Le jour du déclic
Jonas Vingegaard avait distancé le Maillot Jaune Tadej Pogačar,
lors de l’ascension du mont Ventoux, le 7 juillet 2021.
Il y a quatre ans, Jonas Vingegaard, dont on ignorait le potentiel réel, lâchait en deux kilomètres le Maillot Jaune Tadej Pogacar sur le mont Ventoux, que le peloton retrouve aujourd’hui. Un tournant dans la carrière du Danois, qui a alors réalisé qu’il
"On a retrouvé un autre Jonas l’hiver suivant"
- MATHIEU HEIJBOER, RESPONSABLE DE LA
PERFORMANCE CHEZ VISMA-LEASE A BIKE
22 Jul 2025 - L'Équipe
– Un mythe se présente à eux, aujourd’hui. Le Ventoux, ce « mont Chauve », théâtre de si nombreuses histoires durant le Tour. Et une particulière pour Jonas Vingegaard. «Un jour qui a changé mon état d’esprit», disait-il il y a deux ans. Le jour où il a compris qu’il pouvait gagner le Tour de France.
Nous sommes le 7 juillet 2021, 11e étape de la Grande Boucle, archi-dominée par Tadej Pogačar, vainqueur l’année précédente et insubmersible, semblet-il. Le Slovène compte deux minutes d’avance sur Ben O’Connor (2e), cinq sur le reste de la meute dont Vingegaard (4e à 5’32’’), maillot blanc par défaut puisque le meilleur jeune est déjà vêtu de jaune, quand se présente un repas maous, la double ascension du mont Ventoux, d’abord par Sault, puis par Bédoin, avant la ligne d’arrivée en bas à Malaucène. À l’avant, un solide groupe s’est échappé avec quelques jolis noms comme Wout Van Aert ou Julian Alaphilippe. Mais c’est parmi les favoris qu’une brèche va s’ouvrir.
Alors que les Ineos de Richard Carapaz ont roulé comme des tambours dans la montée, le jeune Vingegaard va se dévoiler. Le Scandinave a 24 ans, il n’aurait pas été sur le Tour si Tom Dumoulin, en décembre, n’avait pas choisi de raccrocher pour cause de burn-out, et il évolue encore dans l’ombre, jamais désigné comme leader bis par son équipe malgré l’abandon de Primoz Roglic deux jours plus tôt. Le Slovène envoie chaque matin un message à son disciple pour lui donner confiance. Et ce 7 juillet est son jour.
«Je voyais les autres souffrir, alors j’ai pensé que je devais tenter le coup», lâcha-t-il. À deux kilomètres du sommet de la seconde ascension, il accélère, sans jamais se lever de sa selle, et, dans sa roue, le Maillot Jaune grimace, hoche la tête, décroche. Un mètre, deux, dix, et finalement quarante secondes au sommet : il craque. «Pour la première fois dans ce Tour, Pogacar avait les fils qui se débranchaient, même si quand on le vit passer un peu plus loin dans la pente, il avait toujours sa bobine d’enfant de choeur intacte, alors que le visage du Danois était javellisé par ses efforts», conte L’Équipe le lendemain.
L’opération est finalement vaine. Dans la descente, Vingegaard est repris et termine dans le même temps que les autres favoris, à 1’38’’ de son équipier Van Aert, vainqueur en solitaire à Malaucène. Mais tout le monde sent bien qu’un truc s’est passé. « Quelle course tu as faite ! », félicite Pogacar à l’arrivée, avant de vanter un adversaire qui a « un futur très prometteur, il est très, très fort » . Il terminera deuxième du Tour, à 5’20’’ d’un Maillot Jaune plus jamais mis en difficulté. Mais sa vie a vraiment basculé.
« Je suis passé de “je ne peux pas le décrocher” à “OK, finalement j’ai une chance de m’échapper et le lâcher sur une longue montée”, donc ç’a changé beaucoup de choses pour moi. Et ça m’a confirmé que, dans tous les cas, il faut oser pour gagner », avoua-t-il plus tard. « Il nous avait surpris, rembobine Mathieu Heijboer, responsable de la performance chez Visma-Lease a bike. On avait déjà vu qu’il avait un talent vraiment spécial, et il n’avait pas la pression, mais ce jour où il a lâché Pogacar, il s’est vraiment dit “ça y est, je peux gagner le Tour.” On a retrouvé un autre Jonas l’hiver suivant, toujours convaincu qu’il pouvait être meilleur que le double vainqueur du Tour, et ç’a été un énorme boost de confiance. »
« Il y a l’aspect physique, mais aussi l’aspect mental, reprend Richard Plugge, le patron des “Frelons” néerlandais. Physiquement, on le savait capable de choses comme ça. Mais il faut être capable de le faire mentalement. Les mois suivants, on a commencé à le voir comme un coleader pour le Tour 2022, dans l’ombre de Primoz, qui prenait un peu le poids des attentes pendant que Jonas restait dans son ombre. » Pour une réussite totale, un an plus tard, quand le collectif Jumbo-Visma fait exploser Pogacar sur la route du Granon, première victoire d’étape et premier maillot jaune pour Vingegaard, qui ne le lâcha plus jusqu’à Paris, et remit ça en 2023.
Pour le retour du «Géant de Provence», ces souvenirs l’escorteront aujourd’hui, du départ de Montpellier jusqu’au pied de l’ascension, à Bédoin, quasi 150 kilomètres de plat, « donc un profil très différent de 2021, malheureusement », regrette-t-il. Mais sur « cette montagne très spéciale » pour lui, Vingegaard sait que le frisson peut monter. Même si le maillot jaune semble injouable. Même si sa cause à lui semble perdue.
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