rejette l’idée de finir sur le carreau comme Arkéa en décembre dernier. « Arkéa a fait un très beau Tour mais son leader (Kévin Vauquelin, 7e du général) avait signé ailleurs (chez Ineos Grenadiers) depuis trois mois. Emmanuel Hubert ne pouvait pas vendre son projet à cause des agents ! Ce que je peux assurer, c’est que les coureurs au départ du prochain Tour me feront confiance jusqu’à la date autorisée pour les transferts, le 1er août. »
Mais comment ne pas entretenir le flou et, donc, le doute ? Bernaudeau pioche dans une histoire qui commence à dater : « Thomas Voeckler avait été au bout du bout quand je cherchais un sponsor avant de trouver Europcar ( en 2010). Il me disait : “Regarde-moi dans les yeux, JR. Tu as vraiment de belles pistes ? Alors je ne veux pas savoir qui c’est, je te fais confiance.” Aujourd’hui, je veux une équipe d’hommes, bien élevés, avec de belles valeurs familiales. Si vous êtes chez nous, c’est qu’on croit en vous. Faites-nous confiance comme on vous fait confiance. »
Stéphane Heulot, qui a rencontré les 28 coureurs en entretien individuel, assure que les dirigeants joueront la carte de la transparence. « On a conscience que cela peut créer du questionnement mais on ne les trahira pas. On va faire en sorte qu’ils fassent leur métier du mieux possible, dans la sérénité et sans stress inutile. La communication sera essentielle. On ne mentira à personne, ni aux coureurs, ni aux partenaires, ni au staff. »
Dixième du Tour et jolie surprise estivale, Jordan Jegat ne s’inquiète pas pour l’instant mais il ne nie pas « un impact sur les coureurs. On a déjà pu en parler entre nous car c’est notre travail, notre source de revenus. Ça va vite revenir et ce jusqu’à ce qu’on ait une réponse. Plus vite on sera fixés, mieux ce sera… »
Le spectre Arkéa-B & B Hôtels (d’où arrivent Mathis Le Berre, Thibaut Guernalec et Pierre Thierry) rôde mais ils essaient d’en faire abstraction, certains par habitude, comme Alexandre Delettre : « Après ma première année pro, mon équipe (Delko) s’est arrêtée. J’ai retrouvé une équipe en novembre mais je n’ai pas été conservé par Cofidis à l’issue de mon contrat en 2023. Je suis repassé par une plus petite équipe, Saint-Michel-Mavic-Auber 93, avant de me relancer chez Total. Ça ne me fait pas peur. Il faut faire des résultats et voilà… » L’exemple Arkéa a malheureusement montré que cela ne suffisait pas toujours.
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