Prudhomme: « Tout peut être renversé la veille de l’arrivée »
Le directeur du Tour de France détaille comment le parcours 2026 a été dessiné. Une progression régulière qui doit aboutir au feu d’artifice final de la double arrivée à l’Alpe-d’Huez.
“Nous avons toujours voulu que le Tour puisse se
jouer ailleurs que dans les Alpes ou les Pyrénées ''
Le rendez-vous de Pogacar sera cette double arrivée à l’Alpe d’Huez, face à l’histoire…
“Ce sera un tout petit peu plus long pour descendre de Montmartre (lors de la dernière étape), mais ce sera mieux pour les gens parce qu’ils verront les coureurs descendre les Champs puis les remonter ''
24 Oct 2025 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
Rompu à l’exercice depuis 2007, Christian Prudhomme a dévoilé le parcours du Tour de France 2026, hier matin, au palais des Congrès à Paris. Un tracé varié, dans la veine de ceux qu’il dessine depuis plusieurs années avec Pierre-Yves Thouault, son adjoint, et Thierry Gouvenou, le directeur technique, avec un fil conducteur : ménager le suspense le plus loin possible. Le directeur de l’épreuve en détaille les ressorts.
- Quelles sont les lignes directrices de ce parcours?
Lapremière est liée àla géographie, comme à chaque fois. Si on part de Barcelone, on a très vite les Pyrénées, mais onavoulu que ça aille crescendo, à savoir qu’on n’a pas fait ce qu’on aurait pu faire de plus dur, même si on passe au Tourmalet, qu’il y a une nouveauté avec Gavarnie (6e étape) et quel’étape des Angles (3e) aquandmême 3900m de dénivelé.On a voulu qu’il y ait une montée en puissance par les cinq massifs, Pyrénées, Massif central, Vosges, Jura et Alpes, avec une avant-dernière étape avec 5600 m de dénivelé. Quelles quesoient les positions, tout peut être renversé la veille de l’arrivée.
- Quel défi la domination de Tadej Pogacar pose-t-elle au moment de tracer le parcours?
D’abord, il y aunvrai changementdepuis 2019, donc c’est mêmeantérieur à Pogačar. Depuis cette année-là, les coureurs utilisent quasiment toutes les bosses, ça attaque departout. Ça a été le cas dans la première semaine du Tour en juillet dernier, enfaux semblant dans la plaine, où on a vu certes Pogačar mais aussi (Jonas) Vingegaard, (Mathieu) van der Poel, Ben Healy oud’autres coureurs. En fait, unéquivalent Ben Healy dans sa meilleure forme, il peut quasiment suivre pendant quinze jours sur ce parcours 2026. C’est fait dans cet esprit-là. Bien évidemment, pour l’organisateur, ce n’est pas le nom du vainqueur qui comptemais qu’il y ait de la bagarre le plus longtemps possible, qu’il y ait du suspense.
Tout à fait. Contrairement à (Bradley) Wiggins ou (Mark) Cavendish, je ne l’ai jamais entendu parler de l’histoire du cyclisme ou du Tour, mais il est là à chaque fois qu’il y aunsommetquicompte. Donc j’imagine bien quequandil verra l’Alpe d’Huez deux fois, il aura envie degagner là-haut, comme les plusgrands. C’est Hinault-LeMond, ça fera quarante ans, ce n’est pas rien.
- Comment cette idée est-elle née?
Sur la centième édition du Tour (en 2013), nous avions fait deux fois l’Alpe d’Huez, mais le même jour, enpassant par le col de Sarenne et enredescendant sur le lac du Chambon. Depuis, j’avais très envie que nous montions àla station envenant de Sarenne, mais je ne nous voyais pas monter sans passer par les 21 virages numérotés. Les gens ne comprendraient pas, donc il fallait deux arrivées distinctes, par les deux côtés. Ça fait une étape hyper dense, pas super longue (171 km), mais avec 5600 m dedénivelé, avec des géants, la Croix-deFer, le Télégraphe, le Galibier. Et la veille, ce sera très concentré (128 km), avec un départ de Gap, unebagarre possible d’entrée – le km0 sera dans la montée du col Bayard –, et derrière il y atout desuite le Noyer qui est terrible et plus loin les 21 virages. Si une équipe veut tout renverser, il y acertes les 5600 mdu samedi, mais la veille déjà, c’est possible.
- La haute montagne connaît-elle un peu une période difficile?
Je vais vous le dire àl’envers. Nousavons toujours voulu quele Tour puisse se jouer ailleurs quedansles Alpes oules Pyrénées, qui sont incontournables. Voir, il y a deux ans, sur l’étape du Lioran, les deux super favoris, Vingegaard et Pogačar, finir ensemble quasiment àla photo finish, c’est exactement ce dont on rêvait.
- Les étapes dites de transition ont quasiment été les plus excitantes l’été dernier. L’étape de Corrèze, par exemple, nourrit le mêmetype d’attentes?
C’est pour des baroudeurs et tout à fait dans cet esprit-là. Malemort-Ussel puis Aurillac - Le-Lioran, celle duCantal est plus dure, mais c’est le même esprit. Un peu comme le Foix-Carcassonne, piégeux. Ou le Dole-Belfort. C’est plat, sauf qu’il y a le Ballon d’Alsace pour finir, donc ce ne sera pas un sprint massif.
- Le retour à la butte Montmartre était incontournable?
Oui, il y avait unetrès grande confiance le soir mêmedel’arrivée del’étape, ons’est envoyé quelques messagesavec Laurent Nuñez, le préfet depolice del’époque (aujourd’hui ministre de l’Intérieur), et ça nous aété confirmé là. C’est quasiment la mêmechose. On ne pas sera pas par la Madeleine, on va jusqu’à l’Étoile, on descend par Wagram, les Ternes, Courcelles et on y est. Ce sera un tout petit peu plus long pour descendre de Montmartre, mais ce sera mieux pour les gens par ce qu’ils verront les coureurs descendre les Champs puis les remonter. S’il y a un match entre le ou les coureurs échappés et un groupe un peu plus consistant avec quelques sprinteurs, ça ne va pas me déranger.
- Ya-t-il un désamour pour les sprinteurs?
Non. Mais l’équation peloton qui entre à toute vitesse et deplus enplus vite,et augmentation exponentielle des aménagementsroutiers, complique de plus en plus. Depuis quatre ans, sur les étapes de plaine qui doivent se finir par un sprint massif, une ou deux changent par ce qu’on n’a pas l’arrivée, qu’il y a trop de travaux à faire. En revanche, on est toujours à deux étapes consécutives au maximum pour des sprinteurs. Quela première étape desprint arrive le cinquième jour ( àPau), ce n’était pas voulu. Jusqu’à il y a deux mois, on avait un sprint le quatrième jour, sauf qu’on n’avait pas l’arrivée.
- Les événements de la Vuelta (manifestations pro-palestiniennes) et ce Grand Départ à Barcelone créent-ils une appréhension par rapport à l’équipe Israël-Premier Tech?
La situation internationale a évolué considérablement et sur le plan du cyclisme, elle évolue aussi. C’est à l’Union Cycliste Internationale (UCI) dele confirmer, mais l’équipe devrait porter unautre nom avec uneautre licence.
- Le Tour de France et les courses cyclistes semblent des otages faciles…
Levélo est dans la vie. Les épreuves sur route ont toujours épousé les difficultés rencontrées par les gens. La différence avec le conflit entre Israël et la Palestine c’est quec’est exporté ou importé, c’est selon. Cen’est pas l’usine qui ferme et devant la quelle on passe. Cesont d’autres causes, commelesactivistes duclimat il y a trois ans. Maintenant, quandonvoit les foules aubord dela route, les 3500 km de sourires, une écrasante majorité degens se rend bien comptequele Tour est unpetit moment d’insouciance, de bonheur simple et ils n’ont pas envie qu’on le leur gâche. »

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