ROLLAND COURBIS (1953-2025) - UNE PASSION SANS LIMITES
Défenseur rugueux, entraîneur charismatique et homme de médias gouailleur, l’ancien coach de Toulon, Bordeaux ou Marseille aura traversé toute une vie de football, entre coups d’éclat et zones d’ombre. Il est mort hier à l’âge de 72 ans.
"Parfois, dans une intervention défensive,
tu as la possibilité d’attraper le ballon et la cheville.
Au départ, tu essaies d’avoir le ballon,
et si la cheville vient avec, eh bien tant pis "
- ROLLAND COURBIS, EN 2017
"Je suis triste, très ému…
Il a énormément compté pour moi
comme entraîneur et sur le plan humain ;
c’était un mec très attachant, entier ! "
- ZINÉDINE ZIDANE
13 Jan 2026 - L'Équipe
PASCAL GLO
Figure éminente du football français, Rolland Courbis s’est éteint hier à l’âge de 72 ans. Après une carrière de joueur (triple champion de France), d’entraîneur puis de consultant radio et télé, il laisse le souvenir d’un personnage à la fois truculent et sulfureux. Sa voix libre et sa truculence ont accompagné le foot français pendant plus d’un demi-siècle. Sa carrière tourmentée et sa vie tumultueuse ont fait de Rolland Courbis, disparu hier à l’âge de72 ans des suites d’une maladie, un personnage de roman, joueur et flambeur. Au fil du temps, les bouclettes du défenseur des années 1970 avaient laissé place aux casquettes de manager, d’entraîneur et d’homme de radio populaire. Bourlingueur superstitieux, technicien inventif longtemps en manque de reconnaissance, il connaissait les hommes et le jeu et possédait l’art de convaincre. Il était bien plus qu’une grande gueule et un pompier de service sur le banc.
Casino, comtesse et show-biz
Le foot, le minot de Saint-Joseph, quartier nord de Marseille, le découvre à… l’US Police, dont la première saison sous une fausse licence, puis à l’OM. Élevé jusqu’à ses 8 ans chez ses grands-parents, ce fils de flic connaît d’abord une riche carrière de défenseur central. En 1972, à 19ans, il est vendu à Ajaccio, après avoir décroché un titre de champion de France et disputé 5 rencontres avec son club formateur. Marseille a besoin d’argent pour se payer Marius Trésor.
Libéro et capitaine de l’équipe de France juniors, Courbis pensait avoir un avenir à l’OM. Il rêvait même ensuite d’y revenir au bout d’un an et d’y faire carrière aux côtés de Trésor, avec l’espoir de former avec lui la charnière centrale de l’équipe de France… En vain. Ce sera le plus grand regret de sa carrière. Il choisit alors de jouer en Grèce. À l’époque, l’Olympiakos Le Pirée cherche des joueurs aux origines hellènes à naturaliser. Alors, avec un dossier bidon et quelques tampons, il se trouve un grand-père grec.
Il revient en France dès 1974, à Sochaux, puis à Monaco (1977-1982), le sommet de sa carrière avec deux nouveaux titres de champion (1978 et 1982). Et deux nouvelles passions. Le jeu, d’abord. Dès sa deuxième saison, il joue à l’ASM et au casino… pas forcément dans cet ordre d’importance. Le soir de la Saint-Sylvestre 1987, il gagne même 1,6million de francs à la roulette de Beaulieu. La comtesse Rizzoli, flambeuse également, sera sa deuxième passion. Veuve d’un milliardaire à partir de 1983, elle fait basculer Courbis dans un nouveau monde de pouvoirs – show-biz, politique, milieux industriels – où l’argent est la clé. Elle lui envoie cinquante roses quand il joue à l’extérieur, veut lui acheter un hélico… Ensemble, ils partagent une somptueuse villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes), roulent en Rolls blanche, fréquentent des acteurs, des peintres et des jet-setteurs.
Bling-bling à la ville, Courbis, avec sa grande gueule et ses bouclettes, est moins chic sur le terrain. À Toulon, avec Bernard Boissier, Luigi Alfano et Jean-Louis Bérenguier, il forme au début des années 1980 l’une des défenses les plus méchantes de l’histoire du Championnat. « Parfois, dans une intervention défensive, tu as la possibilité d’attraper le ballon et la cheville, analysait-il en 2017. Au départ, tu essaies d’avoir le ballon, et si la cheville vient avec, eh bien tant pis. Boissier, lui, c’était cheville d’abord et éventuellement ballon.» Mais face à Michel Platini, Courbis a plus de mal: «Il devinait tout bien avant les autres. Très malin, on aurait dit qu’il jouait avec des rétroviseurs. Il était tellement fort que je n’osais même pas lui mettre des coups. Et avant de lui mettre des coups, déjà, il fallait l’attraper…»
À force de jouer avec le feu, Courbis, lui, s’est fait attraper, avec deux détours par la case prison. Il plonge d’abord quatre-vingtdix-huit jours pour l’affaire de la caisse noire de Toulon, en décembre 1990 (1). Puis cinq mois, en septembre 2009, pour des transferts suspects dans l’affaire des comptes de l’OM (2). Entre-temps, ses amitiés sulfureuses lui valent de se prendre une balle dans l’abdomen en 1996, à Hyères, dans un règlement de comptes où Dominique Rutily, président du club de Calvi et membre présumé du gang de la Brise de Mer, est abattu. Entraîneur, manager, Courbis est aussi beaucoup agent de joueurs… Un cocktail et une pancarte qui n’ont cessé de planer sur le parcours en dents de scie de « Coach Courbis » et ont sans doute alimenté le manque de reconnaissance dont il a longtemps souffert.
Il a participé à l’éclosion de Zidane
Mais entre ses frasques judiciaires et ses ressources multicartes, il était fatal que l’entraîneur et son arsenal de qualités se diluent quelque peu. Ça ne l’avait pas empêché d’être, à sa manière, un précurseur des managers façon Arsène Wenger ou Laurent Blanc. Dans son livre Pourquoi mentir?, le Courbis entraîneur débutant ne se voyait pas « parler pendant des heures comme d’autres entraîneurs ou noircir le tableau avec des feutres pour des joueurs qui se sentaient si peu concernés par cet exercice » . En fin de carrière sur le terrain à Toulon, dont il avait contribué à la remontée en D1, il semblait en effet davantage se destiner à un poste de directeur sportif, avant d’être appelé sur le banc pour dépanner en 1986.
Avec, d’entrée, une évidence : sa connaissance des hommes est aussi importante que celle du foot. Courbis était, et ce n’est pas un pléonasme, un entraîneur entraînant, capable, à Toulon en 1988, de coller des amendes aux deux recrues néerlandaises… qui se couchaient trop tôt. Meneur d’hommes hors pair, il a relancé dans le Var les carrières de Bernard Casoni ou Bernard Pardo, participé à l’épanouissement de Zinédine Zidane ou Christophe Dugarry à Bordeaux avant d’y relancer Jean-Pierre Papin.
Par son charisme, son art de dédramatiser et son discours qui en imposait. Qui amusait, aussi, au point qu’à Toulon Laurent Paganelli enregistrait ses causeries: «Je les écoutais le soir en famille, on pleurait de rire. Il prenait les adversaires un par un : t’étais toujours meilleur que le gars d’en face ! Il aurait pu prendre le Real et te dire : “Ronaldo, qu’est-ce que c’est Ronaldo? Tu le connais toi ?” Un jour, il a sorti : “Si vous ne savez pas quoi faire du ballon, vous n’avez qu’à le mettre dans le but adverse !” »
Sorcier, pattes de lapin et corne magique
Dans le vestiaire des Girondins, le président Alain Afflelou n’en revenait pas : « À Karlsruhe (8es de finale de la Coupe de l’UEFA 1993-1994, 1-0, 0-3), il me dit : “Qu’est-ce que je peux trouver comme argument pour motiver les joueurs?” En déconnant, je lui suggère: “Dis-leur qu’ils vont venger leurs pères de la guerre contre les Allemands!” Je ne pensais pas une seconde qu’il allait le faire! Eh bien si, pendant dix minutes ! Les joueurs ne comprenaient rien, je me marrais. » Son image de roublard et passionné et son allure dilettante masquaient un travailleur acharné. Un perfectionniste manipulant les salières au restaurant pour préparer une tactique. Et comme le Provençal était un homme d’intuition, il était un homme de coups: jouer à deux défenseurs ou inverser ses latéraux et ses ailiers en faux pied à Toulon avant que ce ne soit à la mode, placer Bixente Lizarazu avant-centre à Bordeaux pour presser la défense… Sa créativité le poussait parfois à faire venir un sorcier pour affiner son onze ou enterrer des pattes de lapin, médailles et autre corne magique sous la pelouse…
Lassé par le procès en crédibilité qu’on pouvait lui faire, montré du doigt comme un entraîneur sans diplôme, il avait fini par passer son BEPF en… 2014. L’étiquette de pompier de service l’agaçait tout autant. Mais il l’avait cherché à force de contrats courts durant lesquels il vivait le plus souvent à l’hôtel. Et de missions réussies, comme le sauvetage de Montpellier, promu en Ligue1 en 2009 alors que le club était au bord du National à son arrivée en 2007. Une performance qui ne figure pas à son maigre palmarès… En plus de trente ans et dix-huit escales jusqu’à Caen en 2019, il se résume en effet en France à un titre de champion de Ligue2 avec l’AC Ajaccio en 2002…
Il regrettait que les performances dont il était le plus fier ne soient pas plus valorisées : la 5e place en L1 de Toulon pour sa deuxième saison sur le banc en 1988, la montée dans l’élite d’Ajaccio en 2002 avec le plus petit budget de la division, ou la saison 1998-1999 de l’OM, vice-champion de France et finaliste de la Coupe de l’UEFA… Il avait alors fait vibrer ce Vélodrome qu’il avait découvert quand ses parents l’y conduisaient à bord de l’Ariane familiale et se désolaient de ces Marseillais bringuebalés entre D1 et D2 : « C’est quand même dommage que tu ne sois pas né à l’époque qu’on a connue, nous, de l’OM qui a gagné la Coupe (3).»
(1) Sous son mandat d'entraîneur au SC Toulon, d'octobre 1986 à février 1990, une caisse noire avait été mise en place afin de dissimuler des revenus non déclarés issus de transferts. En janvier 1995, Courbis a été condamné à trois ans de prison avec sursis et 300 000 francs d'amende (72 800 €) pour faux, usage de faux et abus de biens sociaux.
(2) Poursuivi pour des soupçons de commissions occultes perçues entre 1997 et 1999 comme entraîneur de l'OM, Courbis avait été condamné en appel, en octobre 2007, à deux ans de prison ferme et à 200 000 euros d'amende.
(3) Avant la naissance de Courbis en 1953, l'OM a remporté six de ses dix Coupes de France (1924, 1926, 1927, 1935, 1938 et 1943).
Ancien défenseur et entraîneur.
Parcours de joueur :
Marseille (1971-1972) ; AC Ajaccio (1972-1973) ; Olympiakos (1973-1974) ; Sochaux (1974-1977) ; Monaco (1977-1982) ; Toulon (1982-1985)
Palmarès : champion de France (1972, 1978, 1982) ; Coupe de France (1972, 1980) ; champion de Grèce (1974).
Parcours d’entraîneur : Toulon (1986-1990) ; Endoume (1991-1992) ; Bordeaux (1992-1994 puis 1996-1997) ; Toulouse (1994-1995) ; Marseille (1997-1999) ; Lens (2000-2001) ; AC Ajaccio (2001-2003 puis 2004-2006) ; Al-Wahda (UAE, 2003) ; Alania Vladikavkaz (RUS, 2004) ; Montpellier (2007-2009 puis 2013-2015) ; Niger (2012) ; FC Sion (SUI 2012) ; USM Alger (ALG, 20122013) ; Rennes (2016) ; Caen (2019).
Palmarès : champion de France de D2 (2002) ; Coupe d’Algérie (2013).
***
La chaleur d’un gouailleur
« Coach Courbis », décédé hier à l’âge de 72 ans, était devenu une personnalité médiatique haute en couleur, notamment sur RMC depuis plus de vingt ans.
“J’ai une qualité : ne jamais critiquer sans donner une solution derrière,
qu’elle soit bonne… ou pas ''
- ROLLAND COURBIS
13 Jan 2026 - L'Équipe
SACHA NOKOVITCH
Le provisoire, parfois, cela dure longtemps. Pour Rolland Courbis, mort hier à l’âge de 72 ans, l’intérim de consultant dans les médias aura duré plus de vingt ans. « Au début de l’année 2005, Luis (Fernandez) avait dû s’absenter de l’antenne de RMC pour quelques jours, racontait-il à L’Équipe, le 15 février 2025. François Pesenti (alors patron des sports de la radio) m’avait contacté pour le dépanner… Je pense qu’il a profité de cette absence de Luis pour faire d’une pierre deux coups: avoir un remplaçant dans l’urgence et, en mêmetemps, voir si je pouvais faire l’affaire dans un avenir proche. »
Pesenti se souvient parfaitement du moment, bien plus tôt, où il s’est dit que Courbis ferait plus que l’affaire comme conteur de football à la radio: « Lorsque j’étais reporter pour une autre station, j’avais suivi son OM de la saison 1998-1999, celui d’une grande époque, avec la course au titre (2e à 1 point des Girondins), la Coupe d’Europe (défaite en finale de la Coupe UEFA contre Parme, 0-3), etc. Après les rencontres à Marseille, on finissait avec lui dans une pizzeria à 3 heures du mat’ à refaire le match. Et au moment de se quitter, il disait aux journalistes présents: “S’il vous manque des trucs, venez au petit déjeuner demain au Novotel du Vieux-Port.” Et parfois, tu te retrouvais comme cela à poursuivre l’analyse avec lui à 8 heures du matin. C’est là que je me suis dit : un passionné comme Rolland serait capable de te faire deux, trois heures d’antenne sans problème! »
Auditeur assidu de RMC lors de son passage en prison
Avec sa gouaille légendaire et ses coups de gueule bien sentis, l’ancien défenseur marseillais devenu entraîneur réputé séduit en effet rapidement la direction de RMC et les auditeurs. « Au départ, pourtant, il ne voulait pas trop le faire, raconte Pesenti. Il nous avait dit, je vous dépanne comme cela, à l’amitié. Puis finalement, il s’est pris au jeu, il a adoré cela, débattre avec des passionnés, spécialistes ou auditeurs. Pour parler à ces derniers, il avait le bon ton, il savait comment échanger avec eux et ça, c’est essentiel pour la radio, surtout à RMC. »
Alors entraîneur à Ajaccio, il accepte d’animer en parallèle un show au côté du journaliste Jean Resseguié. « On s’est torturé le crâne pour trouver un nom d’émission et, finalement, on est allés au plus simple : Coach Courbis. C’était visiblement le bon choix puisque encore aujourd’hui, dans la rue, on me dit: “Comment ça va, coach? ” » , confiait-il l’an passé. «Il avait une vraie chaleur dans ses échanges avec ses interlocuteurs, se rappelle Karim Nedjari, l’actuel DG de RMC. Il racontait souvent que dès qu’il montait dans un taxi, le chauffeur lui lançait sans se retourner: “Ah, vous êtes Rolland! ” juste au son de sa voix. Cela le touchait énormément. Les hommages se sont multipliés à l’antenne depuis l’annonce de son décès parce qu’il a représenté, comme Didier Roustan et Jean-Louis Gasset, partis récemment, le football artisanal, en survêtement, pas celui des ingénieurs et des datas.»
Au côté d’autres grandes gueules de la radio ayant eu des émissions à leur nom, comme Luis Fernandez et Jean-Michel Larqué, ses analyses et sa tchatche prennent du poids, au point qu’il devient indissociable de la station. En toutes circonstances. Lorsqu’il est incarcéré à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier, de septembre 2009 à février 2010 à la suite d’une affaire de transferts suspects à l’OM (*), RMC deviendra un compagnon réconfortant.
« J’écoutais les émissions de football, notamment monremplaçant Éric Di Meco que je trouvais déjà très bon, mais aussi celles de Brigitte Lahaie (l’ancienne actrice de films pornographiques). Ce qui me donnait tout de même quelques idées et certaines envies. Je ne pouvais pas imaginer pouvoir intervenir à l’antenne depuis là-bas. Vous imaginez la scène ? "Allô Rolland ? Nous sommes avec Coach Courbis depuis sa cellule." »
En revanche, quelques jours après sa sortie de prison, le « Gros », l’un de ses surnoms, avait repris son job de consultant depuis sa chambre d’hôtel, avec un bracelet électronique à une cheville qu’il garda quatre mois et demi. « François Pesenti m’avait dit: "Tu purges ta peine et après, tu seras toujours avec nous." Le jour de ma sortie, à 6 heures du matin, il m’attendait devant la porte de la prison et m’a emmené boire un café. On peut comprendre que j’adore ce garçon. »
Une clause pour poursuivre ses interventions à la radio dans ses contrats avec les clubs
Malgré des sollicitations récurrentes pour reprendre un banc, parfois comme pompier de service d’une équipe en difficulté, Coach Courbis négociait dans son contrat une clause non négociable, celle de poursuivre ses interventions à la radio. Au fil des ans, son métier de consultant avait même eu raison d’une tentation éphémère de retrouver un vestiaire.
Comme en 2016, lorsque le FC Lorient l’avait sollicité et que le Marseillais avait finalement préféré rester attaché à ses multiples activités médiatiques d’alors sur RMC, la chaîne payante SFR Sport et BFMTV… « C’était la dernière grosse discussion qu’on avait eue, se souvient Pesenti. S’il acceptait, il y avait conflit d’intérêts et il devait refuser de faire beaucoup de choses chez nous. Et on savait que l’aventure avec les Merlus ne s’inscrivait pas sur le long terme… Je trouvais cela dommage pour lui. Il avait fini par dire: “T’as raison, je reste fidèle à RMC!” »
Bon client des plateaux télé, comme lors de son passage dans le Tout le monde en parle de Thierry Ardisson en 2000, Courbis était récemment apparu dans le programme de France 3 les Héros du gazon, pour voler au secours de l’équipe réserve de l’Olympique de Noves, tout petit club amateur du district Grand Vaucluse. Il nous avait surtout confié avoir participé au tournage d’un documentaire sur sa vie qu’il espérait voir être diffusé cette année, autour de la Coupe du monde (11juin-19juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique). « Il part avec tellement de secrets dans toutes ses vies, tu ne savais jamais totalement la vérité, c’est un personnage de roman, sourit Nedjari. D’ailleurs, lorsqu’il s’amusait à chercher un titre pour son doc, je lui avais proposé Roman Courbis, ça l’avait emballé: “Je peux te le prendre? Mais bien sûr Rolland!” »
Attaché à plusieurs thématiques dans ses joutes verbales, comme la victoire à trois points qui faisait selon lui « des dégâts mathématiques, contre l’intérêt du football » ou encore l’importance souvent négligée donnée au rôle du gardien de but, Coach Courbis donnait aussi ces derniers temps son point de vue comme président de L’Équipe du soir, le lundi, sur la chaîne L’Équipe.
« Quand je ne suis pas d’accord avec quelqu’un, et d’ailleurs on me taquine là-dessus, je dis souvent: “Je ne suis pas sûr d’avoir raison… mais je ne suis pas sûr d’avoir totalement tort non plus”, rappelait-il en souriant l’an passé. Il m’arrive d’avoir quelques accrochages dans le débat, en revanche, je n’ai pas de complexe de supériorité. J’ai quelques défauts mais pas celui-là. Et j’ai une qualité: ne jamais critiquer sans donner une solution derrière, qu’elle soit bonne… ou pas. »
Les solutions de Rolland – « avec deux “L” pour voler plus haut » selon son père – manqueront désormais aux auditeurs de RMC et aux téléspectateurs de la chaîne L’Équipe.
(*) Poursuivi pour des soupçons de commissions occultes perçues entre 1997 et 1999 comme entraîneur de l’OM, Courbis avait été condamné en appel, en octobre 2007, à deux ans de prison ferme et à 200000 euros d’amende.
***
1998-1999 Sa symphonie inachevée
Complètement folle, cette saison aurait dû permettre à Rolland Courbis, alors à son sommet comme entraîneur, de réussir avec l’OM le doublé Coupe de l’UEFA-Championnat. Elle s’est finalement soldée par une finale et une deuxième place.
“C’était un mec très attachant, entier ! Un personnage. Rolland savait, comme quand il draguait, t’amener sur son terrain. C’était un phénomène, presque un gourou. Quand je suis arrivé à Toulon (1983), j’étais plutôt timide et introverti. Je peux dire que, quand je suis parti de Toulon, je n’étais plus le même ! J’enregistrais ses discours avec un petit magnétophone et, le soir, on écoutait ça avec ma femme. C’était jouissif. Tu avais l’impression d’écouter « Le Schpountz » ou « La Femme du boulanger ». Il y avait du fond dedans, de l’humour, du caractère, de la beauté. Mais, footballistiquement et tactiquement, j’ai beaucoup appris
- LAURENT PAGANELLI
13 Jan 2026 - L'Équipe
BERNARD LIONS
Natif de Marseille, Rolland Courbis rêvait de déposer un trophée au pied de la Bonne Mère. Formé dans le club de la cité phocéenne, où il a joué seulement une saison en D1 (1971-1972), il avait déjà exaucé une première chimère en se voyant confier le poste d’entraîneur de l’Olympique de Marseille, durant l’été 1997.
Après une première saison prometteuse, conclue à une quatrième place synonyme de qualification pour la Coupe de l’UEFA (ancêtre de la Ligue Europa), « Coach Courbis » n’a jamais semblé aussi près d’assouvir l’ambition d’une vie à l’issue de sa seconde, en 1998-1999, année du centenaire de l’OM. « Avec notamment trois nouveaux champions du monde français (Christophe Dugarry, Laurent Blanc, Robert Pirès), nous possédions la meilleure équipe du Championnat » , confirme Daniel Bravo, débarqué de Lyon dans l’été.
Un match de folie contre Montpellier au Vélodrome
Les Marseillais le prouvent balle au pied, lors des matches aller. Cette saison s’annonce réellement comme celle de tous les possibles. Menés 0-4 à la mi-temps devant Montpellier (le 22 août 1998), ils gagnent finalement 5-4 et s’offrent un tour d’honneur dans un Stade-Vélodrome en fusion, au coup de sifflet final. Puis, ils enclenchent une série de huit victoires. Elle les propulse en tête du Championnat.
Seul un coquin de destin, déjà, les prive d’un honorifique titre de champion d’automne, pour un petit but de moins que les Girondins. Superstitieux, Courbis tente de chasser le malin en emmenant ses joueurs sur la pelouse du stade Chaban-Delmas dès le matin de leur match au sommet à Bordeaux. À l’abri des regards indiscrets, il déterre la patte de lapin que le marabout d’Ibrahim Ba lui avait demandé d’enterrer dans le rond central deux ans plus tôt, quand il entraînait les Girondins. En vain. L’OM s’incline lourdement (1-4, le 29 janvier) et cède sa place de leader en même temps.
Malgré la guerre larvée dans la coulisse entre le clan Courbis et le duo Jean-Michel Roussier - Jean-Philippe Durand, respectivement président et responsable du recrutement, l’OM parvient à jongler entre tête du classement et épopée européenne. Comme à ses plus grandes heures, elle le conduit jusqu’en finale.
Cinq suspendus pour la finale contre Parme
Mais elle s’est déjà jouée sur un coup de tête. Celui que Patrick Blondeau a mis dans le casque d’un carabinier italien à la fin de la demi-finale, à Bologne (1-1, le 20 avril 1999, aller: 0-0). Blondeau a bondi au secours de Peter Luccin, son jeune équipier de chambrée. Bravo se souvient: « Peter, que Rolland protégeait comme un fils turbulent sans le visser, a déclenché une bagarre générale, au coup de sifflet final. »
Bilan: cinq Marseillais sont suspendus pour la finale (Dugarry, Gallas, Jambay, Luccin et Ravanelli) et l’OM explose au Loujniki de Moscou (0-3, le 12 mai 1999).
« Parme alignait une équipe tellement monstrueuse à ce moment-là, que je ne suis pas sûr que nous l’aurions battue au complet, se console Bravo. Après, sur un match, on ne sait jamais. Mais bon, le regret de cette super année, ce n’est pas cette finale. C’est de ne pas avoir été champions de France. »
Courbis l’a virtuellement été pour la seule fois de sa longue carrière d’entraîneur jusqu’à la dernière minute de cette folle saison 1998-1999 et le but de la victoire de Pascal Feindouno au Parc des Princes contre le Paris-SG (3-2, le 29 mai 1999). Bordeaux décroche le titre de champion au buzzer. Six mois après, « ce personnage avec un coeur d’or, qui a vécu à cent à l’heure et connu mille vies » (Bravo) est limogé. Son rêve de se voir couronner roi de France, dans sa ville qui plus est, s’est envolé. À tout jamais.
***
Rolland Courbis discute avec Bixente Lizarazu,
lors de Bordeaux - Lens (0-0), le 5 février 1993.
Lizarazu : « C’était un joueur de poker»
Le champion du monde 1998 et d’Europe 2000 détaille ses souvenirs des deux saisons passées à Bordeaux (1992-1994) sous les ordres de Rolland Courbis.
“On attendait ses causeries à chaque fois parce qu’on savait qu’on allait se régaler. Quel que soit l’adversaire, on avait l’impression qu’il était nul ( rire) !''
“Avec la disparition de Rolland Courbis, le football français perd une personnalité attachante, chaleureuse, au caractère bien affirmé. Un fin connaisseur du football et de ses arcanes, mais aussi du jeu. Rolland a dirigé les meilleurs clubs français, je pense notamment à Bordeaux, Marseille, Lens ou Montpellier. C’était un vrai passionné. Et cette passion, il avait choisi de la transmettre, ces dernières années, derrière un micro. Avec un sens de la formule bien à lui. À sa famille, à ses proches, j’adresse mes sincères condoléances ’’
- DIDIER DESCHAMPS, LE SÉLECTIONNEUR DES BLEUS
13 Jan 2026 - L'Équipe
LUC HAGÈGE
Quels souvenirs vous reviennent de la période 1992-1994 à Bordeaux, où Rolland Courbis a été votre entraîneur ?
Des souvenirs tous excellents. C’était vraiment très agréable de travailler avec Rolland, un coach joyeux qui savait insuffler une super ambiance dans un groupe. C’était un entraîneur complet. D’abord, il était pointu tactiquement, étant à l’époque très inspiré par l’Italie. Il nous faisait effectuer un travail spécifique sur nos déplacements quand le ballon était à l’opposé, pour bien réduire les espaces. Il nous faisait aussi bosser le pressing haut après avoir volontairement obtenu une touche, technique qu’emploie par exemple actuellement Luis Enrique au PSG. Ensuite, et surtout, car c’est la base pour être un entraîneur compétent, il connaissait parfaitement la personnalité de ses joueurs et savait s’adapter à chacun.
Comment a-t-il réussi à le faire avec vous, qui étiez alors encore un plutôt jeune joueur (de 22 à 24 ans) ?
Moi, il ne fallait pas me rentrer dedans, car je risquais de vite me braquer. J’étais avide d’explications. Et on a vraiment eu des discussions très enrichissantes. Surtout, il avait su trouver la phrase clé qui m’a énormément marqué : “Il faut parfois savoir rester calme, pour que la tempête parte à d’autres moments.” Car il fallait que je dose un peu plus mes efforts. J’étais un peu trop dans la débauche d’énergie permanente. Il m’a fait comprendre que c’était important de gérer les temps forts et les temps faibles. Cela m’a énormément aidé.
À l’époque, il vous faisait aussi alterner entre le poste de latéral gauche et celui d’attaquant excentré sur ce côté…
Absolument. C’était un joueur de poker, qui voulait sans cesse surprendre les adversaires. Une fois, il m’a même utilisé comme avant-centre et une autre, comme ailier droit ( sourire) ! Il voulait exploiter au mieux mes qualités offensives et ma deuxième saison avec lui ( 1993-1994) a été la plus prolifique de ma
Comment étaient ses fameuses causeries ?
Elles étaient vraiment à part par rapport à celles des autres entraîneurs que j’ai connus. Il savait nous faire rire avec sa faconde et son humour légendaires tout en sachant nous remonter comme des pendules ! Il pouvait aussi bien nous enlever toute la pression d’un match quand il le fallait, ou nous en mettre quand c’était nécessaire. C’était vraiment fantastique ! On attendait ses causeries à chaque fois parce qu’on savait qu’on allait se régaler. Quel que soit l’adversaire, on avait l’impression qu’il était nul (rire) ! Il nous galvanisait tout en nous amusant.
Ces derniers temps, quelles relations aviez-vous avec lui ?
Quand on se croisait en tant que consultants, j’ai toujours éprouvé énormément de plaisir à parler avec lui. C’était un immense passionné de foot et on s’appréciait vraiment.»
***
Rolland Courbis a vécu des moments forts avec l’AC Ajaccio,
notamment la montée en Ligue 1 à l’issue de la saison 2001-2002.
L’AC Ajaccio, autre club de coeur
Joueur en 1972-1973, entraîneur à deux reprises entre 2001 et 2006, Rolland Courbis a vécu une aventure singulière avec l’équipe insulaire.
13 Jan 2026 - L'Équipe
GUILLAUME DUFY
L’AC Ajaccio et Rolland Courbis, c’est une belle et drôle d’histoire, commencée en 1972-1973. Le jeune défenseur était alors âgé de 19 ans et évoluait à Marseille. Contre son gré, avec trois autres joueurs, il débarquait en Corse dans le cadre d’un échange improbable avec Marius Trésor. Il y restera un an. Suffisant pour tomber amoureux de cette île, de ses habitants, de ses excès, de ce club et de ses dirigeants.
Près de trente ans plus tard, il y est revenu, dans la peau du grand technicien qui est passé sur les bancs de Bordeaux et de l’OM mais qui a besoin de se relancer après un passage à vide. Avec Michel Moretti, l’ancien président qui est décédé en 2008, il a formé un duo unique, haut en couleur et déterminé. Ensemble, ils ont rêvé de la Ligue1. Le projet paraissait dingue et irrationnel, mais ils ont réalisé l’exploit impensable de faire monter un club sans moyen, à l’issue d’une saison parfaite en Ligue 2, en 2001-2002 (champion).
« J’ai vécu cette aventure incroyable, se remémore David Terrier, l’actuel président de l’UNFP, à l’époque défenseur. J’avais signé après une année de chômage. Rolland aussi venait de signer. Il sortait d’un échec douloureux à Lens. Je me souviens d’une première discussion, il m’a dit qu’on n’avait rien à faire ici, mais que le challenge était incroyable, faire monter le club avec un petit budget. Notre salaire était inférieur à ce qu’on aurait pu percevoir avec le chômage.»
Courbis dormait au Campo Del Orro, un hôtel situé non loin de l’aéroport et percevait un peu moins de 5000euros. Terrier, qui avait comme agent Stéphane Courbis, le fils, sourit en se rappelant les causeries, celles qui «prédisaient ce qui allait se passer le jour du match». Ou celles qui faisaient croire aux joueurs que « tu étais aussi fort que le Real Madrid» , raconte Frédéric Danjou, qui a évolué à l’AC Ajaccio lors de la saison 2005-2006. La première saison du club en Ligue 1 (20022003) s’est passée de manière étrange, avec, dès la reprise, le placement du coach en garde à vue, sa mise en examen dans l’affaire des transferts de l’OM et son interdiction d’exercer toute activité en lien avec un club de football.
Il était là, mais sans avoir vraiment le droit d’être là, dans les tribunes de François-Coty, ou dans les coulisses. En janvier 2003, le juge d’instruction l’autorisait à se rasseoir sur le banc. « Je vais essayer de trouver une place pour mon gros cul… » En mai 2003, il partait et laissait l’AC Ajaccio en Ligue1 (17e).
Même en poste en Russie, il continuait de s’occuper de l’ACA
Dominique Bijotat, son adjoint, lui succédait. Pas pour très longtemps. En octobre 2004, Courbis réapparaissait et reprenait son siège. D’ailleurs, il n’était jamais vraiment parti. Pourtant entraîneur de l’Alania Vladikavkaz, en Russie, il continuait de s’occuper de l’ACA, d’échanger avec Michel Moretti, de réfléchir sur le recrutement et d’appeler les joueurs ou les adjoints à n’importe quelle heure de la nuit pour leur parler du match de la veille ou de celui du surlendemain… Il donnait aussi la composition de l’équipe aux journalistes, comme à son habitude, mais en leur demandant d’écrire deux ou trois bêtises pour tromper l’adversaire.
« Il était féroce mais tellement humain, tellement curieux, se rappelle Bijotat. Quand je lui parlais de VMA ou d’aérobie, il me regardait avec de grands yeux, mais quand je lui expliquais, il comprenait. » En janvier 2006, il était démis de ses fonctions après 15 matches sans le moindre succès. « Si j’étais à la place de Michel Moretti, j’aurais pris la même décision, avait déclaré
Courbis. Depuis cinq mois et demi, je cherchais la solution, mais je ne la trouvais pas.» Ces dernières années, pourtant, à chaque fois que l’ACA se retrouvait en difficulté, son nom réapparaissait…
***
UNE CÉRÉMONIE PRÉVUE DEMAIN À PARIS
En l’honneur de Rolland Courbis, décédé hier, une messe sera dite demain à 15 h à l’église de la Madeleine, à Paris.


Commenti
Posta un commento