THRILLER D’ÉTÉ


L’OPEN DE FRANCE

Le tracé de la 113e édition du Tour de France, dévoilé hier, a pour mission principale de ménager le suspense et d’empêcher Tadej Pogacar de l’assujettir trop tôt, ce qui paradoxalement pourrait arranger le quadruple vainqueur de l’épreuve.

24 Oct 2025 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

La 113e édition du Tour, qui s’élancera de Barcelone le 4 juillet, propose un parcours varié et très montagneux qui offrira des surprises jusqu’au final à Paris le 26 juillet. Avec deux arrivées à l’Alpe-d’Huez en deux jours, les adversaires de Tadej Pogacar, en route vers une cinquième victoire sur la Grande Boucle, peuvent nourrir des envies de tout renverser. On a toujours aimé la présentation de Paris, au palais des Congrès, davantage pour le petit film qui retrace la dernière édition et qui manque rarement de nous coller un frisson, encore hier avec les images de la montgolfière de Kévin Vauquelin, de l’éruption dans le car Soudal-Quick Step au moment de la victoire de Valentin Paret-Peintre au Ventoux ou des grosses gouttes de la Loze, que pour le voile qui se lève sur le parcours de la suivante, un secret désormais aussi éventé que les galeries du Louvre.Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard et Remco Evenepoel.

Le rendez-vous de la fin octobre n’en est pas moins incontournable, une sorte de baisser de rideau officiel, cérémonial, qui clôt la saison et livre déjà un avantgoût de la suivante, une petite bougie qu’on emporte avec nous pour la trêve et qui éclairera le terrier de notre hibernation.

Protéger la flamme vacillante de l’incertitude

De Barcelone à Paris (du 4 au 26 juillet 2026), en passant par une double ration d’alpe d’Huez et un retour au Markstein, qui exhumera le souvenir de la folie Thibaut Pinot et des choucroutes du côté d’Eguisheim ou Kaysersberg, le parcours officialisé hier obéit à un mécanisme: ménager le suspense le plus loin possible, protéger la flamme vacillante de l’incertitude, avec des dénivelés modérés, des profils variés, dans l’espoir que tout puisse se jouer la veille de l’arrivée à Paris où, là, avec la Croix-de-Fer, le Télégraphe, le Galibier et la montée de l’alpe par Sarenne, 5 600 m de grimpette à engloutir, on lâchera

tout, dans l’espoir que le sort de la course puisse y basculer. En filigrane de ce tracé, empêcher Tadej Pogacar d’y faire exploser la concurrence de trop bonne heure, de poser sa main sur la course trop tôt, ce qui va paradoxalement arranger le Slovène, qui a donné l’impression l’été dernier de ne plus vouloir assumer le fardeau de la course et du Maillot Jaune trop longtemps.

Pogacar à une victoire de rejoindre Merckx, Anquetil, Hinault et Indurain

Les organisateurs n’ont pas à favoriser un coureur ou un autre, mais ils ne peuvent pas non plus ignorer leur personnage central depuis 2020, à une victoire de rejoindre Eddy Merckx, Jacques Anquetil, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Le Tour et Pogacar,

Pogacar et le Tour, les deux doivent s’ajuster, s’amadouer. Pour les équipes de Christian Prudhomme, le jeu est subtil, entre d’un côté l’envie de circonscrire la suprématie du champion du monde, ce qui revient à soigner la qualité du scénario, et de l’autre le magnifier, lui ériger des théâtres à la hauteur de son histoire – c’est le sens du double rendez-vous à l’alpe d’Huez –, car si le Tour de France est éternel, son éternité doit beaucoup au génie et à la folie des champions qui s’y sont élevés.

Le quadruple vainqueur est luimême engagé dans une valse hésitante avec la course la plus prestigieuse du calendrier, qui est devenue un passage obligé, une romance qui s’est usée avec le temps mais qui perdure, parce que son équipe le lui impose, parce qu’il sait que les chemins de sa gloire passent par ici. Mais Tadej Pogacar est par essence un coureur d’un jour, de classiques, de Monuments, et les grands Tours heurtent sa nature, d’où la lassitude qu’il a laissé transpirer cette année en troisième semaine.

Des étapes de transition comme autant de pétards

Un format qui l’ennuie, trois semaines, un anachronisme, où on lui parle de gérer ses temps faibles et forts, de calculer, de rester certains jours sur le banc de touche et d’éviter les chutes, alors qu’avec son copain Mathieu Van der Poel, quand ils montent sur le vélo, ils ne veulent que de la baston, alors le Tour et ses contraintes, autant convaincre la marmaille d’avaler les 900 pages des frères Karamazov quand un robot peut leur cracher deux paragraphes de résumé.

Avec tout cela, rien ne dit cependant que Tadej Pogacar ne sera pas en jaune très vite, avec ce contre-la-montre par équipes en ouverture, dur sur la fin et où les temps seront pris individuel

lement, ou le lendemain au sommet de la colline de Montjuïc. Mais le reste doit ensuite aller crescendo, à travers les cinq massifs montagneux, avec des Pyrénées placées d’entrée mais qui ne vont pas mordre comme d’ordinaire, en dehors de l’arrivée inédite au pied du cirque de Gavarnie après les ascensions d’Aspin et du Tourmalet.

Viendra alors un chapelet d’étapes piégeuses, dans cette moyenne montagne qui est devenue si séduisante, si propice aux offensives, en osmose avec les nouvelles aspirations du peloton, vers le Lioran dans le Massif central, par exemple, ou dans les Vosges, donc, et de nombreuses étapes de transition qui sont devenues autant de pétards.

Un air de revanche sur la butte Montmartre

On pense là à celle entre Foix et Carcassonne ou à celle en Corrèze, qui confirment le dogme imposé par les organisateurs, pas plus de deux étapes pour sprinteurs de rang, mais un éventail d’étapes bosselées, vallonn é e s , g o n d o l é e s , q u i s o n t d’ailleurs autant de réjouissances pour Pogacar, ce qui prouve une nouvelle fois à quel point le fil est étroit pour l’empêcher.

Le suspense doit s’étirer jusqu’à l’ascension inédite et difficile du plateau de Solaison, mais surtout l’explosion de la double arrivée à l’alpe d’Huez, quarante ans après le simulacre de fraternité sur la ligne entre Bernard Hinault et Greg LeMond, d’abord par les vingt et un lacets, puis le lendemain par l’autre versant.

Il restera alors l’étape de Paris et un retour indispensable à la butte Montmartre, dont le sommet sera cette fois un peu plus loin de l’arrivée, une fleur aux sprinteurs, un dernier piège pour Pogacar qui, déposé en juillet par Wout VanAert, rêve forcément de prendre sa revanche et de s’imposer en jaune sur les ChampsÉlysées.

Ce cheminement est le plan rêvé par les organisateurs, qui ne demande qu’à être démonté en juillet prochain. Et nous avons tout l’hiver et plus, neuf mois, pour tenter d’imaginer comment.

***

GIALLO ESTIVO

L'OPEN DE FRANCE

Il percorso della 113ª edizione del Tour de France, svelato ieri, ha come obiettivo principale quello di mantenere viva la suspense e impedire a Tadej Pogačar di dominarlo troppo presto, il che, paradossalmente, potrebbe andare a vantaggio del quattro volte vincitore della gara.

24 ottobre 2025 - L'Équipe 
ALEXANDRE ROOS

La 113ª edizione del Tour, che partirà da Barcellona il 4 luglio, propone un percorso vario e molto montuoso che riserverà sorprese fino al finale a Parigi il 26 luglio. Con due arrivi all'Alpe d'Huez in due giorni, gli avversari di Tadej Pogačar, in corsa per la quinta vittoria sul Grande Boucle, possono nutrire il desiderio di ribaltare la situazione. Abbiamo sempre apprezzato la presentazione a Parigi, al Palais des Congrès, soprattutto per il breve filmato che ripercorre l'ultima edizione e che raramente manca di farci venire i brividi, ancora ieri con le immagini della mongolfiera di Kévin Vauquelin, dell'esplosione di gioia nel pullman della Soudal-Quick Step al momento della vittoria di Valentin Paret-Peintre sul Ventoux o dei goccioloni della Loze, che per il velo che si alza sul percorso della prossima edizione, un segreto ormai svelato come le gallerie del Louvre.

Tadej Pogačar, Jonas Vingegaard e Remco Evenepoel.

L'appuntamento di fine ottobre è comunque imperdibile, una sorta di chiusura ufficiale e cerimoniale che conclude la stagione e offre già un assaggio di quella successiva, una piccola candela che portiamo con noi durante la pausa e che illuminerà la tana del nostro letargo.

Proteggere la fiamma vacillante dell'incertezza

Da Barcellona a Parigi (dal 4 al 26 luglio 2026), passando per una doppia dose di Alpe d'Huez e un ritorno al Markstein, che riporterà alla memoria la follia di Thibaut Pinot e i crauti di Eguisheim o Kaysersberg, il percorso ufficializzato ieri obbedisce a un meccanismo: mantenere il più possibile la suspense, proteggere la fiamma vacillante dell'incertezza, con dislivelli moderati, profili vari, nella speranza che tutto possa giocarsi alla vigilia dell'arrivo a Parigi dove, lì, con la Croix-de-Fer, il Télégraphe, il Galibier e la salita dell'Alpe da Sarenne, 5.600 m di dislivello da divorare, si darà il massimo, nella speranza che il destino della gara possa ribaltarsi. Il sottotesto di questo percorso è impedire a Tadej Pogačar di distruggere la concorrenza troppo presto, di mettere le mani sulla gara con troppo anticipo, il che paradossalmente andrà a vantaggio dello sloveno, che la scorsa estate ha dato l'impressione di non voler più assumersi il peso della gara e della maglia gialla per troppo tempo.

Pogačar a una vittoria dal raggiungere Merckx, Anquetil, Hinault e Indurain

Gli organizzatori non devono favorire un corridore piuttosto che un altro, ma nemmeno possono ignorare il loro personaggio centrale dal 2020, a una vittoria dal raggiungere Eddy Merckx, Jacques Anquetil, Bernard Hinault e Miguel Indurain

Il Tour e Pogačar, Pogačar e il Tour, entrambi devono adattarsi, conciliarsi, a vicenda. Per il team di Christian Prudhomme, il gioco è sottile, da un lato c'è il desiderio di circoscrivere la supremazia del campione del mondo, il che equivale a curare la qualità della sceneggiatura, dall'altro quello di magnificarlo, di erigere teatri all'altezza della sua storia – è il senso del doppio appuntamento all'Alpe d'Huez –, perché se il Tour de France è eterno, la sua eternità deve molto al genio e alla follia dei campioni che vi si sono elevati.

Il quattro volte vincitore è lui stesso impegnato in un valzer esitante con la gara più prestigiosa del calendario, che è diventata un passaggio obbligato, una storia d'amore che si è consumata nel tempo ma che continua, perché la sua squadra glielo impone, perché sa che le strade della sua gloria passano da qui. Tadej Pogačar è però essenzialmente un corridore da un giorno, da classiche, da Monumenti, e i grandi Giri vanno contro la sua natura, da qui la stanchezza che ha lasciato trasparire quest'anno nella terza settimana.

Tappe di transizione come tanti petardi

Un formato che lo annoia, tre settimane, un anacronismo, dove gli si parla di gestire i suoi momenti deboli e forti, di calcolare, di restare alcuni giorni in panchina ed evitare le cadute, mentre con il suo amico Mathieu van der Poel, quando salgono in sella alla bicicletta, vogliono solo lottare, quindi il Tour e i suoi vincoli, tanto vale convincere i ragazzini a ingoiare le 900 pagine dei fratelli Karamazov quando un robot può sputargli fuori due paragrafi di riassunto.

Con tutto ciò, nulla dice tuttavia che Tadej Pogačar non sarà in giallo molto presto, con questa cronosquadre in apertura, dura nel finale e dove i tempi saranno presi individualmente, o il giorno dopo in cima alla collina di Montjuïc. Ma il resto dovrà poi andare crescendo, attraverso i cinque massicci montuosi, con i Pirenei all'inizio ma che non saranno così impegnativi come al solito, a parte l'arrivo inedito ai piedi del circo di Gavarnie dopo le salite di Aspin e del Tourmalet.

Seguirà poi una serie di tappe insidiose, in questa media montagna che è diventata così affascinante, così propizia alle offensive, in sintonia con le nuove aspirazioni del gruppo, verso il Lioran nel Massiccio Centrale, per esempio, o nei Vosgi, quindi, e numerose tappe di trasferimento che sono diventate altrettanti fuochi d'artificio.

Un'aria di rivincita sulla collina di Montmartre

Si pensi alla frazione tra Foix e Carcassonne o a quella nel Corrèze, che confermano il dogma imposto dagli organizzatori: non più di due tappe per i velocisti di rango, ma una serie di tappe accidentate, collinari, vallonate, che sono tra l'altro altrettanti motivi di gioia per Pogačar, il che dimostra ancora una volta quanto sia sottile il filo che lo separa dalla vittoria.

La suspense deve protrarsi fino alla salita inedita e difficile dell'altopiano di Solaison, ma soprattutto fino all'esplosione del doppio arrivo all'Alpe d'Huez, quarant'anni dopo la finta fratellanza sulla linea tra Bernard Hinault e Greg LeMond, prima con i ventuno tornanti, poi il giorno dopo dall'altro versante.

Rimarrà poi la tappa di Parigi e un indispensabile ritorno alla collina di Montmartre, la cui vetta questa volta sarà un po' più lontana dall'arrivo, un fiore agli sprinter, un'ultima trappola per Pogacar che, battuto a luglio da Wout Van Aert, sogna inevitabilmente di prendersi la rivincita e di imporsi in maglia gialla sugli Champs-Élysées.

Questo percorso è il piano sognato dagli organizzatori, che non aspetta altro che essere smontato il prossimo luglio. E abbiamo tutto l'inverno e più, nove mesi, per cercare di immaginare come.

Commenti

Post popolari in questo blog

I 100 cattivi del calcio

Dalla periferia del continente al Grand Continent

Chi sono Augusto e Giorgio Perfetti, i fratelli nella Top 10 dei più ricchi d’Italia?