Lucas Chevalier : « Gardien de but au PSG, ce n’est pas le même métier qu’à Lille »
Stéphane MAHE/REUTERS
Fraîchement arrivé au PSG, le jeune Lucas Chevalier
a déjà séduit son exigeant entraîneur Luis Enrique.
Avant le choc contre le Bayern Munich, le nouveau portier parisien revient sur ses débuts dans la capitale, ses objectifs et sa vision du poste de gardien.
« C’est un travail vraiment collectif et,
si on n’est pas stable émotionnellement,
on peut vite douter, cesser de progresser
et s’enfoncer dans les potentielles critiques »
Le rêve ultime, ce serait de gagner une deuxième, une troisième Ligue des champions… Autant que possible !
4 Nov 2025 - Le Figaro
Christophe Remise C. R.
Lucas Chevalier, première ! Trois mois et 15 matchs après sa signature en provenance de Lille, son club formateur, le portier nordiste de 23 ans se livre au Figaro pour sa première grande interview en tant que gardien de but du Paris Saint-germain. Et ce avant le choc XXL contre le Bayern Munich, ce mardi (21h, Canal+), au Parc des Princes, lors de la quatrième journée de Ligue des champions. Numéro 2 chez les Bleus, même s’il attend encore de disputer un premier match avec l’équipe de France, le natif de Calais a répondu à nos questions pendant vingt-cinq minutes, dans un salon du Campus, à Poissy. Souriant, simple et naturel, avec un certain recul sur les choses malgré son jeune âge, Chevalier s’est prêté au jeu, évoquant son arrivée à Paris, son adaptation, ses objectifs et les consignes de Luis Enrique.
Ce dernier est d’ailleurs déjà séduit. « Je suis très content de lui, de sa performance. Quand on recrute un joueur, on pense au long terme. Il a de la personnalité. Il le montre tous les jours à l’entraînement et en match. On est confiants quant au fait qu’il sera important pour l’équipe pour de nombreuses années », affirmait encore récemment l’exigeant entraîneur du Paris Saintgermain. L’ex-lillois a aussi parlé de sa vision du poste de gardien, comment il y est venu, l’évolution de ce rôle si particulier. Frais et pas (encore ?) formaté, le successeur de Gigio Donnarumma au Paris SG se dévoile. LE FIGARO. – Comment se déroule votre adaptation à la ville et au club ?
LUCAS CHEVALIER. – Je me sens de mieux en mieux. Mon arrivée s’est vraiment accélérée dans les derniers jours, et on a tout de suite préparé la Super Coupe d’europe contre Tottenham (2-2, 4-3 tab). Donc, les premiers mois, en tout cas le premier mois et demi, il y avait un peu d’inconfort. Je logeais encore à l’hôtel. Et puis je suis quelqu’un d’assez routinier, assez carré, et là, c’était un peu le freestyle. (Rires.) Mais, en même temps, j’étais excité, je sentais que c’était le bon moment pour partir (de Lille, NDLR). Ce qu’on me proposait, c’était quelque chose que je ne pouvais pas rater. Donc, c’est vrai que, au tout début, ce n’était pas facile sur un plan général. Mais là, je commence vraiment à prendre mes habitudes, que ce soit au club, comment je m’entraîne, ou en dehors. J’ai trouvé mon logement, ce que j’aime faire et pas faire… Petit à petit, ça se met en place, et je commence vraiment à pouvoir être le plus performant possible sur le terrain.
- Était-ce un choix facile, de rejoindre le PSG ?
Pas si facile que ça. Quand on arrive dans l’un des meilleurs clubs du monde, la pression est tout autre. Donc, il y a eu de la réflexion, de ma part et avec mes proches. On sait que c’est différent avant même de l’avoir vécu. Une fois qu’on le vit, on s’en rend compte encore plus et on voit d’autres choses. En même temps, c’était le moment de quitter Lille. Le projet, un club français, la façon dont le PSG travaille depuis plusieurs années, un travail sur le long terme… Forcément, c’est dur, c’est le sport de haut niveau, mais, si je veux avancer dans ma carrière, c’était le moment. J’aurais pu faire d’autres choix ou même rester à Lille, dans mon confort, et ne pas prendre de risque. Au final, j’ai pris la décision. Il y avait de l’appréhension dans mon entourage, mais je les ai rassurés.
- Qu’est-ce qui change le plus entre Lille et Paris ?
La médiatisation, tout ce qu’il y a autour. Tout est scruté, tu n’as pas le droit à l’erreur, il faut être bon tout de suite. Honnêtement, on va chercher des petites choses… Le bon, c’est normal. Le moins bon, ce n’est pas normal. Mais, finalement, c’est bien d’avoir ça d’entrée de jeu. Je pense que, quand on est très bon ici, on est vraiment mis sur un piédestal, plus qu’à Lille. Mais, si on est moins bon, on est mis six pieds sous terre. Et, dans la vie de tous les jours, les gens te regardent différemment. Tu dois aussi t’adapter à ça. Tu essaies de rester le plus normal possible, mais tu dois gérer les changements de comportement. Bien sûr, il y a aussi des avantages, des choses qui facilitent la vie, mais il faut se protéger de cet environnement.
- Et sur le plan du jeu ?
Ce n’est pas le même métier qu’à Lille en tant que gardien. Ce qu’on me demande, les consignes, la sollicitation dans le match… On touche beaucoup moins de ballons. On me demande des nouvelles choses. J’avais un style de gardien et c’est important que je le garde, mais le staff veut aussi modifier certaines choses afin que je sois en osmose avec l’équipe, jouer un peu plus haut, la gestion des centres, le jeu au pied…
Ce n’est pas si complexe que ça. Il a une vision du jeu, que ce soit collectivement ou individuellement. En l’occurrence, ce qu’il me demande est assez naturel pour moi, des choses très simples, comme d’apporter de la continuité dans le jeu pour éviter des passes inutiles et très dangereuses dans l’axe. Il me demande beaucoup de disponibilité et d’être le plus propre possible, il déteste que je prenne des risques. Ce n’est pas moi qui vais marquer le but, faire la passe décisive, mais je peux en revanche être le déclencheur. On est encore en train d’avancer, on va jouer de grosses écuries. J’aurai peut-être plus d’opportunités de trouver des passes qui font mal à ce moment-là, plutôt que face à des blocs bas. Ça paraît simple parce que ça se passe bien, mais ça demande du calme, de la maîtrise technique.
- Comment êtes-vous devenu gardien ?
Un peu par hasard! C’était au SC Coquelles (Pas-de-calais). D’ailleurs mes parents habitent encore dans cette ville et mon frère joue encore dans ce club. C’était l’équipe de mon frère, qui a deux ans de plus que moi. J’avais 7 ou 8 ans. C’était un match amical, il n’y avait pas de gardien, j’ai dépanné et je suis resté. Ça s’est très mal passé. (Rires.) Il me semble qu’on a pris 11 ou 12 buts, j’avais pleuré. Après ça, mon père m’a dit des années plus tard qu’il pensait que j’allais arrêter. Mais, au final, je suis venu avec mes gants à l’entraînement suivant, c’était normal, naturel, comme si je m’étais attribué le poste. Et ça a continué comme ça. J’avais vraiment des atomes crochus avec le poste alors que, quand tu es petit, tu veux courir, marquer des buts…
- Qu’est-ce qu’un bon gardien ?
C’est un joueur très complet, armé dans sa tête et, à défaut de n’avoir que des points forts, qui n’a pas de point faible. En tout cas, c’est ce qu’on demande aujourd’hui à un bon gardien. Quand on regarde les très grands gardiens, ils ont des points à améliorer, mais pas de réel point faible.
- Justement au sujet de l’aspect mental, comment se relever d’une erreur, ne pas sombrer ?
Pour ma part, j’aborde toujours les matchs de la même manière. Chaque match a son histoire. Ça me permet d’avancer. J’ai aussi une certaine confiance en moi. Et, à force de vivre certains scénarios, on prend du recul. Le football, ce n’est pas une science infuse. Il y a aussi ce que j’appelle les ballons parfaits pour briller. Parfois, tu ne l’as pas dans un match ou dans plusieurs. Il faut rester calme. On est un peu dans des montagnes russes. Ce qui peut être frustrant, c’est quand tu fais 98% du boulot top et que, sur une action, tu n’as pas ce ballon parfait, tu prends le but et ton match se résume à ça. C’est le plus dur à accepter. J’ai aussi eu des matchs dans ma carrière qui m’ont fait « step up » alors que ça s’est joué à une action. Pourtant, je suis le même gardien, j’ai les mêmes qualités. C’est un travail vraiment collectif et, si on n’est pas stable émotionnellement, on peut vite douter, cesser de progresser et s’enfoncer dans les potentielles critiques.
- Par secteur de jeu, quel serait le portrait-robot du gardien idéal ?
Je ne vais pas pouvoir aller super loin en arrière dans le temps. Je vais rester sur des gardiens de ma génération. L’anticipation? Alisson Becker (Liverpool). Le jeu au pied et les relances ? Ederson (Fenerbahçe). Les sorties aériennes? C’est dur à dire… Je dirais Thibaut Courtois (Real Madrid). Les penaltys ? Je ne pense pas qu’il y en ait un vraiment qui survole le sujet, mais je pense à mon collègue Mike Maignan (AC Milan). Les réflexes ? David Raya (Arsenal). Les parades et la ligne? Gianluigi Donnarumma (Manchester City). Le charisme? Manuel Neuer (Bayern). Ça donne un portrait-robot qui n’est pas dégueulasse ! (Rires.)
- Quels sont vos rêves, vos objectifs pour les années à venir ?
Déjà, je sens vraiment que le PSG est le genre de club où on peut rester très longtemps. Tout est mis en oeuvre pour performer. Je sens tout le monde en confiance. Les membres du staff, les joueurs… Je pense que le sacre en Ligue des champions a beaucoup apaisé le club. Tu ressens une sérénité. Je me souhaite de gagner beaucoup de titres collectifs, la Ligue 1, la Coupe de France… Le rêve ultime, ce serait de gagner une deuxième, une troisième Ligue des champions… Autant que possible ! Tout le monde parle de gagner une deuxième C1 de suite. C’est forcément un objectif. Est-ce que ça va arriver ? Je n’en sais rien. Quand on voit le parcours de la saison passée, c’est passé à ça contre Liverpool, Manchester City, Aston Villa au retour aussi, Arsenal… Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ce sacre est amplement mérité, aucun doute, le PSG était au-dessus. Mais, le football, c’est plus que du niveau. Il y a des moments charnières dans des matchs. Et ce ne sont pas toujours les meilleurs qui gagnent. (Sourire.) Donc ce serait mentir si je vous promettais qu’on va la gagner cette saison. Mais, dans les prochaines années, pouvoir soulever cette coupe et rendre fier mes proches, ma famille, moi-même, me prouver et prouver à ma famille que je pouvais réussir ici. Et les supporteurs aussi. Ils me connaissent un peu à travers Lille, mais pas vraiment l’homme et ce que je peux donner à un club. Je veux leur rendre la pareille.
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Psg-bayern, un choc. Pas n’importe
lequel. « Ce sera un duel entre les deux meilleures équipes d’europe », plante Vitinha. Factuellement, le match qui se déroulera ce mardi (21 heures, Canal+), au Parc des Princes, mettra aux prises les deux premiers au classement de la Ligue des champions (9 points sur 9), à égalité de points avec l’inter Milan, Arsenal et le Real Madrid. Le leader de la Ligue 1 face à celui de la Bundesliga. Le champion d’europe sortant face à une équipe bavaroise qui a remporté ses 15 matchs toutes compétitions confondues depuis le début de la saison. « C’est incroyable », souffle Luis Enrique. Deux équipes joueuses, désireuses d’avoir le ballon et de faire mal à l’adversaire. Deux machines collectives (très) bien huilées. Deux attaques flamboyantes (13 et 12 buts en C1). Bref, un sommet sous le signe du jeu, du beau jeu. En rien décisif pour la suite de la compétition, trop tôt, mais c’est une question de suprématie.
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