Alain Orsoni, un destin corse
Alain Orsoni avait présidé l’AC Ajaccio
à plusieurs reprises dont de 2008 à 2015.
Hier, alors qu'il assistait aux obsèques de sa mère, l'ancien président de l'AC Ajaccio a été abattu. Il avait 71 ans.
"On peut dire qu'il était rangé.
Il vivait toujours au Nicaragua,
même s'il revenait régulièrement pour
voir sa famille, et s'occuper du club"
- UN PROCHE D’ALAIN ORSONI
13 Jan 2026 - L'Équipe
GUILLAUME DUFY (avec M. L.)
Vero, c'est un joli petit village de Corse, à une trentaine de kilomètres d'Ajaccio, qui se trouve sur la route de Bastia. C'était le village d'Alain Orsoni, c'est là, dans la maison familiale, qu'il avait effectué, alors qu'il présidait l'AC Ajaccio, une grève de la faim, en mars 2012, pour protester contre l'incarcération de son fils, Guy. Il nous avait reçus, au coin du feu, affaibli mais combatif.
Et c'est à quelques centaines de mètres de cette demeure qu'il a perdu la vie hier après-midi. Il a été abattu, alors qu'il assistait aux obsèques de sa mère, décédée en fin de semaine dernière. « Se faire tuer lors d'un enterrement, ça ne se fait pas, il y a, malgré toute cette violence insulaire, des règles, des choses qui ne se font pas : les femmes, les enfants, tuer devant les enfants... Là, ce n'est pas possible, lors d'un moment de recueillement », s'émeut un proche de l'AC Ajaccio.
« Je me demande où on est, lâche au micro de ViaStella l'abbé Polge, qui célébrait la cérémonie des obsèques. Dans quelle époque on est? Qu'est-ce qui se passe chez nous? Vous vous rendez compte, on est dans la peine, on prie pour la paix, l'unité. La Corse me paraît pire que la Sicile, c'est inimaginable. » Orsoni a été touché par «un tir à longue distance », a déclaré le procureur d’Ajaccio, Nicolas Septe, qui s’est rendu sur les lieux du crime. L’enquête a rapidement été confiée au tout nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) et à la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille. Les secours sont arrivés rapidement mais ne sont pas parvenus à ranimer Orsoni, qui avait 71 ans.
Selon Corse-Matin, il aurait été touché alors qu'il quittait le cimetière. D'autres sources racontent qu'il aurait été visé alors qu'il s e re c uei l l ai t s ur l a tombe de sa mère. « Alain ne se sentait pas menacé, il avait 71 ans, confie un de ses proches qui était présent en début d' après - midi à Vero, pour la levée du corps de sa mère. Il était loin de tout ce qui se passe. Oui, on peut dire qu'il était rangé. Il vivait toujours au Nicaragua, même s'il revenait régulièrement pour voir sa famille, et s'occuper du club.»
Le club, c’est l'ACA, celui qu'il a accepté de présider à partir de 2008, après le décès de Michel Moretti, son ami qui avait permis à l'équipe, avec l'aide de Rolland Courbis, d'accéder à l'élite du foot français au début des années 2000. Il n'en avait pas vraiment envie, sa vie était loin de la terre corse, en exil, entre les États-Unis, le Nicaragua et l'Espagne. Il est resté à la tête du club jusqu'en 2015 avant de laisser sa place, et de revenir en 2022 pour quelques mois, mais il ne s'est jamais trop éloigné, luttant jusqu'au bout pour la survie d'un club aux finances exsangues qui a fini par être rayé, cet été, de la carte professionnelle.
Orsoni était un président pas comme les autres, respecté des autres dirigeants du football français, les plus petits surtout. Il savait parler, argumenter, faire plier les instances, enquiquiner les gros. Il n'avait pas peur de se mouiller, de s'opposer. Il aimait les mots, il aimait se défendre.
Ancien président de l'UCPF, Gervais Martel témoigne: «Il avait toujours d'excellentes idées, c'était un gars bien, un gars qui défendait son club et le football corse. J'avais plaisir à l'écouter, ce n'était pas un type qui parlait pour ne rien dire, qui faisait de l'esbroufe, c'était un président totalement cohérent.»
Un président qui n'évoquait jamais ce qu'il endurait ailleurs, dans un monde presque parallèle, sombre et rouge sang, loin de ces réunions, des vestiaires, des victoires et des défaites. Un homme meurtri à jamais après l'enlèvement de son frère Guy, en 1983, qui aurait été tué et dont le corps n'a jamais été retrouvé.
À son retour d’exil, il avait échappé à un
attentat et roulait dans une voiture blindée
À son retour d'exil, alors qu'il effectuait ses premiers pas à la tête du club, Orsoni avait échappé à un attentat, roulait dans une voiture blindée, avait un fils en prison. Lui-même avait effectué un séjour derrière les barreaux entre 2009 et 2010 après avoir été mis en examen pour « association de malfaiteurs en vue de la commission du crime de meurtre en bande organisée».
Durant cette période, il a aussi vu de nombreux amis tomber sous les balles dans une guerre brutale. Mais une guerre entre quels camps ? Entre d'anciens nationalistes dont il a été longtemps une figure respectée? Entre lui et ceux qui seraient responsables de la disparition de son frère? Entre ses proches et la bande du Petit Bar, dont l’un des membres présumés, André Bacchiolelli, a été condamné récemment à trente ans de réclusion criminelle assortis d'une peine de sureté de vingt ans pour l'assassinat du bâtonnier Antoine Sollacaro, en octobre 2012, un proche d'Orsoni?
À l’époque, un contrôle judiciaire lui interdit de quitter la Corse, ce qu’il considère être une condamnation à mort. « Je suis devenu une cible prioritaire et je ne sais pas comment m'en sortir. C'est plus que de la peur », confiet-il au Parisien.
Jean-Félix Luciani, un grand pénaliste lyonnais, devient son avocat. Contacté hier soir, il nous indique, bouleversé, ne pas avoir encore échangé avec la famille : « Je suis d’une très grande tristesse. Et à l'enterrement de sa mère, pour ajouter, s'il en était encore besoin, à l'horreur. Alain Orsoni était un homme parfaitement attachant, loin de ce qu’ont pu en dire certains. C’était tout, tout sauf un voyou.»
Un homme aux mille vies qu'il avait racontées dans un livre publié en 2011: Un destin corse : le maquis ardent. À l'époque, il avait juré qu'un second tome suivrait.
Commenti
Posta un commento