Les pistes pour battre Pogacar
Grand favori d’un Tour qui lui permettrait d’entrer dans l’histoire avec un cinquième succès, le Slovène a peu de chance de chuter l’été prochain. Mais il y a tout de même des brèches.
24 Oct 2025 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS (avec P. Me. et Th. P)
Un petit frisson dans la salle. Quand Christian Prudhomme en eut fini avec sa présentation de la vingtième étape (Bourg d’Oisans – Alpe-d’Huez) en citant le dénivelé total, 5600m, le public du palais des Congrès, hypnotisé par les courbes jaunes dessinant la prochaine édition estivale, sortit de la torpeur ou de l’habitude, c’est selon, dans laquelle, Tadej Pogacar l’a plongé depuis deux saisons.
La petite musique d’une nouvelle victoire du Slovène, une cinquième sur la Grande Boucle, connut alors un bémol et si Thierry Gouvenou déclina toute responsabilité de vouloir le faire tomber, il ne put nier que si chute il devait y avoir, cela pourrait se jouer à l’Alpe-d’Huez. « Le seul moment où il pourrait être en difficulté, c’est lors de l’avant-dernière étape, quand on va enchaîner les longs cols à haute altitude, souligne le directeur technique du Tour de France. Avec le col de Sarenne, rugueux et pas roulant, il ne faudra pas avoir un jour sans dans ce genre d’étape, car cela peut se chiffrer en minutes. On l’a déjà vu craquer par le passé dans les longues montées, au Granon, à la Loze mais “l’espoir” est minime.»
Plusieurs cols longs au programme
L’organisation a néanmoins pris soin de ne pas plier le Tour dès la sortie des Pyrénées – « On a peut-être mis la pédale douce sur la première semaine, on aurait pu être plus vicieux et roublard » –, sans trop d’illusion, même si «on peut perdre le Tour partout, sur une petite défaillance, un pépin, une chute, remarque Bernard Thévenet, vainqueur de l’épreuve en 1975 et 1977. L’an passé, Pogacar avait chuté pas loin de l’arrivée (à Toulouse). Il n’avait rien eu, mais il aurait pu se faire très mal. Mais sur le tracé, il n’y a pas beaucoup d’endroits où il peut être en difficulté, avec sept étapes de plat, trois ou quatre de moyenne montagne. Et il a une très belle équipe autour de lui, avec de l’expérience, il est le favori à 80%. Je ne vois pas de coureur assez fort pour le distancer en contrela-montre et en montagne.»
Malgré tout, nous avons ciblé cinq moments, du contre-la-montre par équipes à une étape de transition piégeuse en passant, évidemment, par des cols longs où le double champion du monde pourrait basculer, pilonné par l’équipe VismaLease a bike qui s’appuiera sur une tactique d’usure selon son patron Richard Plugge: «la dernière semaine est très difficile, il y aura forcément de la fatigue, c’est une très bonne chose pour nous.»
Un combat que ne mènera pas le patron d’Uno-X Mobility, Thor Hushovd, ancien maillot vert du Tour (2005 et 2009), pas sur ce terrain en tout cas: «C’est un Tour très dur, les organisateurs ont voulu des étapes courtes, avec beaucoup d’attaques, où ça roule vite, et pour notre équipe, cela peut être intéressant. Ce sont des étapes que mon équipe aime contrairement aux cols de 20 kilomètres en présence de Pogacar ( rires). »
Ailleurs, Gouvenou sait qu’il est « le plus fort. Il va sortir du bois dans le col du Haag (11,2 km à 7,3 %) mais à coup sûr dans Solaison ( 11,3km à 9,2%). Et après, on verra comment il se comportera dans la double ascension de l’alpe d’Huez, mais en ce moment, on ne peut rien contre lui.»
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Piégeux pour les leaders
L’exercice est tellement particulier qu’il est forcément un piège pour tous les leaders, et Tadej Pogacar en premier lieu. Le Slovène n’en a pas disputé depuis mars 2023, autour de Dampierre-enBurly sur Paris-Nice. Son équipe, UAE Emirates, s’était d’ailleurs manquée ce jour-là (5e), terminant 23’’ derrière Jumbo-Visma.
Sur Paris-Nice 2025, à Nevers et sans Pogacar, UAE avait aussi eu du mal dans l’exercice (8e seulement à 42’’ de Visma-Lease a bike). Depuis son passage chez les professionnels, Pogacar a disputé seulement deux contre-la-montre par équipes. Celui de 2023 et celui qui avait lancé la Vuelta l’année de son premier grand Tour, en 2019 (3e du général). Sur 13,4 km, UAE avait terminé à la… 21e place sur 22, à 1’07 d’Astana.
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Tranquille en apparence
Il ne faut se fier ni au profil de l’étape (une seule ascension répertoriée, Suc au May avec 3,8km à 7,7 %) ni à son dénivelé important pour une étape de transition entre Malemort et Ussel (3300m). L’été dernier, sur une journée en apparence tranquille avec seulement 1500m de dénivelé positif entre Toulouse et Toulouse (11e étape), le leader d’UAE Emirates XRG avait frôlé la catastrophe en chutant à cinq kilomètres de la ligne, touché par la roue de Tobias Johannessen qui tentait de suivre une énième attaque de Kévin Vauquelin. La peau un peu râpée, on sentait une angoisse et une agitation générales autour du car de l’équipe émirienne, avant le soulagement de voir le Slovène entier et si peu amoché qu’il remporterait l’étape d’Hautacam le lendemain puis le chrono de Peyragudes. Mais un avertissement, quand même, au coeur d’une étape en apparence sans danger.
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La vexation du Lioran
Au lendemain d’une étape de repos, les organismes ne répondent pas tous de la même façon et le peloton aura déjà dix jours de course dans les jambes au moment de prendre la direction du Lioran. Pas forcément un bon souvenir pour le Slovène, battu l’an dernier pour cinq centimètres par Jonas Vingegaard, sans conséquence au classement général qu’il dominait déjà. Pogacar avait pourtant pris de l’avance, à 32 km de l’arrivée, dans le Pas de Peyrol, mais il avait coincé quand le Danois était monté au train pour revenir sur lui dans le col de Pertus et, donc, le battre au sprint. Cela tombe bien, en ce 14 juillet, le Slovène et son dauphin retrouveront le même terrain de jeu et d’explication, Peyrol (7,8 km à 6 %) et le Pertus (4,4 km à 8,5 %) avec peut-être un peu plus que quelques centimètres sur la ligne.
Jonas Vingegaard s’était imposé au Lioran
devant Tadej Pogacar, le 10 juillet 2024.
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Victime d’une revanche
« Ce que je ressens, c’est qu’il est revanchard depuis deux ans, car il avait très mal supporté l’humiliation à Combloux et il a encore les crocs. » Thierry Gouvenou guette, dans le regard de Pogacar, cette lueur qui le rend bestial et qui lui avait permis, en s’imposant au Markstein en 2022, d’atténuer la déception d’un Tour fini à la deuxième place. Retour sur ces routes alsaciennes l’été prochain. Mais contrairement à il y a trois ans, l’étape courte mais dense (155 km, 3800m de dénivelé) est programmée en fin de deuxième semaine. Avec, au programme, le Grand Ballon, le col du Page, le Ballon d’Alsace et le final via le col du Haag, un chemin cabossé il y a trois ans mais qui offrira encore des pentes difficiles (11,2 km à 7,3 %), où Visma tentera, là-encore, de faire sauter le quintuple vainqueur du Tour de Lombardie. Avec l’idée d’une revanche?
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Une saisissante double ascension
L’alpe d’Huez une fois. L’alpe d’Huez deux fois. L’avant-veille et la veille de l’arrivée à Paris. Le tracé du Tour a été constitué d’une telle façon que le suspense sera garanti jusqu’au bout. Et Pogacar, même nanti de plusieurs minutes d’avance, ne serait alors pas à l’abri de tout perdre. Le premier passage dans le mythique col isérois, le vendredi, sera à l’issue d’une étape courte au départ de Gap (128 km) mais avec 3500m de dénivelé positif. Pogacar et ses adversaires devront enchaîner le col d’Ornon et l’alpe par Bourg-d’Oisans (13,8 km à 8,1 %) avec ses 21 virages. Le lendemain, les 21 virages seront abrégés et pris seulement après l’ascension du col de Sarenne (12,8 km à 7,3 %). Mais avant, il aura fallu se coltiner la Croix de Fer, le Télégraphe et le Galibier ; 5600 mde dénivelé positif au total, juste avant de monter à Paris, pour tout renverser…
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V. Paret-Peintre: «Ça ferait joli sur le palmarès»
24 Oct 2025 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
Le seul vainqueur français du dernier Tour, au Ventoux, se verrait bien garnir son palmarès d’une victoire à l’Alpe-d’Huez en 2026.
- Que retenez-vous du tracé du Tour 2026?
Il est très beau, équilibré et tourné vers la montagne. Il y aura pas mal d’étapes assez difficiles, des cols de moyennemontagnepassuperlongs. Çavasourire àpasmaldecoureurs différents, il y aura pas mald’opportunités pour les échappées. Sur la dernière semaine, les étapes seront plus àmaconvenanceavecdes montéesplus longues. Et onnesera pas très loin dechez moi. J’aurai beaucoup de motivation.
- Après avoir triomphé au Ventoux, l’Alpe-d’Huez peut être l’un de vos objectifs?
Çaferait joli sur le palmarès! Onnouspropose deux chances d’y gagner. Je vais essayer sur les deux étapes si j’y suis et onverra si je suis capable d’en gagner une…
- Vous serez vite dans le vif dusujet et le final sera plein desuspense…
Il nefaudra pas s’endormir audébut duTour. L’étape 2sera stressante avec la montéeà Montjuïc. Onauraaussi deux étapes dures dans les Pyrénées, avant d’enchaîner avec la moyennemontagne. Il y aura beaucoup d’occasions deperdre dutempsla première semaine. Si unleader est dans unmauvais jour, il peut vite perdre le Tour sur unejournée et il y abeaucoup dejournées commeça…
- Pourriez-vous jouer le général?
Sur le Tour 2026, non. Tant queje nesuis pas capable dem’approcher dutop 5, je préfère meconcentrer sur les étapes. Onverra si je mesurprends, mais ça m’étonnerait. J’ai fait unebelle année 2025, oùj’ai puparfois jouer macarte et d’autres fois être auservice du collectif et d’un grand leader comme Remco( Evenepoel). J’ai beaucoup appris. C’était uneannéeimportante dans ma formation pour le futur, car j’ai quandmême envie defaire le général unjour.
- Que pensez-vous du retour de la butte Montmartre?
Je n’en étais pas unfervent défenseur l’an dernier, mais j’ai aiméyrouler. C’était vraiment génial, c’était beaucoup d’émotions, des souvenirs queje vais garder toute mavie. Il y aura encore beaucoup demondel’an prochain.Çapourra peut-être sourire àun sprinteur qui passe bien les bosses.
- Que change pour vous le départ de Remco Evenepoel chez Red Bull-BORA-hansgrohe?
Je vais avoir unpeuplus deresponsabilités, jouer macarte plus souvent. C’est plutôt bénéfique pour moiforcément. Onverra si je suis prêt àendosser unrôle deleader sur une course World Tour déjà d’une semaine et on verra pour ungrand Tour dans le futur. Mon souhait, c’est d’abord defaire absolument la Vuelta pour essayer decompléter la trilogie et gagner uneétape sur les trois grands Tours (sourire). J’ai dit quej’aimerais bien faire un deuxième grand Tour, mais entre le Giro et le Tour, je n’ai pas depréférence.»
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