Bernaudeau se rapproche de la sortie
Jean-René Bernaudeau, au siège de l’équipe TotalEnergies
aux Essarts (Vendée), le 10 octobre dernier.
La fin de l’histoire approche
Le manager vendéen de l’équipe TotalEnergies pourrait céder sa place à Stéphane Heulot dès cet hiver, alors que la structure perdra son sponsor titre fin 2026.
«J’ai besoin de me poser en famille,
je vais revenir habiter en Bretagne car j’ai des projets côté français,
mais je dois réfléchir avant de m’engager à 100 %»
- STÉPHANE HEULOT, LE 25 SEPTEMBRE, DANS « L’ÉQUIPE
21 Nov 2025 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS et THOMAS PEROTTO
Il avait pris l’habitude de fêter son anniversaire sur les routes du Tour de France, le 8 juillet. Jean-René Bernaudeau, 69 ans, n’y fêtera peut-être pas ses 70 en tant que manager de TotalEnergies, l’été prochain. « JR » pourrait passer les rênes de son équipe à Stéphane Heulot, selon Ouest-France, qui a révélé l’information jeudi matin. Contactés par L’Équipe à plusieurs reprises dans la journée, ni Bernaudeau ni le groupe TotalEnergies n’ont répondu à nos sollicitations.
Au sein de la structure sportive comme des sphères du fournisseur d’énergie français, la fuite de cette information a chagriné, et principalement car, à ce jour, rien n’est entériné. Une communication devrait toutefois intervenir en début de semaine prochaine pour fixer les contours d’une future organisation.
Porteur du maillot jaune trois jours sur le Tour en 1996, Stéphane Heulot n’aurait rien signé mais l’intérêt entre les deux parties, qui se sont déjà rencontrées, est commun. Lundi, le Breton (54 ans) a été aperçu au Manoir Saint-Michel des Essarts (Vendée), le service course de l’équipe, et évidemment, l’ancien coureur de la Française des Jeux a été reconnu, d’où les fuites. En milieu de semaine, il aurait également rencontré des dirigeants de chez TotalEnergies mais sans Bernaudeau, actuellement en Guadeloupe. Au sein de la structure, on assure que « cela fait un moment qu’il cherche un successeur » .
Une aventure débutée en 1991
Bernaudeau est le patron d’une équipe professionnelle née en 2000, qui s’est successivement appelée Bonjour, Brioches La Boulangère, Bouygues Telecom, Bbox Bouygues Telecom, Europcar, Direct Énergies, Total Direct Énergies jusqu’à TotalEnergies aujourd’hui. Toutes issues d’une structure amateur, Vendée U, créée en 1991 avec son binôme de l’époque, Philippe Raimbaud.
Heulot, lui, a restructuré Lotto jusqu’à retrouver le World Tour en 2026. Il reviendrait en France après avoir été propriétaire de Sojasun de 2008 à 2014 et coureur chez RMO (1991-1992), Gan (1996), La Française des Jeux (1997-2000) et BigMat Auber 93 (2001-2002) avant de prendre sa retraite. Son mandat à la tête de la formation belge Lotto aura duré trois ans (2023-2025) et il était libre depuis fin septembre et son départ négocié. Ou presque. Lors des discussions pour mettre fin à ses prérogatives, ses anciens dirigeants avaient inclus une clause de non-concurrence : il n’a pas le droit, pendant un an, de diriger une équipe licenciée au Benelux, ni en lien avec Keytrade, filiale belge d’Arkéa qu’il avait approchée en vue d’un partenariat. TotalEnergies n’est concernée par aucune de ces dispositions mais le Breton a une autre contrainte: obtenir un accord écrit de la Loterie nationale belge, qu’il n’aurait pas encore sollicitée. »
Même si Bernaudeau et Heulot se connaissent et s’apprécient, un acteur estime que, dans ce dossier, les deux parties sont « encore très loin du compte. Par rapport aux partenaires de l’équipe, du staff et des coureurs, c’est précipité, ajoute-t-il. Mais c’est un secret de polichinelle de dire que Jean-René veut prendre du recul ».
Contacté, Heulot « ne souhaite pas s’exprimer » . Dans un entretien accordé à L’Équipe fin septembre, il expliquait à propos de son avenir: « J’ai besoin de me poser en famille, je vais revenir habiter en Bretagne (chose faite depuis) car j’ai des projets côté français, mais je dois réfléchir avant de m’engager de nouveau à 100 %. Je ne dis pas non au vélo, bien sûr. »
Le Vendéen Bernaudeau passerait donc le flambeau au Breton Heulot pour poursuivre une histoire qui remonte à loin mais qui ne possède pour l’heure aucune garantie pour l’avenir. La saison 2026 de TotalEnergies sera agitée en coulisses, le sponsor titre ayant annoncé son désengagement, le 26 septembre dernier. « Comme depuis 2016, nous serons (en 2025) aux côtés de l’équipe de Jean-René Bernaudeau, à qui nous avons d’ores et déjà confirmé notre soutien pour la saison 2026 et notre intention d’ouvrir les discussions pour 2027 après le Tour de France » , avait expliqué en juin le président-directeur général de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, au moment où son groupe devenait également sponsor maillot d’Ineos Grenadiers.
Mais l’histoire avec l’entité vendéenne n’ira pas plus loin que 2026 et Bernaudeau, qui avait plusieurs fois ces deux dernières décennies fait des miracles pour trouver un nouveau sponsor ou un réengagement de ses partenaires majeurs, partagerait ou laisserait cette fois cette tâche à Heulot, dont le carnet d’adresses dans le monde des entreprises est souvent loué.
« Je suis bien sûr déjà tourné vers 2027 et déterminé à perpétuer notre histoire, avançait Bernaudeau en septembre. Notre singularité, nos valeurs, notre politique d’éducation et de formation, notre trajectoire de développement sportif sont autant d’atouts pour convaincre des marques de se lancer dans l’aventure avec nous. Je sais que des dirigeants d’entreprise se reconnaîtront dans nos valeurs historiques et dans le cyclisme qu’incarne l’équipe. » Une équipe dont l’avenir pourrait désormais s’écrire sans lui.
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