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LE VENTOUX POUR REDÉMARRER
Derrière la lutte pour la victoire finale déjà quasiment tuée par Tadej Pogačar, au moins cinq enjeux dessinent une ultime semaine du Tour de France excitante. Même au classement général.
22 Jul 2025 - L'Équipe
LUC HERINCX et PIERRE MENJOT
MONTPELLIER – Des poches sous les yeux, les troupes ont accueilli la césure montpelliéraine d’hier comme une grande respiration après des étapes pyrénéennes asphyxiantes, des journées de transition suffocantes et avant de replonger la tête pour le plus gros morceau, le mont Ventoux et un bloc alpestre où tout peut se perdre.
Peut-être pas le Maillot Jaune, quoique Tadej Pogačar a connu sa plus grosse défaillance sur la Loze en troisième semaine (17e étape en 2023) et Jonas Vingegaard a promis de tout tenter. Mais des places dans le top 10, squattées par une bande d’insouciants surveillés par le vétéran Primož Roglič et prêts à s’envoyer des gros coups de fusil jusqu’au dernier week-end casse-pattes. Les sprinteurs n’auront d’ailleurs peut-être pas envie d’aller jusque-là, satisfaits ou lassés par leur ultime explication tant attendue à Valence, demain. Une journée de pause et c’est bon, le Tour de France a refait son stock de ressorts narratifs.
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Le boulevard Franklin-Roosevelt de Valence fera office de Champs-Élysées, demain. Le triple détour par la butte Montmartre à la 21e étape dégoûte d’avance les sprinteurs à l’instar de Tim Merlier (Soudal-QuickStep), qui ne pense pas pouvoir passer avec les meilleurs après trois semaines de Tour, dimanche. En conséquence, les grosses cuisses devraient se livrer à un dernier affrontement demain dans la Drôme, où Jonathan Milan (Lidl-Trek) voudra empêcher le Belge d’accumuler un troisième succès synonyme de consécration comme meilleur sprinteur de ce Tour, alors que l’Italien est porteur du maillot vert.
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Vauquelin inarrêtable
« Le bilan est mitigé, on n’a pas eu le début de Tour espéré… Non je rigole ! » , a pouffé Kévin Vauquelin à l’entame de sa conférence de presse au bord de la piscine de l’hôtel des Arkéa-B&B Hotels, hier. Ses deux premières semaines euphoriques ont déjà largement comblé le Normand, improbable 5e du général et « bientôt sourd » à cause du vacarme de l’engouement qu’il suscite. En pleine disette française, Vauquelin cristallise toute l’attention avec son aventure au général et repousse sans cesse la réponse à la question « mais jusqu’où ira-t-il ? ».
« On ne se met pas de pression, maintient le coureur normand de 24 ans. L’objectif, c’est vraiment de me surpasser. On va se battre avec nos armes, et on va voir ce que ça donne. Si c’est un top 5 c’est exceptionnel, si c’est plus, un maillot blanc par exemple, c’est encore mieux! Et si ça ne marche pas, tant pis. »
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Cette attitude frivole vis-à-vis du classement final, Vauquelin la partage avec ses adversaires directs, notamment Florian Lipowitz (3e) et Oscar Onley (4e), également plongés dans l’inconnue de la troisième semaine d’un Tour de France.
«Pour être honnête, même si je perdais tout, ça ne m’inquiéterait pas trop » , assure l’Allemand de l’équipe Red Bull-Bora Hansgrohe, qui promet donc « une grosse bataille» pour la troisième place.
« Je suis du genre à tenter des choses pour essayer de faire des écarts, dit-il. Que ce soit Primož (Roglič) ou moi, ça m’est égal, car je suis venu sur le Tour sans attente. Donc on a deux belles cartes ! »
De l’Allemand jusqu’à son coéquipier slovène, 6e, les prétendants au podium se tiennent pour le moment en moins de trois minutes.
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Vingegaard veut sauver la face
En Birkenstock-chaussettes, assis dans le jardin champêtre de son hôtel narbonnais, situé au milieu des vignes, Vingegaard n’avait pas tout de suite l’air du garçon qui allait renverser la table. Pourtant, il l’a répété hier: «Je pense que oui, je peux encore gagner le Tour de France.» Le Danois de Visma-Lease a bike possède 4’13’’ de retard sur le Maillot Jaune Tadej Pogačar, «un écart surtout dû à mes deux mauvais jours, sinon la différence n’est pas énorme, donc je garde foi en moi», a-t-il assuré comme un coach qui souligne que son équipe a fait jeu égal en deuxième mi-temps alors qu’elle avait pris trente pions en première…
Plus radical, le Scandinave a promis qu’il était «prêt à sacrifier [ sa] 2e place pour essayer de gagner » . Comment? « Quatre minutes à combler, ça ne se fait pas en attaquant dans les 500 derniers mètres de la dernière ascension en montagne, a répondu son directeur sportif Grischa Niermann. On va essayer.»
Les «Frelons» vont donc lancer les grandes manoeuvres, plus probablement jeudi vers la Loze ou le lendemain à La Plagne que sur une montée sèche comme aujourd’hui. Si Jonas Vingegaard parvient à arracher une étape, comme l’an dernier, alors il aura sauvé ce qu’il pouvait.
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Nantua - Pontarlier, samedi, a des allures de Moirans-en-Montagne - Poligny, antépénultième étape du Tour 2023, une journée d’extase avec des coups dans tous les sens puis les larmes de Matej Mohoric à l’arrivée.
Les étapes de transition ont été les plus belles de cette édition 2025 et il n’y a aucune raison que celle-ci déroge à la règle, tous les déçus voudront essayer d’y sauver leur Tour de France. Avec la folie espérée à Montmartre le lendemain, le week-end final s’annonce explosif.
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