David : « Je joue au feeling, à l’instinct »
Le buteur du LOSC explique son approche du rôle d’avant-centre à fort volume et aux compétences élargies, ainsi que sa relation aux défenseurs qu’il doit affronter. Tout en assurant ne pas se focaliser uniquement sur la finition.
21 Jan 2025 - L'Équipe
JOËL DOMENIGHETTI
“Je ne cherche pas seulement à marquer, mais à m’impliquer dans le jeu, à faire des courses, à frapper au but. Si je fais déjà ça, le but va arriver de lui-même Mais vous aimez aussi le jeu' en' combinaison avec vos partenaires…
“C’est à moi de trouver les espaces, de développer une stratégie d’évitement, pas nécessairement de rentrer dans l’adversaire''
“J’essaie de comprendre les défenseurs dès les premières minutes, de savoir ce qu’ils aiment ou pas, pour en profiter. Ça devient mon challenge
En Haïti, puis dans la banlieue d’Ottawa, où ses parents ont émigré quand il avait 6 ans, Jonathan David a toujours aimé le sport et plus spécifiquement le foot, façon né par son premier éducateur, Hanny el-Magraby. Prenant exemple sur son paternel, avant-centre comme lui, sur Thierry Henry, Ronaldinho, Didier Drogba ou Samuel Eto’o au travers d’images télévisées, l’international canadien (59 sélections, 31 buts) a alors pris conscience qu’il pouvait faire de sa passion son métier. En prenant soin de se créer sa propre personnalité, celle d’ un numéro 9 complet, efficace et multi tâche.
Au coeur de ses congés d’hiver, l’attaquant des Dogues (25 ans), en fin de contrat en juin, a accepté, par téléphone, de nous décrire son approche du jeu et sa conception d’un poste qu’il a « dans lesang».
«Qu’ est-ce qu’ un attaquant moderne?
Un attaquant qui sait tout faire, presser, combiner, marquer et être tout le temps décisif.
Regardez-vous les autres grands attaquants?
Je regarde des match es. J’ essaie de réfléchir à ce que j’ aurais fait dans la même situation. Est-ce que j’ aurais joué différemment? Si je vois un truc, je me dis: “C’ est pas mal ”,“Tiens, je n’ aurais pas forcément pensé à ça” ou“Je pourrais essayer de l’ ajouter à mon jeu ”.
J’ apprécie beaucoup. À La Gant oise( BEL, 2018-2020), j’ avais beaucoup de liberté derrière deux attaquants( Roman Y a rem chuk et Laurent Depoitre ). Quand je suis arrivé au L OS C, c’ était pour occuper le poste de finisseur en pointe. Ça a été difficile au tout début, parceque j’ étais le joueur le plus haut sur le terrain, un point de fixation. Ce qui était très différent de La Gant oise, où je n’ étais jamais seul. Ça change beaucoup la perception du rende ment d’ un avant-centre. J’ ai dû progresser sur le fait d’ être isolé, trouver des solutions au milieu de deux ou trois
défenseurs, gérer un très faible nombre d’ occasions. Dans l’ axe, ce sont surtout les deux centraux qui sont focalisés sur toi. Tu dois trouver des espaces, t’ en créer tout seul pour avoir l’ opportunité de marquer. Un attaquant de pointe dépend de lui, mais aussi des passeurs. Quand tu as des joueurs derrière toi qui ont la créativité pour trouver des angles de passes, ça change beaucoup. Il y a aussi des match es où tu dois marquer sans l’ aide des autres.
Quels repères avec vos partenaires décident de vos déplacements?
Les caractéristiques du joueur avec lequel je joue, s’ il aime plus combiner, et le jeu court, ou pas. Après, je regarde le temps et l’ espace dont il dispose. S’ il a le temps, c’ est plus logique de prendre la profondeur. Et si je ne suis pas servi, j’ étire les lignes, je laisse un espace pour un autre partenaire.
Préférez-vous marquer ou faire marquer?
Marquer. Il y a des joueurs qui disent qu’ une passe leur fait autant plaisir, je ne suis pas sûr de les croire. Après, si je donne une passe décisive, je suis content.
Quand estimez-vous faire un bon match?
Je cherche le match complet. Une rencontre où j’ ai beaucoup été impliqué pour l’ équipe, très actif offensive ment, où j’ ai bien combiné avec mes coéquipiers, où je tire et où je marque. C’ est ça, le match complet. Donc pas un match où on ne vous voit pas, mais où vous marquez… Aux yeux du public, si. Je peux avoir un match où je suis absent, on va dire, mais où je marque. Je ne m’ en satisfais pas. Je ne cherche pas seulement à marquer, mais à m’ impliquer dans le jeu, à faire des courses, à frapper au but. Si je fais déjà ça, le but va arriver de lui-même. C’ est pour ça que j’ essaie de bien commencer avec ces trucs-là.
Votre marge de progression se résume-telle à une plus grande efficacité?
Je vais continuer à dé zoner pour revenir entre les lignes ou rester dans la zone de finition. C’ est plus difficile de contenir un attaquant qui sait un peu tout faire. Mais je peux m’ améliorer sur la finition, c’ est sûr. Je pense aussi varier mes types de buts. Ce serait une belle progression de ne pas toujours marquer des buts dans la surface en une touche. Peut-être de vrais-jetirer un peu plus de l’ extérieur de la surface et améliorer mon jeu de tête. J’ arrive quand même à marquer de la tête (9 sur ses 138 en club en carrière ). Il faut que je la place bien, que je la cadre, et que j’ acquière un peu plus de puissance.
Avez-vous besoin d’ une forte masse musculaire?
Pas trop, sinon on peut devenir moins mobile. Il en faut pour protéger les ballons. Il faut aussi cultiver son explosivi té, sa vitesse. C’ est à moi de trouver les espaces, de développer une stratégie d’ évitement, pas nécessairement de rentrer dans l’ adversaire. Mais je dois être capable de faire écran.
Pourquoicourez-vousautant?
Je n’ en ressens pas le besoin. Je ne réfléchis pas trop à ma dépense d’ énergie. Je ne me dis jamais que je vais m’ économiser. Je joue aufeeling et à l’ instinct. Je fais les efforts parceque je crois qu’ ils sont nécessaires. J’ aime décrocher pour aider, me retrouver dans une zone de finition ou alternative ment prendre la profondeur. Le match décide.
La fatigue altère-t-elle vos performances?
J’ essaie de conserver un maximum de fraîcheur, de bien récupérer. C’ est très important, surtout quand on joue tous les trois jours. Mais c’ est ça qu’ on aime le plus faire. Ensuite, quand c’ est le cas, il n’ y a pas forcément la même intensité à chaque entraînement que lors qu’ on joue une fois par semaine. Donc c’ est déjà, entre guillemets, une forme de récupération. Même si un entraînement reste un entraînement. Après, il y a le travail de préparation que je fais chez moi, en complément, pour que je me sente bien, prêt pour le prochain match.
Quel type de défenseur aimez-'vo'us affronter?
J’ aime tous les défenseurs, du moment que je marque. C’ est toujours un challenge différent. Cela me permet de m’ adapter. J’ essaye de les comprendre dès les premières minutes, des avoir ce qu’ ils aiment ou pas, pour en profiter. Ça devient monchallenge.
Que regardez-vous d’eux avec la vidéo?
Je ne regarde pas vraiment les défenseurs. Je joue plus sur l’ expérience des rencontres que j’ ai disputé es contre eux. J’ essaie de comprendre quel sera mon style dans les cinq-dix premières minutes d’ une rencontre.
Comment expliquer votre réussite surpenalties?
Je suis quelqu’ un d’ assez calme. Alors pour moi, c’ est assez facile sur le moment. Même si l’ instant peut être un peu stressant, je par viens à rester zen. Parfois je change de côté. Des fois, je prends une option avant de tirer. D’ autres fois, je choisis sur le moment. Le plus important est de bien le tirer. Si le ballon arrive au bon endroit, ça reste difficile à arrêter, même si le gardien saute du bon côté.
Vous avez une facilité pour vous si tuer au bon endroit pour convertir des occasions. L’avez-voustravaillée?
Comme je l’ ai dit, je joue à l’ instinct. Mais c’ est aussi quelquechose de travaillé. J’ en ai parlé à différentes personnes. Elles m’ ont aidé à débusquer les meilleures positions, les endroits à fort pourcentage où se concrétisent lesbuts.»
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EN BREF
59 sélections, 31 buts.
11 novembre 2020: Jonathan David marque son premier but avec Lille, contre Lorient (4-0), à l’occasion de sa 11e apparition chez les Dogues. 6 décembre 2024 : il inscrit un doublé contre Brest pour dépasser la barre des 100 buts avec le LOSC toutes compétitions confondues.
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Ses 5 buts favoris avec le LOSC
« Mon meilleur souvenir »
« Je marque le premier but de la rencontre. C’est la dernière journée du Championnat, ma première saison avec le LOSC. On devient champion de France. C’est un but très important qui m’a procuré une forte émotion. À cette époque-là, on avait une très forte confiance en notre équipe. On savait que si on parvenait à marquer le premier but, après c’était quasiment fait pour remporter le match. Alors, le plus difficile était d’ouvrir le score. Après ce but, il y a eu un peu une libération de toute l’équipe, un peu plus de facilité dans le jeu. C’est mon meilleur souvenir avec Lille, bien sûr. Quand on gagne un titre de champion de France, il n'y a pas mieux comme sentiment. »
« Un but qui restera »
« C’est le but contre le Real Madrid qui était invaincu depuis 36 matches. C’est la Ligue des champions et une rencontre de prestige à domicile. C’est aussi le but qui nous donne la victoire, ce qui le rend encore plus important. C’est un but qui marque les esprits, parce que c’est un but qui restera. Je n’ai pas hésité pour tirer mon penalty. Je suis resté calme. C’est après le but que la joie a été immense. Mes coéquipiers sont venus me voir, il y avait une ambiance énorme au stade ce soir-là. Et vu l’importance du match et de l’adversaire, on avait la fierté d’avoir répondu présent lors d’un gros rendez-vous où on ne nous attendait pas forcément. C’est plus après la fin du match que l’on a réalisé. Parce que, pendant la rencontre, on était totalement concentrés sur l’instant présent. Bien sûr, on avait marqué. Mais on ne mesurait pas exactement ce qu’on était en train de faire. »
« Un enchaînement complet »
« C’est un ballon en profondeur de José (Fonte). C’était un beau but. Pas seulement une réalisation en douceur. Mais un enchaînement complet, avec un crochet et une finition du pied gauche, pas seulement un but en une touche. Il fallait un peu plus de maîtrise. C’est pour ça que je l’ai retenu et que je l’aime bien. »
« J’apprécie la contre-attaque »
« À la Beaujoire, j’inscris un doublé (9e, 83e), mes sixième et septième réalisations en Championnat, à l’époque. C’est le deuxième but que je marque. J’apprécie la contre-attaque en question, la coordination et l’aspect technique.
C’est une passe décisive de Renato Sanches suivie d’un tir du pied gauche. Une belle finition. »
« Je le retiens pour la célébration »
« J’inscris le dernier but de la rencontre. Du pied gauche, mon 12e but en Championnat, sur une passe décisive d’Isaac Lihadji. Je le retiens pour la célébration. (Jonathan David sort une rose et la pointe vers le ciel, en hommage à sa maman, dont le prénom était Rose, décédée lorsqu’il jouait à La Gantoise – BEL –, en 2019). »
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