Rolland Courbis - Un minot de caractère


ARCHIVES LA PROVENCE
Rolland Courbis a disputé cinq matches 
sous le maillot de L'OM, et inscrit 1 but.

Avant sa longue carrière au bord des terrains, Rolland Courbis a d’abord été un très bon défenseur, formé à L’OM à la fin des années 1960 avant de s’envoler rapidement vers d’autres cieux.

13 Jan 2026 - La Provence Marseille
David CALAIS - dcalais@laprovence.com

Il a tapé ses premiers ballons à L’US Police, parce que son père était flic, quelque part au début des années 1960 pendant son enfance dans les quartiers Nord, de Saint-antoine aux Aygalades en passant par Saint-joseph. Mais c’est à L’OM que Rolland Courbis est véritablement né au football, repéré dès l’âge de 13 ans par Guy Caussemille lors d’un tournoi de pupilles, comme on disait alors, dont il avait terminé meilleur joueur./ 

C’est donc en 1966 qu’il revêt pour la première fois le maillot olympien, chez les jeunes, d’abord, où il partage les séances d’entraînement avec Roland Gransart, Albert Emon ou Gérard Gili. "Il venait souvent dormir chez moi à l’époque, c’était un vrai copain d’enfance, se remémore le dernier nommé. On a joué en équipe de France juniors ensemble aussi, on se côtoyait tous les jours." Minot, ses anciens camarades le décrivent "gouailleur", "prêt à mettre l’ambiance", "à la recherche de faire un coup", tel qu’on le connaîtra toute sa vie.

"Adoubé" par Skoblar et Magnusson

Sur le terrain, il est "formé numéro 10 derrière Emon", mais fera finalement carrière au poste de libéro, après avoir reculé petit à petit. "Heureusement que ça s’est arrêté là, sinon je finissais derrière les buts", avait-il d’ailleurs coutume de plaisanter. Ce sens de la formule "pagnolesque", dixit Gili, le jeune Courbis l’a déjà quand il est intégré au groupe professionnel à 16 ans tout juste. Nous sommes en 1969, Mario Zatelli est entraîneur de L’OM et l’effectif regorge de stars : Josip Skoblar, Roger Magnusson, Charly Loubet… "Avec son caractère, sa manière d’être, il a vite été adoubé, retrace Gransart. Il avait su se faire apprécier, il avait déjà ce bagout, il a toujours été facile avec les gens. Et c’était surtout un bon joueur !"

La légende raconte qu’il mentait à Zatelli pour lui assurer qu’il n’avait pas cours afin de ne pas rater l’entraînement, ce que confirme Gili qui admet que "l’école, il passait devant sans s’arrêter", et il finira par découvrir le monde pro le 10 mai 1972, lors d’une demi-finale aller de coupe de France à Reims (0-0).

Suivront quatre autres matches, à peine, dont le dernier face à Metz le 17 octobre 1972, juste avant qu’un échange XXL ne l’envoie à Ajaccio pour récupérer Marius Trésor. "Je croyais que c’était un au revoir, en fait, c’était des adieux", racontera celui qui ne reviendra qu’en tant qu’entraîneur à L’OM (en 1997), mais le jeune Rolland fait ça bien : il inscrit l’un de ses 8 buts en pro ce soir-là, d’une belle tête plongeante, le premier des cinq inscrits par les Olympiens (doublé de Skoblar, évidemment, et buts de Franceschetti et Magnusson).

Il s'invente un grand-père grec pour signer à l'Olympiakos

En Corse, il s’installe en charnière, mais quittera Ajaccio pour la Grèce et l’Olympiakos, inhabituel pour l’époque. "C’était un sujet entre nous, il est parti tôt alors qu’on rêvait tous de jouer au Vélodrome, relate Gransart. Mais au final, il était en avance sur son temps." Anecdote savoureuse, il s’invente un faux grandpère de Salonique pour pouvoir bénéficier du statut de Grec d’origine, obligatoire à l’époque, qu’il justifie grâce à sa gouaille légendaire : "Il disait que leurs noms finissaient en -as ou en -is, alors Courbis, on ne peut pas être plus Grec !" L’imposture ira jusqu’à assurer que les documents d’état-civil ont brûlé dans un bombardement…

L’aventure ne durera qu’un an, mais sera couronnée d’un titre de champion de Grèce 1974, avant un retour en France à Sochaux (1974-1977), alors que le minot des quartiers Nord s’était initialement mis d’accord avec L’OM pour revenir chez lui. "Et puis le montant du transfert n’est plus le même, et c’est finalement Sochaux qui me fait revenir", narrait-il il y a quelques années avec une pointe de regret. La suite sera tout de même belle, notamment à Monaco où il sera sacré champion de France deux fois (1978 et 1982) et enfin à Toulon, le club qui le fera passer du terrain au banc de touche, avec le succès qu’on lui connaît.

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Pendant 20 ans, "coach Courbis" a sévi sur les antennes de RMC.

Il était aussi une voix

Le truculent Marseillais a vécu sa passion du ballon rond à travers une troisième carrière, dans les médias, au micro de RMC. Vingt ans d'antenne qu'il a marqués de son empreinte.

13 Jan 2026 - La Provence Marseille
Tristan RAPAUD (avec A.jac.)

Sa faconde, brodée avec l'accent marseillais, ses analyses, ponctuées par ses hésitations rauques, ses expressions imaginées, ses combats (parfois) farfelus, son intarissable passion pour le ballon rond… Cette troisième vie était faite pour lui. Après la carrière de joueur, en même temps que celle d'entraîneur, jusqu'à son dernier souffle, Rolland Courbis a enfilé la casquette de consultant. Celle de "coach Courbis", deux décennies sur les antennes de RMC. Précurseur, à sa façon, inimitable.

Nul besoin d'avoir été devin pour imaginer le Provençal au micro. Parler foot avec Rolland Courbis était une expérience aussi captivante qu'épuisante, tant il ne semblait pouvoir s'arrêter, rebondissait sans cesse et proposait même d'étoffer son avis (plutôt sa thèse), au gré d'un autre rendez-vous, quelques heures plus tard. Voici deux semaines, alors que la santé petit à petit le quittait, il déroulait encore de la sorte, entre anecdotes et digressions, quand nous l'avions contacté pour recueillir ses voeux et son avis sur le mercato de L'OM, son club de coeur.

"J'ai un bracelet mais je fais quand même l'émission"

À la fin des années 1990, malgré l'écrasante pression qui repose sur les épaules d'un entraîneur olympien, Courbis débriefait ainsi, jusqu'au bout de la nuit, ses matches avec les suiveurs du club. François Pesenti est l'un d'eux. En se remémorant ces souvenirs, le désormais patron des sports sur RMC a une idée, faire basculer (en partie) le coach de l'autre côté. Alors en poste à L'AC Ajaccio, il tâte d'abord le terrain une fois par semaine, dans l'émission de Jean-michel Larqué. En principe pour parler, seulement, de L'ACA… mais Courbis, fidèle à lui, débordera. "Il avait une réputation sulfureuse, alors que c'était un gars plein d'amour, d'amitié, avec qui on avait envie de passer du temps. Il faisait partager sa passion. Il amenait les sujets de manière particulière, avec malice. Il était malin et supputait que chez les gens en face il y en avait autant, sourit Larquet chez nos confrères de Sud Ouest. La forme était pagnolesque mais sur le fond, il soulevait des points qu'on n'imaginait pas et qui s'avéraient justes. Il fouillait les choses." L'année suivante, Rolland devient "coach Courbis". Le Marseillais anime sa propre case sur la bande FM. Il fera aussi résonner sa voix dans l'after Foot les soirs de match, pendant près de dix ans, semant ses obsessions et quelques engueulades devenues mythiques. "Il a participé à la popularité, la notoriété de l'after. On a grandi ensemble. Avec le recul, je me suis rendu compte de l'ampleur de nos débats. C'était extraordinaire, mais sur le moment je l'ai vachement agacé et l'inverse était aussi vrai. On sortait de l'émission avec la tête qui chauffait. Deux gars qui ne lâchent rien. On était opposé, on s'énervait, mais on a fini par nouer une intimité, raconte Daniel Riolo, passionné par la vie romanesque de son aîné (le casino de Monaco, sa liaison avec "la Comtesse", ses liens avec "ses amis marseillais"). Il faisait l'émission à distance pour ne rien manquer. Quand il entraînait Montpellier, il continuait depuis sa chambre d'hôtel. Avec lui c'était : 'j'ai un bracelet, mais je fais quand même l'émission, je vais en taule mais…'. Il y avait toujours plein d'histoires." Dorénavant, Courbis négociera une clause dans ses contrats pour continuer d'intervenir à la radio. Il refusera d'ailleurs, pour ces raisons, d'aller au chevet de Lorient en 2016.

"Quand on ne savait plus quoi dire…"

Jusqu'aux fêtes de fin d'année, où il a signé sa dernière apparition le jour du décès de Jean-Louis Gasset, le Marseillais n'aura jamais cessé de bercer les amateurs de ballon rond avec ses bons mots, ses conseils sur les paris sportifs (son autre grande passion) et ses légendaires marottes. Les méfaits de "la victoire à trois points", l'absurdité de "jouer en vert sur une pelouse verte", le besoin d'instaurer "un carton orange", l'incongruité de "programmer une finale de coupe en pleine saison"… "Quand on ne savait plus quoi dire au bout du 12e jour d'une coupe du monde ou d'un Euro, on le lançait sur ces sujets. Et là, il déroulait, sourit Eric Di Meco. Il ne se passait pas un moment sans qu'il parle de football." Pour lui, son sport, il était aussi une voix.

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Alain Soultanian :
"En deux semaines, j’ai perdu deux amis"

"Je suis vraiment très triste. C’était quelqu’un d’exceptionnel, un mec bien. En l’espace de deux semaines, j’ai perdu deux amis, Jean-louis Gasset et Rolland Courbis. C’était une figure du football français, il laissera une grande trace."

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Olivier Echouafni : "Il créait une vie de groupe"

"C’est beaucoup de tristesse de le voir partir, comme Jean-Louis (Gasset). Ça fait beaucoup en peu de temps, des passionnés de football, des gens avec une certaine humanité comme il n’y en a pas ou peu. Je retiens quelqu’un qui était joueur, qui tentait des coups mais qui avait ce rôle de manager à l’anglaise. Il avait cette façon de parler, qui était un peu unique, cette façon de poser des questions mais en y apportant des réponses à travers la question. C’est ce qui faisait son charme, il fallait le comprendre mais parfois ce n’était pas facile (rires). Oui il m’a marqué, de par le personnage, l’homme. Le fait qu’il travaille ensuite en tant que consultant a amené un regard et beaucoup de bienveillance de la part des acteurs du football, c’est-à-dire les joueurs mais aussi, et surtout, les entraîneurs car il connaissait le métier, il savait de quoi il parlait et ce que pouvait subir un coach au quotidien. Ce que j’ai toujours aimé chez Rolland, c’est qu’il créait une vie de groupe."

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Jean-Charles De Bono: 
"En voiture de luxe, la main sur le coeur"

A.jac., V.C. et T.L.

"C’est un choc. J’ai fait trois représentations avec lui en décembre. Je le sentais fatigué, il me disait qu’il faisait beaucoup d’examens. C’était un mec extraordinaire, il avait un gros coeur, avec toujours cette envie de partager ses bons moments avec les personnes qu’il aimait. Il disait qu’il avait eu mille vies : 'J’ai eu des grands moments, des MOMENTS DIFFICILES, DES MOMENTS dangereux, des moments de PLEURS. ON M’A TIRÉ DESSUS.

ON A PORTÉ PLAINTE CONTRE MOI. J’AI FAIT DE LA PRISON.' Avec Endoume, on avait fait un stage de préparation au-dessus de Cannes. Il nous avait donné la soirée pour faire la fête. Mais on n’avait pas de voiture. Il nous avait dit : 'PRENEZ MA PORSCHE'. On était monté à 4-5 dedans pour descendre vers Cannes. Elle était revenue en bon état. Rolland, il était comme ça, il se déplaçait toujours en voiture de luxe mais il avait la main sur le coeur."

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Ses formules magiques

13 Jan 2026 - La Provence Marseille
V.C.

"Entraîner L’OM, c’est comme conduire une F1 en plein centre-ville."
Punchline, lâchée sur RMC, sur son passage en tant que coach à L’OM entre 1997 et 1999. Toujours d’actualité.

"Le problème au casino, c’est que quand tu perds, 
tu as des ennuis avec ton banquier, 
et quand tu gagnes, c’est avec la justice."
Lâché sur le plateau de Thierry Ardisson dans l’émission "Tout le monde en parle", le 20 mai 2000. Le jeu lui avait rapporté des gains considérables, notamment 1,6 million de francs à la roulette de Beaulieu en 1988, mais lui avait aussi valu une garde à vue en 1990, dans le cadre d’une enquête sur une affaire de fraude dans des casinos de Cannes.

"Si même les entraîneurs étrangers sont en difficulté du côté de L’OM, 
il va falloir chercher dans les autres planètes."
Il poursuivra en déclarant au Télégramme en 2016 : "Les Terriens, ça ne marche plus, les Français non plus. Il faudra prendre un Martien, qui arrivera au stade Vélodrome en soucoupe volante."

"Avec de l’argent, tu n’es pas sûr de réussir, 
sans argent, tu es sûr d’échouer."
Écrit dans un livre consacré à Bernard Tapie (Notre ami Bernard Tapie, aux éditions L’archipel).

"3-1, c'est le cousin germain de 1-0."
En direct à l’after foot sur
RMC, le 30 mars 2010, après plusieurs minutes de débat houleux avec Daniel Riolo.

"Evra, c’est le seul arrière gauche au monde à être de temps en temps hors jeu !"
Rolland Courbis avait répondu en 2013 après avoir été traité de "clochard" et "parasite" par le joueur sur Téléfoot. Il avait enchaîné : "Arriver à faire une carrière de défenseur avec aussi peu de qualités, sans jeu de tête, sans vitesse, sans marquage, c’est une prouesse que je salue."

"On a joué comme des sénateurs, mais des sénateurs qui n’auraient pas été réélus."
En conférence de presse après une défaite du Stade Rennais dont il était l’entraîneur en 2016.

"Je ne dis que la moitié de ce que je pense, par précaution et intelligence. 
Si je disais l’autre moitié, je ne serais plus sympathique pour personne."
Dans les colonnes du Dauphiné Libéré en 2016.

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"On restera le dernier club qu'il a entraîné"

Pour France 3, Rolland Courbis était venu au chevet de l'olympique Novais, un club de District 4, en avril dernier. Un souvenir ému pour le petit club provençal.

13 Jan 2026 - La Provence Marseille
David CALAIS

Il s'est assis sur le banc de L'OM, de Bordeaux, de Lens ou Montpellier, et pourtant, la dernière fois que Rolland Courbis a porté sa casquette de coach restera à jamais à l'olympique Novais. "On restera le dernier club qu'il a entraîné, et c'est une vraie fierté pour nous tous", assure Lina Gondran, la présidente du club de 230 licenciés à la frontière des Bouches-du-rhône et du Vaucluse. C'est aux manettes de l'équipe 2, au plus bas niveau du District, que Courbis a passé deux mois en fin de saison dernière sous l'objectif des caméras des "Héros du Gazon", cette mini-série de France 3 qui raconte le foot d'en bas à travers une équipe en galère reprise en main par un coach renommé. Le Marseillais avait tenté de faire enfin gagner un match à un groupe haut en couleurs, de "Djoul" l'attaquant à "Pépito" et "Shrek" les deux gardiens.

"Des souvenirs qu'on va garder précieusement"

"Il a été très avenant, très simple, raconte la présidente qui l'a accueilli le premier jour avant de vivre matches et séances d'entraînement à ses côtés. Il était très à l'écoute des joueurs, mais il savait se faire écouter aussi, avec son langage toujours très imagé ! Ce sont des souvenirs qu'on va garder précieusement. Pour un club comme nous, pour nos joueurs, je ne pense pas que beaucoup aient la chance qu'on a eu de le côtoyer pendant presque deux mois." Véritable événement à l'échelle de Noves - "je ne crois pas qu'il reste une personne dans le village qui n'a pas vu la série" -, le passage de "coach Courbis" sur le banc du club provençal restera marquant. D'abord parce qu'en bon vivant, le technicien est parfois resté pour les traditionnelles "grillades après l'entraînement", discutant à bâtons rompus avec tout le monde et régalant son auditoire d'anecdotes glanées au fil de ses mille et une vies. Et surtout parce qu'au bout de l'aventure, la mission a été accomplie, au bout d'un "Clasico" riche en buts face à Fontenay-le-Vicomte, l'équipe de la saison 1 des "Héros du Gazon" dirigée par Pascal Dupraz.

Alors forcément, sa disparition hier a touché tout le monde au club. "J'ai été très choquée ce matin, j'en avais les larmes aux yeux, souffle la présidente. On est tous vraiment peinés, ça nous attriste." Parce qu'entre Noves et Courbis, l'histoire restera belle, à jamais.

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