Claude Le Roy : « J’ai dit à Mané d’aller chercher ses potes »


Joly VICTOR/ABACA/ « Il n’y avait plus rien de rationnel, 
mais c’est aussi cela le football », confie Claude Le Roy.

L’ancien sélectionneur du Sénégal a eu un rôle déterminant lors de la finale de la Coupe d’afrique des nations marquée par des incidents.

« C’est le grand homme de la soirée. 
Le football a de la chance d’avoir un joueur de sa trempe et avec une telle mentalité. 
(...) Sur et en dehors du terrain, 
Sadio Mané a été à la hauteur de son statut »

20 Jan 2026 - Le Figaro
Propos recueillis par Baptiste Desprez

Après « une courte nuit » et avant de prendre l’avion en direction de Paris lundi matin, Claude Le Roy a pris le temps de répondre à nos questions suite au chaos entrevu en finale de la Coupe d’afrique des nations. Le technicien français (77 ans), consultant Canal+, a eu un rôle prépondérant dimanche soir, à Rabat. Au moment de l’interruption du match, et du retour d’une grande partie des joueurs sénégalais aux vestiaires après le penalty accordé au Maroc, il est apparu sur la pelouse, avant d’échanger quelques mots avec Sadio Mané. Une séquence déterminante qui a ramené le calme et un peu de lucidité. Et surtout permis à la finale de se terminer par la victoire sénégalaise.

LE FIGARO. - Après une courte nuit, quel sentiment vous anime ?

CLAUDE LE ROY. - On a frôlé le ridicule à un moment, et finalement, tout est rentré dans l’ordre. C’est mieux que cela se termine de cette manière plutôt qu’il y ait un terrain vide avec quelqu’un qui tire un penalty. J’ai pensé aussi aux sanctions que le Sénégal allait recevoir en décidant de ne pas revenir sur le terrain. Il fallait agir.

- Pendant l’interruption du match, une scène a marqué les esprits avec votre présence au bord de la pelouse. Que s’est-il passé ?

J’ai un peu l’habitude de casser les codes. (Sourire.) Quand j’ai vu ce qu’il se passait, petit à petit, je me suis rapproché du terrain, pour voir et essayer de comprendre. Et puis, Sadio (Mané, NDRL) est venu vers moi. Et il m’a dit : « Qu’est-ce que tu ferais?» J’ai répondu : « J’irais chercher mes potes et je reviendrais tout de suite sur le terrain. » Depuis, je reçois des centaines de message et je suis un peu dépassé par l’ampleur de cette décision.

- Sans vous, la finale de la CAN ne va peut-être pas à son terme…

C’est ce que tout le monde me dit depuis dimanche soir et encore ce lundi. Sadio réfléchissait beaucoup et hésitait sur la marche à suivre. Dans ma tête, je me dis que si le Sénégal ne ressort pas des vestiaires, les répercussions seront énormes, et l’image, encore plus entachée. C’était triste. On peut comprendre les émotions des acteurs, évidemment, mais à un moment, il faut aussi réfléchir. C’est la Coupe d’afrique des nations. Pour ce continent, c’est une image à donner et ce n’était pas possible que ça s’arrête comme ça. Et puis, il y avait 0-0, un penalty à tirer, rien de fait. Les dirigeants de la CAF (Confédération africaine de football) m’ont demandé ce que je faisais là, la scène était assez étrange. J’avais l’impression d’avoir un rôle à jouer. J’ai connu neuf CAN et j’ai un peu d’expérience… Quand je débarque au bord de la pelouse, je ne pense pas une seconde aux effets que ça peut avoir. Moi, je suis là dans mon coin, tranquille, avec Sadio qui vient vers moi. C’est lui qui me demande conseil. Après, Walid (Regragui, sélectionneur du Maroc) est venu pour savoir ce que je lui avais dit, des Marocains m’ont remercié.

- Sadio Mané a suivi vos conseils et fait revenir tous ses partenaires sur le terrain…

C’est le grand homme de la soirée. Personne ne peut en douter. Le football a de la chance d’avoir un joueur de sa trempe et avec une telle mentalité. J’adore le footballeur, on se connaît depuis longtemps, mais je ne pensais pas avant la compétition qu’il serait à ce niveau-là. Sur et en dehors du terrain, il a été à la hauteur de son statut.

La fête fut quand même gâchée par ces scènes de chaos…

Une finale se joue sur l’émotion, des vibrations personnelles, et cela a échappé un peu au Sénégal. Il n’y avait plus rien de rationnel, mais c’est aussi cela le football. Le foot, c’est la vie, ce n’est pas Gianni Infantino, fier d’être dans le Bureau ovale de Trump ou à Mar-a-lago, qui cautionne un président qui abîme l’afrique en tuant toutes les ONG. C’est ça, le drame de ce continent. Je me demande s’il ne faudrait pas appeler au boycott de la Coupe du monde 2026 (aux États-unis, au Canada et au Mexique, NDLR), vu le comportevés ment de Donald Trump à l’égard du continent, avec un président de la Fifa qui se targue d’être à ses côtés. Les dirigeants au plus haut niveau du foot ne parlent plus jamais de foot mais que de fric. J’ai assisté à la conférence de presse de la CAF, j’ai voulu prendre la parole plusieurs fois, on ne m’a jamais donné un micro parce que tout le monde savait que je ne serais sûrement pas complaisant. Mon combat n’est pas terminé là-dessus.

- Et sur le chaos ?

J’ai pensé aux sanctions possibles, mais il fallait surtout que ce match se termine. Ce n’était pas possible autrement. Sur l’arbitrage, ce n’est pas scandaleux. L’arbitre fait une erreur en sifflant trop vite sur le but marqué par le Sénégal. Mais au final, il n’y a pas de scandale.

- L’attitude des Sénégalais n’est-elle pas la conséquence des critiques émises sur les réseaux sociaux à l’égard d’un supposé « arbitrage maison » dont aurait pu bénéficier le Maroc ?

On est dans une société abominable à cause de tout ça. Oui, il y a des émotions en finale d’une Coupe d’afrique. J’en ai fait, j’en ai gagné. Je sais ce que c’est. Je sais tout ce qu’on peut ressentir. On peut-être fragilisé un petit peu nerveusement avec tout ce qu’on peut entendre à droite ou à gauche. Moi, j’ai fait ça à une époque où il n’y avait pas les réseaux sociaux, qui abîment complètement l’avant-finale. Les Marocains ont fait tous leurs matchs à Rabat, les Sénégalais, à Tanger. Peut-être qu’il y a eu un petit manque de sécurité quand ils sont arripar la gare TGV de Rabat, mais ce sont des épisodes humains. On m’a interdit avant une finale de Coupe d’afrique d’avoir un terrain d’entraînement. On s’est entraînés dans un jardin public parmi les poussettes et les landaus… Donc, je connais tout cela. Il faut être costaud et rationnel dans une situation qui ne l’est pas.

- Pape Thiaw, sélectionneur du Sénégal, a reconnu son erreur après le match…

Je n’aime pas porter de jugement de valeur. Pape a bien mené sa barque, mais il a eu un moment d’égarement. Il a reconnu et s’en est excusé. Mais des gens de son staff auraient pu le raisonner et avoir plus de lucidité. Ses adjoints auraient dû lui dire de réfléchir un peu. Dans le foot, les grands dirigeants ou grands coachs peuvent perdre les pédales, cela peut arriver. Un entraîneur n’est pas une machine sans émotion. Mais bon, tout est rentré dans l’ordre et heureusement.

- Cette finale entache-t-elle définitivement le bilan global de cette Coupe d’afrique au Maroc ?

Non, il faut aller plus loin que cela, sans pour autant occulter cette situation. Ce fut une CAN très pluvieuse. (Rires.) J’étais sur place durant toute la compétition et il faut reconnaître la formidable organisation des stades, des beaux terrains d’entraînement, avec une population incroyablement gentille. Vraiment, ce n’est pas du tout démagogue de dire cela. Après, il y a eu des erreurs en finale, mais cela ne doit pas être uniquement ce qu’il faut retenir. 

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