En immersion chez les Merlus
Le FC Lorient nous a ouvert ses portes cette semaine pour partager un peu de l’intimité de l’équipe morbihannaise, qui s’est distinguée par sa récente série de douze matches sans défaite toutes compétitions confondues et dont la mission maintien est bien
"Déjà des attentions pour Angers"
- Katseris-Leroy, les amis du petit-déjeuner
13 Feb 2026 - L'Équipe
TEXTE : VINCENT VILLA
PHOTOS : BERNARD LE BARS
LORIENT (MORBIHAN) – Dans le ton des bourrasques qui secouent de temps à autre le capricieux ciel morbihannais, les joueurs passent devant nous, chacun, en un coup de vent.
Entrés dans le bâtiment via la salle dévolue au staff, ils signent leur présence sur la feuille dédiée et stoppent deux minutes à la hauteur du préparateur physique Pierre Bazin pour un bref état des lieux dominé par une question : « Comment tu te sens aujourd’hui? »
Pour répondre synthétiquement, une petite tablette les attend, ainsi qu’un questionnaire rituel, rempli par certains avec une dextérité affirmée. « Vous allez avoir le temps puis la qualité du sommeil, ou encore l’humeur du jour, qui est importante, décrypte le responsable performance. Après, il y a l’état de fatigue, les douleurs. Les choix vont de 1 à 7. Plus on va vers le 7, plus c’est important. Et pendant qu’ils remplissent, le dialogue fait que, de suite, on commence à adapter les choses. »
L’affinage, en quelque sorte, d’un programme préétabli et individualisé qui attend les membres du groupe pro en ce mardi après-midi, trois jours après un voyage à Brest où ils ont déposé leur armure d’invincibilité, fendue à deux reprises (0-2). Alors que la série de douze matches sans défaite restera archivée comme un moment idyllique de la saison, voilà que s’annonce Angers en fin de semaine, prochaine borne sur la route d’un maintien espéré au pas de course.
La préparation du rendez-vous à venir commence en ordre volontairement dispersé, sur deux fronts, entre ceux qui abandonnent leur corps entre les mains de kinés et ceux qui le confient au préparateur physique adjoint, Quentin Gauvain. « Avant la séance, il y a déjà tout un système pour qu’ils soient déjà bien chauds, précise Bazin. Ils passent en salle ou se rendent chez les kinés. »
Notre visite intimiste nous conduit d’abord vers la salle des machines à musculation, où l’option du jour est le renforcement du haut du corps, avec selon les joueurs un travail différencié d’hypertrophie musculaire, de force ou de puissance.
Deux salles, deux ambiances
« Il y a différents groupes de travail en fonction des tests qu’on réalise au début de saison et qu’on refait au fur et à mesure des cycles, confie le préparateur physique adjoint Quentin Gauvain. Et puis, avant chaque séance, il y a un travail d’activation ou de renforcement musculaire qui varie selon le jour de la semaine et le timing par rapport au match. » Alors que le capitaine Laurent Abergel a choisi l’éphémère compagnie du médecine-ball, le vélo ou le ballon de fitness participent aussi de cette sollicitation des corps, sous l’impulsion enjouée de leur « monsieur muscles ».
« Oui, j’essaie de dynamiser ce travail, d’apporter un peu de vie, de bonne humeur, opine le préparateur physique adjoint. Et
les gars réagissent bien, on a un très bon groupe, donc c’est sympa. » Tandis que la sono bastonne par moments l’ouïe et pulse l’ambiance, une atmosphère plus feutrée enveloppe une pièce proche, celle où l’on passe à tables, celles des kinés. L’un d’eux, Florent Ramaré, s’attarde sur une paire de cuisses surdimensionnées, dont l’heureux propriétaire est Aiyegun Tosin.
« On cherche à échauffer le muscle, donc à le vasculariser, ce qui peut être fait par des séances d’activation en salle, en autonomie, ou alors par un massage permettant un apport de sang dans le muscle pour qu’il soit prêt, détaille celui qui chouchoute les corps. Il y a des joueurs qui préfèrent qu’on mobilise les articulations pour eux et d’autres qui préfèrent le faire seul, chacun possédant son protocole. Le but de l’échauffement étant d’augmenter la température corporelle, le massage s’inscrit dans ce process avant l’entraînement. »
Mais, d’ici la séance, ce sont les âmes qu’il faut réchauffer en vue de la prochaine échéance, trois jours après l’interruption brutale de la série de victoires lors du derby breton.
Tous les joueurs prennent place dans le vestiaire pour une causerie, alors que cinq mots les surplombent, unis comme les doigts de la main : « Humilité, plaisir, respect, solidarité et ambition. » Yannick Cahuzac, un des adjoints d’Olivier Pantaloni, se détache pour aimanter les regards et capter toute l’attention.
« Je voulais vous parler du contexte de la série de douze matches, dit entre autres l’ancien joueur de Bastia ou Toulouse. Si on voit le verre à moitié vide, on se dit “Putain, fait chier, on a perdu à Brest, un derby. Il y avait quelque chose à faire”. Soit on est fiers de ce qu’on a fait. On est fiers de ce que vous avez fait. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas commun. Douze matches sans défaite (tou
tes compétitions confondues), si on en entend parler, c’est que ce n’est pas commun. Donc soyez fiers de ça. Parce que si vous l’avez faite cette série, c’est que vous avez construit quelque chose. Tous ensemble. Au quotidien. Vous êtes comme ça, vous êtes une équipe. Vous vous battez les uns pour les autres. Et ça, il faut qu’on le garde. D’accord? Donc, on ne doute pas. On ne va pas douter parce qu’on a perdu un match. D’accord? On ne va pas perdre confiance. On est fiers de ce qu’on a fait. Et c’est un nouveau départ, maintenant. Pour une nouvelle série peutêtre. D’accord? Ou peut-être, c’est le principal, aller le plus rapidement possible atteindre notre objectif. »
Un maintien dont la concrétisation serait facilitée par un succès contre le SCO, donc, dimanche (17h15). Alors que Pablo Pagis, Théo Le Bris et Benjamin Leroy se défient au basket, l’occasion d’apprécier la gestuelle du fils de Mickaël, notre immersion chez les Merlus se poursuit auprès des deux analystes chargés de traquer les failles du jeu angevin.
« Après l’entraînement, on va présenter les caractéristiques d’Angers sur toutes les phases de jeu, explique Baptiste Hermet, chargés des coups de pied arrêtés avec le coach des gardiens Ronald Thomas. Donc, une partie sur le jeu, une partie sur les coups de pied arrêtés et une partie data pour faire une présentation générale, pour avoir des fils conducteurs de la semaine, des axes de travail, des choses comme ça. L’idée, c’est d’avoir très tôt dans la semaine une vision claire de ce que fait l’adversaire, même s’il y a toujours une part d’adaptation à avoir. Parce que l’adversaire, comme nous, nous étudie, on peut donc s’adapter aussi. Mais, sinon, le but est de pouvoir gagner un temps d’avance et commencer à travailler dans la semaine un peu ce qu’on mettra en place ce weekend. »
En fin d’après-midi, alors que la séance du jour a été arrosée par une météo trop généreuse, les analystes partagent avec le reste du staff leurs premières observations. Pendant que le onze type angevin s’affiche à l’écran, taille de chaque futur adversaire incluse, les difficultés sont mesurées, notamment la part non négligeable de nouveauté qu’apporte le pied droit de Branco Van den Boomen sur coup de pied arrêté. Le but aussi tardif que majestueux encaissé par Toulouse (0-1) le weekend précédent s’inscrit aussi dans un décorticage scrupuleux qui cible les caractéristiques bien précises du SCO.
Le reste de la réunion restera lové dans la confidentialité, à l’heure où la journée, déjà, se désagrège doucement, sauf pour Didier, un des trois intendants. Dans la lingerie, où chaque joueur possède sa propre panière avec son numéro attitré, les tenues souillées doivent subir un blanchiment express en perspective de la séance du lendemain.
En ce mercredi matin, les joueurs arrivent à partir de 8h30, pour un petit-déjeuner en commun conforme aux principes de la diététique, dans le réfectoire déjà soumis au fourmillement des pensionnaires du centre de formation. Leroy, troisième gardien, inaugure généralement l’arrivée échelonnée des pros en compagnie du très croyant piston grec Panos Katseris, dont un protège-tibia est dédié à une représentation de la Vierge.
« On vient à peu près toujours dans le même ordre, sourit l’ancien gardien d’Ajaccio, affable. Si Panos n’est pas là, je l’appelle, je lui demande ce qui se passe! » Inséparables voisins, les deux compères accueillent ensuite à leur table ronde Le Bris et Pagis, dans le respect le plus rigoureux des positions de chacun lors de ce premier repas du jour. C’est sans doute là, dans ces moments de partage, des victuailles comme des moments légers, que se forgent aussi le métal précieux de la complicité et, ainsi, l’or des plus belles séries.
***
Pantaloni et Cahuzac prolongés ?
13 Feb 2026 - L'Équipe
V. V.
Mercredi, le président de Lorient Loïc Féry était de passage au club, en compagnie de Tim Bezbatchenko, le directeur général de Black Knight Football Club, le nouveau propriétaire à 100 % du club morbihannais. Les deux hommes ont ébauché devant les joueurs et le personnel administratif le nouveau projet, assez similaire à l’actuel, basé sur des jeunes à fort potentiel, avec plus de moyens offerts à la formation et la capacité d’investir dans des jeunes joueurs de très haut niveau. Ils ont ensuite rencontré le staff en compagnie de Laurent Koscielny, le directeur sportif. L’entraîneur Olivier Pantaloni, en fin de contrat en juin, tout comme son adjoint Yannick Cahuzac, ont été reçus individuellement pendant environ une heure. La volonté des dirigeants de prolonger rapidement leur contrat leur a été affirmée.

Commenti
Posta un commento