Wellens: « On a pensé à l’abandon de Pogačar sur le Tour de France »


Tim Wellens et Tadej Pogačar après la 12e étape du Tour de France 
entre Saint-Méen-le-Grand et Laval, le 12 juillet.

Ami et capitaine de route de « Pogi », le Belge raconte comment le Tour de France a failli leur échapper en dernière semaine à cause d’une blessure au genou du Slovène. Il revient sur la domination historique de leur équipe UAE-XRG et comprend les critiques qui en découlent.

"Je comprendrais qu’il y ait de l’agacement chez nos concurrents, 
car ça doit être démotivant"

"C’était un soulagement que Pogacar ne lâche pas en montagne. 
Tout le monde se demandait pourquoi il n’attaquait pas, 
en fait c’était compréhensible"

4 Nov 2025 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL LUC HERINCX

SINGAPOUR (SGP) – Au bout d’une saison où il a « remporté les plus belles victoires de [sa] carrière » (le titre de champion de Belgique et la 15e étape du Tour de France entre Muret et Carcassonne), Tim Wellens flotte sur un nuage. Après un dernier critérium à Singapour et avant de partir prendre des vacances sur un archipel voisin, le coureur d’UAE Emirates-XRG (34 ans) est revenu sur sa saison et celle de son leader et ami, Tadej Pogačar, dont le quatrième triomphe sur le Tour de France relève presque du miracle, à en croire son récit.

- Comment s’est passé le rassemblement de l’équipe à Abu Dhabi, la semaine dernière?

Très bien, c’est montroisième depuis mon arrivée dans l’équipe. Sur place, c’est très bien organisé, on s’amuse bien, ce sont des vacances. Sauf pour Tadej (Pogačar) qui doit enchaîner les rendez-vous. Nous, ils s’en foutent si on ne veut pas faire quelque chose. Ondoit juste se concentrer sur la performance. Et c’est une grosse différence avec les autres équipes, où les coureurs ont souvent des contraintes avec les sponsors, etc.

- Votre statut a-t-il changé dans l’équipe?

J’ai grandi depuis trois ans, je mesuis très bien intégré, mais je ne crois pas que le regard du staff ait changé. Chez Lotto, quand on était plus fort, on était peut-être traité un peu différemment. Pas ici. Même Tadej, et parce que c’est aussi dans son caractère, ne demande pas des choses en particulier. Tout le mondeale mêmestatut.

- Êtes-vous devenu un peu un “grand frère”, celui qui facilite l’intégration des nouveaux?

Certains coureurs sont plus sociables que moi, ils font ça très bien. D’ailleurs, je me souviens des plus gentils à monarrivée, et on ne parle pas souvent d’eux, c’étaient les frères (Ivo et Rui) Oliveira. Ils ne gagnent pas dix courses par an, mais ils sont importants pour souder l’équipe.

- Le cap des 100 victoires collectives (97 sur l’année civile 2025 au final) était -il un objectif évoqué, l’hiver dernier?

Moi, je n’y ai jamais pensé. Au rassemblement de 2024, on se disait déjà que ce serait difficile de faire mieux que la saison écoulée (81 victoires)… Et on a fait beaucoup plus!

- Certains pointent une confiance proche de l’arrogance de votre équipe… Percevez-vous cet agacement?

Non, mais peut-être parce que je la vis depuis l’intérieur. C’est vrai qu’il y a de la confiance. Par exemple, au briefing avant le Grand Prix de Montréal (le 14 septembre), on se disait: “On ne doit pas avoir de stress, on est les meilleurs!” Et après, on a tout cassé pendant la course (Pogačar avait offert la victoire à son coéquipier Brandon McNulty). J’espère que les concurrents ne voient pas cela commedel’arrogance. Mais je comprendrais qu’il y ait de l’agacement, car ça doit être démotivant.

- Personnellement, cela vous donne une motivation supplémentaire?

Oui. Avant la semaine italienne en fin de saison, tout le mondeétait fatigué mais, moi, j’avais hâte de courir parce que je savais qu’on y allait avec Isaac Del Toro, et c’était presque sûr qu’il allait gagner à chaque fois (vainqueur au Tour d’Emilie le 4 octobre, du Piémont le 9, et de Vénétie le 15). C’est très agréable.

- Avec Del Toro, vous-avez presque le même sentiment qu’en présence de Pogacar?

En fin de saison, oui, parce qu’il gagnait presque tout. Isaac est très malin et mature. C’est commes’il avait dix ans de plus que son âge (21 ans). Même avec ses coéquipiers, il sait ce qu’il doit faire. Après le Giro, il n’a pas gagné (2e du général), mais il a quand mêmeoffert un cadeau à toute l’équipe. Je n’y étais pas et je suis tout de mêmeaucourant, ça motive forcément!

- Sentez-vous parfois une hostilité du public à l’égard de Pogacar, à cause de sa domination?

Si je n’étais pas dans son équipe, j’en aurais peut-être marre aussi… Mais je le côtoie et je vois tout son travail. Pour moi, il est le plus pro de l’équipe avec Juan Ayuso. Par exemple, un jour, on rentrait tout juste d’Abu Dhabi. Tout le mondeétait fatigué, mais lui a fait une séance d’entraînement sous la chaleur dans la foulée. Et puis, plus que les gens qui le critiquent, je vois surtout ses supporters: il est vraiment devenu une grande star. S’il doit faire une pause pipi pendant une sortie, il se cache parce que dès qu’il est à l’arrêt, les gens viennent pour prendre des photos. Onnese rend pas compte, il ressent ça vingt-quatre heures sur vingt-quatre…

- Et il est dur de se protéger…

Oui, mais il gère ça très bien. Parfois, je vois qu’il en a marre, mais à son niveau, ça pourrait arriver beaucoup plus souvent et plus vite. Il est très patient. Je crois d’ailleurs que Tadej va rouler encore longtemps parce qu’il aime vraiment ce qu’il fait.

- Étiez-vous surpris de le voir fatigué sur la fin du Tour?

Il mesemble qu’il en a parlé, donc on peut le dire maintenant. Sur l’étape de Valence (17e étape entre Bollène et Valence), il medit: “Tim, on a un problème, j’ai super mal au genou.” Àtel point qu’il est descendu jusqu’à la voiture du médecin pour se faire ausculter. Il est allé à l’hôpital après la course pour passer des examens, ils lui ont trouvé une inflammation ou quelque chose dans le genre, et personne ne l’a su! J’étais persuadé que ça fuiterait. Il a beaucoup souffert, on avait des doutes sur sa capacité à aller au bout. Onapensé à son abandon. Dans le bus, on voyait que son corps n’était pas bien, il était tout liquide, il avait pris du poids.

- Le voir tenir jusqu’à Paris a dû être un soulagement…

Tout à fait. Et c’était un soulagement qu’il ne lâche pas en montagne. Tout le monde se demandait pourquoi il n’attaquait pas, en fait, c’était compréhensible (rires). Après, on s’inquiétait pour lui physiquement, mais mentalement, j’étais étonné de lire qu’il avait hâte de rentrer à la maison. Parce qu’entre nous, on s’amusait vraiment.

- Paris-Roubaix est désormais l’un de ses plus grands défis. Cela vous motive aussi?

Oui, on discute déjà pour faire une reconnaissance. J’adore quand Tadej est avec nous sur une course. Quand il est là, tout est mieux: l’ambiance est plus relax, on rigole beaucoup plus, le staff est encore plus motivé…

- En revanche, vous n’avez plus votre carte à jouer…

Oui, mais ça ne medérange vraiment pas. J’ai assez d’opportunités le reste de la saison. En fait, on a notre chance si on prouve qu’on la mérite. Et puis même quand Tadej est là, par exemple aux Strade Bianche ( le 8 mars dernier), je suis le dernier à l’aider. Donc je termine troisième.

- Qu’espérez-vous de la saison prochaine ?

J’ai réalisé qu’il fallait se focaliser sur le plus important. Je suis content d’avoir gagné à Majorque en début de saison, mais personne ne s’en souvient. Donc je préfère meconcentrer sur les classiques et un grand Tour. Évidemment, je rêve de remporter le Tour des Flandres. Mais si je pouvais gagner une Classique, n’importe laquelle, ce serait déjà magnifique. »

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