La sensation Brignone
Federica Brignone sur la première marche du podium, hier,
à côté de Romane Miradoli (à gauche) et Cornelia Hütter.
L’Italienne a remporté le seul titre qui manquait à son immense palmarès, hier, en s’imposant lors du super-G aux Jeux Olympiques. Seulement dix mois après une grave blessure.
"Ce matin, je lui ai demandé si ça allait.
Elle m’a dit : “Oui oui”. Et elle est partie en boîtant…
Elle est comme ça, et je crois que l’adrénaline aide aussi"
- DAVIDE, SON FRÈRE
13 Feb 2026 - L'Équipe
Béatrice Avignone
CORTINA (ITA) – L’applaudimètre, la quantité de selfies, l’admiration infinie du monde du ski... Federica Brignone (35 ans) a tout gagné, hier. En plus, bien sûr, de la seule victoire qui manquait encore à son immense palmarès. Celle que tout le monde surnomme « Fede » aura dû patienter jusqu’à ses cinquièmes Jeux Olympiques, depuis Vancouver en 2010, et remporter une première course, contre la montre, pour décrocher l’or olympique en super-G puis chanter le Fratelli d’Italia avec son public à Cortina, sous les yeux du président de la République Sergio Mattarella.
Pas de pleurs sur le podium, sous un grand soleil apparu pour l’occasion et un ciel coloré par les fumées vert-blanc-rouge des avions de la Frecce Tricolori, la Patrouille d’Italie. Mais un sourire, qui en disait long sur son bonheur d’être là, dix mois après avoir été victime, lors des Championnats d’Italie, d’une fracture tibia péroné qui a nécessité deux opérations, et d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche. « Je crois que les Jeux à la maison, et le fait qu’elle pouvait devenir porte-drapeau, ont joué un rôle fondamental. Cela l’a motivée pendant sa convalescence » , soulignait son frère et coach Davide, très ému en voyant sa championne de soeur passer la ligne d’arrivée en tête devant l’Autrichienne Cornelia Hütter (+0’’52), avant que Romane Miradoli ne s’intercale (+0’’41). « J’essaie de respirer, ce n’est pas facile, confiait-elle en réalisant ce qu’elle venait d’accomplir. J’ai douté chaque jour, c’était difficile. Pendant longtemps, je ne pouvais ni marcher ni m’appuyer sur ma jambe, et je me disais : “Comment vais-je pouvoir skier à plus de 100 kilomètres à l’heure ?” Mais chaque jour, je me répétais : “Demain, ça ira beaucoup mieux”. »
Revenue à la compétition à Kronplatz, sur le géant du 20 janvier pour «tester [sa] jambes et [son] mental » , elle avait pris une 6e place en forme de victoire. Puis, elle avait rejoint Cortina pour s’entraîner en vitesse, avant de s’essayer au super-G à Crans Montana, en Suisse (18e). L’expérience de cette polyvalente complète, vainqueure du gros globe de cristal à deux reprises (2020 et 2025), championne du monde de combiné en 2023 et de géant en 2025, a bien entendu rendu service à la Milanaise de naissance.
L’état d’esprit à part que peuvent avoir les champions également, pour faire fi des douleurs qui la tenaillent encore chaque jour. « Il y a des endroits où je ne peux pas appuyer fort sur ma jambe gauche, livrait-elle en français après le premier entraînement de descente à Cortina, vendredi dernier. Il y a de la douleur, je ne suis pas à 100 %. Je lutte tous les jours pour être en piste et, après, je fais des soins pour pouvoir faire l’entraînement physique. Ensuite, à nouveau des soins... Et je dois prendre des trucs (anti-inflammatoires) tous les jours, ce n’est pas évident. » Son frère en témoignait hier : « Ce matin, je lui ai demandé si ça allait. Elle m’a dit : “Oui oui”. Et elle est partie en boitant… Elle est comme ça, et je crois que l’adrénaline aide aussi. »
Sa mère, l’ancienne slalomeuse aux quatre victoires en Coupe du monde, Maria Rosa Quario, a bien tenté de lui dire d’arrêter sa carrière. Mais elle devait bien se douter que sa fille n’avait pas terminé sa collection de médailles olympiques. Après le bronze (en géant à Pyeongchang en 2018 et en combiné à Pékin en 2022), l’argent (en géant en Chine), l’or est venu hier compléter l’un des plus beaux palmarès de l’histoire du ski.
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