Rolland Courbis, le décès d’un amoureux du football
FRANCK FIFE/AFP
Rolland Courbis, alors entraîneur de Rennes,
lors d’un match contre le PSG au Parc des Princes, en 2016.
Joueur, entraîneur, consultant… L’homme aux mille vies est décédé lundi à 72 ans. Il laisse derrière lui une image charismatique.
13 Jan 2026 - Le Figaro
Baptiste Desprez, avec Martin Couturié et Gilles Festor
Le monde du football est à nouveau en deuil. Après le décès de Jean-louis Gasset le 26 décembre dernier, une autre figure du ballon rond s’est éteinte. Rolland Courbis, ancien joueur et entraîneur de football, notamment de L’OM et de Bordeaux, est décédé à l’âge de 72 ans, a annoncé lundi la radio RMC, où il officiait comme consultant depuis 2005. Avec lui, c’est une certaine idée du football, un style, une gueule et un vrai personnage qui nous quittent. « Rolland Courbis s’est éteint cette nuit à cinq heures du matin », a annoncé sur l’antenne de RMC Karim Nedjari, le directeur général de la radio. Natif de Marseille, Courbis avait commencé sa carrière comme défenseur avant de se reconvertir au poste d’entraîneur, se faisant remarquer par sa gouaille et son style sanguin.
Trois fois champion de France en tant que joueur avec L’OM (1972) et L’AS Monaco (1978, 1982), le Marseillais avait réussi son passage sur le banc d’entraîneur en devenant un technicien reconnu du côté des Girondins de Bordeaux (1992-1994 puis 1996-1997) - où il a eu un certain Zinédine Zidane sous ses ordres -, au Toulouse FC (1994-1995), à l’olympique de Marseille (1997-1999) ou encore au RC Lens (2000-2001), à L’AC Ajaccio (2001-2003) et à Montpellier (2007-2009 puis 2013-2015).
« Il aimait le foot d’une passion dévorante, raconte, au bord des larmes, Jean-luc Ettori, qui l’a rencontré à L’AS Monaco dans les années 1970. Tu débutais un dîner à 20 heures avec lui et tu peux être sûr qu’au bout de la nuit, tu étais encore en train de parler de foot. Je lui dois beaucoup quand j’ai commencé ma carrière à Monaco et qu’il était joueur. J’ai été dans les buts parce que le gardien titulaire s’était blessé mais à l’époque (1977), Lucien Leduc (l’entraîneur, NDLR) se posait la question de savoir s’il fallait miser sur moi. Et Rolland a eu cette phrase extraordinaire :“Coach, je ne sais pas si le petit sera bon, mais en tous les cas, il a un cul énorme, donc on le met !” C’était une des phrases choc qui lui collaient tant. Un sacré personnage.»
Vrai meneur d’hommes, avec un management bienveillant, fleuri et parfois autoritaire, Rolland Courbis laisse l’image d’un personnage passionné et entier. Hors terrain, il a connu plusieurs idylles, marié à deux reprises, et a notamment vécu une histoire avec la comtesse italienne Rizzoli dans les années 1980.
«C’est d’ailleurs ce qui m’a occasionné beaucoup de jalousie, avouait-il sur le plateau de Thierry Ardisson en 2000.
Des fois, pour faire un petit peu d’humour, je dis : “Si j’avais su, pour éviter cette jalousie, j’aurais pris une clocharde, pauvre, moche, mais j’ai pris une comtesse riche, qu’est-ce que vous voulez.” »
« Exubérant et attachant »
Ce lundi, les supporteurs de L’OM, Bordeaux ou encore Montpellier pleurent la mémoire d’un homme qui ne laissait personne insensible. Côté sombre, il avait été condamné en 1995 puis 1997 par la justice dans l’affaire de la « caisse noire » du Sporting Club Toulon pour fausses factures et fraude fiscale. Puis également en septembre 2009 pour des transferts suspects dans l’affaire des comptes de L’OM. Deux séjours en prison qui auront marqué l’homme mais pas affecté sa cote de sympathie.
Sur le terrain, personne n’a oublié l’inoubliable Om-montpellier du 22 août 1998 quand le club phocéen, mené par Rolland Courbis, était balayé 0-4 à la mi-temps par le MHSC dirigé par le regretté Louis Nicollin… avant de réaliser une seconde période de rêve et de s’imposer dans un Vélodrome incandescent (5-4). « Nous n’étions même pas mauvais, nous étions carrément ridicules, avait soufflé l’entraîneur en transe après un match à jamais dans les mémoires. J’avais même déjà commencé à préparer les excuses, tellement j’avais honte. » Du Courbis dans le texte.
Passionné, attentif à l’évolution du jeu, des jeunes, jamais le dernier pour livrer des anecdotes savoureuses et toujours partant pour ouvrir la boîte à souvenirs, Rolland Courbis a souvent souffert de ne pas présenter un palmarès à la hauteur de son charisme, avec une finale de Coupe de L’UEFA, une place de vice-champion de France avec L’OM en 1999 ou encore une finale de Coupe de la Ligue en 1997 à Bordeaux à son actif. «Il arrivait à te donner des frissons, à faire en sorte que tu pouvais te transcender par des phrases mais aussi des attitudes, se souvient Ettori. On l’a un peu trop catalogué comme le pompier de service. Peut-être que ça l’a un peu desservi. Il était plus que cela. » Une étiquette qui agaçait l’intéressé. « Dans le foot, on aime bien mettre des gens dans des cases et des catégories, nuance Laurent Nicollin, fils de l’iconique Louis, et patron du club de Montpellier, qui s’est attaché les services de Courbis à deux reprises dans sa carrière. Pompier de service ? Cela correspondait peut-être plus à son itinéraire qu’à sa manière de gérer un groupe.»
Après une dernière expérience du côté de Sète en 2022, le Marseillais avait quitté le costume de technicien pour s’adonner avec succès à son rôle de consultant radio et le fameux « Coach Courbis ». Vrai personnage de roman, passionné de jeu, de casino, et reconnu pour être flambeur, l’homme à la grande gueule et à ses bouclettes du temps de joueur n’a cessé de trimbaler sa faconde tout au long de sa vie. «C’était quelqu’un de tellement vivant, qui a pris la vie par les deux bouts, raconte avec émotion le fils Nicollin. Un vrai personnage truculent, qui aimait bien manger, on se retrouvait ensemble. C’était toujours plus convivial au restaurant que de se retrouver dans une salle triste avec un tableau noir. Ça passait par des rigolades, par des bons moments de convivialité, comme on aime faire chez nous. Il faisait partie de la famille. » Et Nicollin d’ajouter : « Rolland était exubérant, mais il avait un côté très attachant.»
« Un vrai passionné »
Depuis l’annonce de son décès, le monde du ballon rond pleure son «Rolland». Dirigeants, anciens clubs, journalistes, le minot de Marseille raconte à lui seul une certaine époque. « Avec sa disparition, le football français perd une personnalité attachante, chaleureuse, au caractère bien affirmé, plante Didier Deschamps. C’était un vrai passionné. Et cette passion, il avait choisi de la transmettre, ces dernières années, derrière un micro.»
Même tonalité chez Luis Fernandez (66 ans), actuel consultant pour bein Sports, qui n’a cessé de le croiser à Cannes, Toulon ou encore Paris et Marseille, durant sa carrière de joueur et d’entraîneur, avant de le côtoyer à la radio. « Rolland a marqué de son empreinte son passage dans le monde du football, avance le champion d’europe 1984. On l’aimait ou pas. Moi, je l’aimais beaucoup. J’étais fan de lui parce qu’on avait une bonne connexion, on se parlait, on échangeait. Rolland, c’était le football, son phrasé, son franc-parler. Il avait six ans de plus que moi, mais on s’entendait très bien. C’est un Marseillais que j’ai aimé, un Marseillais avec lequel j’ai pris du plaisir. On a travaillé ensemble à la radio et c’était toujours un régal de l’écouter. J’ai beaucoup apprécié l’homme. Il était joyeux et gai. » À sa famille, Le Figaro adresse ses plus sincères condoléances.
Commenti
Posta un commento